

Entre les objets utilitaires et ceux qui séduisent, on rencontre des pièces plus rares : celles qui invitent à un déplacement intime. noi., jeune projet italo-brésilien fondé par Juliana Valeriano et le designer Lorenzo Olivetto, qui le porte sur le plan créatif, appartient précisément à cette catégorie.


À rebours des marques qui collectionnent les formes comme on aligne des arguments marketing, noi. revendique un territoire singulier : celui où l’objet devient conversation, où la matière devient pensée, où le design retrouve cette charge émotionnelle que le marché oublie parfois d’honorer.
« Not objects to own, but to live with », affirme le manifeste de la marque, condensant en une formule l’ambition de faire du design une expérience avant tout.
L’histoire commence par un postulat simple : nos vies sont faites d’imperfections et de contradictions, pourquoi nos objets devraient-ils être différents ? Cette réflexion est au cœur de la première collection de noi., MyMistake, qui explore la notion d’erreur – non comme une bévue à corriger, mais comme un point de départ fertile. Dans le document de présentation de la collection, le designer Lorenzo Olivetto interroge : « Et si l’imperfection était l’endroit le plus honnête pour commencer ? »
Cette question irrigue l’ensemble de MyMistake et en définit la portée : transformer l’erreur en un espace à habiter, un territoire d’expression, presque une identité. Il s’agit toutefois d’un champ d’exploration propre à cette première collection, et non d’un principe figé de la marque, dont les futures propositions s’attacheront à d’autres dimensions de l’expérience humaine.
MyMistake Chair incarne cette philosophie avec une clarté étonnante. Chaise d’un côté, chaise longue de l’autre, elle refuse toute orientation fixe, toute hiérarchie entre un « bon » et un « mauvais » sens. Sa silhouette asymétrique, libre, presque instable au regard, s’oppose frontalement à l’obsession du design contemporain pour la symétrie et le contrôle. Elle n’est pas là pour corriger notre posture, mais pour interroger notre rapport à nos propres limites. Elle se lit davantage comme un signe que comme un siège. D’ailleurs, Lorenzo Olivetto insiste : « Ce n’est pas une chaise sur laquelle on s’assied. C’est une chaise avec laquelle on s’assied. » La nuance est subtile et fondamentale. On ne consomme plus un objet : on cohabite avec une idée.


Ce même glissement se retrouve dans MyMistake Mirror, pièce tout aussi radicale. À l’inverse des miroirs traditionnels, qui promettent un reflet fidèle – ou du moins flatteur –, celui-ci déforme, fragmente, expose les angles morts. Il oblige à envisager l’imperfection non comme un défaut à masquer, mais comme une signature personnelle. Le designer souhaite que l’objet nous confronte à notre propre image sans complaisance, mais aussi sans jugement. L’erreur devient alors un langage, un cadre nouveau où s’interpréter soi-même. Le miroir refuse la conformité, assumant une posture ouvertement « antiformiste », selon les termes du dossier de presse.
Les deux pièces sont produites en édition limitée – 50 chaises, 25 miroirs – et imprimées en 3D à partir de polymères recyclés. Un choix technique qui ne relève pas seulement de la durabilité, mais aussi du sens : la matière se prête à la transformation et aux irrégularités, comme une métaphore de ce que MyMistake cherche à valoriser. Chaque pièce est ensuite authentifiée avec NFT via une puce NFC, donnant à l’objet une existence traçable, presque biographique. Même les couleurs portent une charge affective : Amber Echo, Violet Medusa, Lucid Void… Des noms qui évoquent moins une palette qu’un état émotionnel.
L’inscription de noi. dans le paysage contemporain du design apparaît alors évidente. À l’heure où le marché du mobilier design de collection dépasse les 50 milliards de dollars et s’oriente vers des pièces narratives et émotionnelles, la marque propose une alternative à la fois conceptuelle et profondément accessible : non pas des objets à admirer, mais des objets qui nous regardent en retour. La promesse n’est pas de décorer un espace, mais d’ouvrir un dialogue avec ceux qui l’habitent.
noi. est peut-être cela avant tout : une tentative de redonner à l’objet la puissance de susciter une pensée. De faire du design un lieu de questionnement. D’offrir, dans un monde saturé de certitudes, la possibilité précieuse de se tenir au seuil d’une erreur – et d’y trouver, peut-être, une vérité.








