« Hata-mazanka » : le toit, le verre et ce qui demeure 

Dans une région centrale de l’Ukraine, YOD Group a construit trois maisons d’hôtes qui reprennent la silhouette de la mazanka, la maison rurale traditionnelle, en la vidant de sa matière et en l’ouvrant au paysage.

Ce qui est traduit ici en verre et en vide, c’est moins une forme qu’une idée : celle du refuge, rendue paradoxalement transparente. Ces réalisations architecturales du studio ukrainien ressemblent à des essais de définition. Non pas la définition d’un programme ou d’un style, mais celle d’une culture – ou plutôt de ce qu’une culture conserve comme image fondamentale : une forme immédiatement reconnaissable, avant même d’être nommée. La mazanka est de celles-là. Maison traditionnelle ukrainienne aux murs épais blanchis à la chaux et coiffée d’un toit de chaume, elle relève de ces archétypes ruraux qui semblent avoir toujours existé, tant ils s’accordent au climat, à la terre, aux gestes de ceux qui les ont construits et habités. L’agence YOD Group, fondée à Kiev et conduite par Volodymyr Nepyivoda, s’est saisie de cette architecture vernaculaire pour la soumettre à l’épreuve du présent. 

Achevé en 2026, le projet « Hata-Mazanka » – nommé aussi « Under the Reed Roof » (sous le toit de roseaux) – se compose de trois pavillons d’hébergement édifiés sur un domaine privé au centre de l’Ukraine. Ce qui frappe d’emblée est la tension entre deux éléments a priori incompatibles : un toit massif, sculptural, recouvert de roseaux comme le veut l’usage, qui domine l’ensemble de sa silhouette bombée et sombre ; et sous lui, là où les murs blancs auraient traditionnellement dû être, une enveloppe entièrement vitrée. Verre et transparence. Là où la mazanka historique se fermait sur elle-même, avec des parois opaques et de rares ouvertures – épaisseur protectrice contre le froid des steppes –, ces maisons s’ouvrent entièrement vers l’extérieur, semblant se dissoudre dans l’environnement. 

C’est dans cet écart que résident la pensée du projet, et sa part de risque. Nepyivoda formule ainsi sa philosophie : « Il s’agit de révéler l’essence d’un lieu et d’en décoder les significations culturelles. Nous avons étudié l’image de la maison traditionnelle ukrainienne, en avons distillé les caractéristiques essentielles et les avons réinterprétées à travers notre propre prisme pour créer un objet architectural contemporain. » Sa lecture de la mazanka est moins formelle que symbolique : en dépit de ses mur, cette architecture exprimait une aspiration à la clarté, à une forme de pureté domestique, à la blancheur, entretenue soigneusement par le badigeon régulier à la chaux.aduit en termes actuels, cet idéal devient verre, transparence, lumière traversante.  

Le toit, lui, ne cède rien. Démesurément grand par rapport au volume qu’il couvre, il s’élève à 10 mètres en son point culminant, créant dans cette maison de 50 mètres carrés une sensation de verticalité et d’espace inattendue. La face intérieure de la coupole est habillée de tuiles de bois qui rappellent les bardeaux traditionnellement utilisés sur les toitures ukrainiennes, tandis que les systèmes techniques, telles la ventilation et la climatisation, y sont intégrés de manière invisible.  

Le plan intérieur est d’une franchise géométrique tranchée : un bloc central en béton contient la salle de bains, laissant se déployer de part et d’autre la chambre et la pièce de vie. Cette dernière est équipée d’une cheminée minimaliste dont l’ouverture circulaire fait référence à la petch ukrainienne, ce grand poêle de faïence qui était le cœur physique et symbolique de la ferme traditionnelle. L’absence de télévision est un choix délibéré. Contempler les flammes du foyer et maintenir un contact visuel constant avec la nature environnante favorise la détoxification informationnelle et la restauration émotionnelle.

Le sol contribue à cet effet de continuité : un revêtement de type moquette de pierre s’étend de l’intérieur vers l’extérieur, effaçant la frontière entre dedans et dehors et faisant du paysage un élément du décor. L’aménagement fait appel à des créateurs ukrainiens – mobilier signé Kateryna Sokolova pour la marque Noom, céramiques noires de Guculiya, lampe de sol en fibres naturelles –, comme si le projet portait en lui, sans le revendiquer ouvertement, une forme discrète d’ancrage national. 

Ce qui rend cette réalisation remarquable, c’est précisément cette économie de moyens dans la réinterprétation. Ce qui subsiste de la mazanka dans ces pavillons de verre, c’est quelque chose d’à peine tangible : une proportion, la silhouette du toit dans le paysage, un rapport entre protection et ouverture. 

yod.group

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