À Exposition Park, dans le tissu vibrant de Los Angeles, une silhouette nouvelle s’impose déjà comme un mirage d’architecture. Le Lucas Museum of Narrative Art, imaginé par Ma Yansong (MAD Architects), ouvrira en septembre 2026. Et avant même d’accueillir ses visiteurs, il propose un geste symbolique : il cherche à traduire, par sa forme même, l’essence du récit. Pour un musée dédié à l’art narratif, le bâtiment devient ainsi le premier chapitre de l’expérience du visiteur.

Productions. Photo courtesy of USC School of Cinematic Arts.
Photo by Roberto Gomez. All rights reserved.
MAD Architects souhaitait un bâtiment « rêveur », un volume capable d’éveiller l’imaginaire sans le contraindre. Sa silhouette biomorphique, longue, souple, presque vivante, semble flotter au-dessus du paysage, comme un vaisseau organique posé sur un parc de plus de 11 000 mètres carrés. Ses courbes effleurent le sol sans jamais l’écraser, dessinant une présence douce, presque aérienne. On n’est plus dans l’icône monumentale mais dans une architecture poreuse, qui respire et laisse le paysage respirer avec elle.
Cette légèreté apparente repose sur un choix structurel audacieux : le musée lévite au-dessus du sol, suspendu grâce à de monumentales poutres arquées de 56 mètres de portée. En dessous, une vaste place publique s’étend, parvis ombragé invitant à la déambulation. Sous cette coque flottante, la ville trouve un abri, un seuil ouvert vers Exposition Park. Au centre, un oculus suspendu à quatre étages de hauteur découpe un fragment de ciel, comme une respiration verticale.
L’enveloppe du bâtiment réalise une autre prouesse. Son apparente fluidité est due à plus de 1 500 panneaux en polymère renforcé de fibre de verre (FRP), chacun unique, façonnés par un mariage étonnant de robotique et de finitions manuelles. Cette matière, plus légère que le béton ou l’acier, permet de sculpter des courbes profondes, d’oser des porte-à-faux qui accentuent l’effet de suspension. La lumière californienne glisse sur cette peau lisse et changeante, transformant le bâtiment selon l’heure, presque comme une nuée qui se déplace.

© 2025 Lucas Museum of Narrative Art. Photo courtesy of
Hathaway Dinwiddie. Photo by Pedro Ramirez. All rights reserved.
À l’intérieur, l’architecture prend la forme d’une séquence. Depuis le hall nord, trois ascenseurs cylindriques tout en verre élèvent progressivement le visiteur jusqu’aux vastes galeries du 4e étage – 7 600 mètres carrés où s’étendra la collection fondatrice de George Lucas, consacrée à l’art narratif et aux images qui racontent des histoires depuis des millénaires. Ce mouvement vertical est une transition douce : en s’élevant, le regard quitte la ville pour entrer dans le monde des récits.
L’ensemble est prolongé par le parc imaginé par Mia Lehrer (Studio-MLA). Un paysage ondulant remplace l’ancien parking asphalté, avec plus de 200 arbres, un jardin suspendu, un amphithéâtre, une prairie, et une immense cascade sculpturale qui sert aussi de système de refroidissement naturel. Ici, la nature n’est pas une simple bordure : elle fait partie du récit architectural, accompagnant le visiteur dans son immersion progressive.
Le Lucas Museum est aussi un laboratoire de durabilité : système géothermique de plus de 180 000 mètres de canalisations, toit équipé de 2 200 mètres carrés de panneaux solaires, récupération des eaux pluviales, façade super-isolée. Le bâtiment ne cache pas ces dispositifs : il les montre, comme une promesse d’avenir.
En mêlant geste visionnaire, prouesse technique et poésie formelle, le Lucas Museum of Narrative Art inaugure un nouvel imaginaire architectural pour Los Angeles. Ce musée ne se contente pas d’abriter des récits : il en écrit un, en courbes, en lumière, en lévitation. Un bâtiment qui flotte, littéralement et symboliquement, entre ciel et terre.

© 2025 JAKS Productions. Photo by Sand Hill Media/Eric Furie.
All rights reserved.

© 2025 JAKS Productions. Photo by Sand Hill Media/Eric Furie.
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