
À São Paulo, la métamorphose d’un appartement des années 1990 par le cabinet Gurgel D’Alfonso Arquitetura illustre une vision sensible de l’espace domestique. Entre lignes adoucies, matières minérales et mobilier d’auteur, le projet redéfinit l’architecture intérieure comme une expérience fluide et profondément contemporaine.

Il est des rénovations qui procèdent par effacement, et d’autres qui choisissent la transfiguration. L’appartement Matisse appartient à cette seconde catégorie. Situé dans le quartier verdoyant de Moema, à São Paulo, cet appartement de 360 mètres carrés portait les stigmates d’une époque marquée par la compartimentation, les différences de niveaux et une certaine rigidité spatiale. Plutôt que de nier cet héritage, les architectes Caio D’Alfonso et Rogério Gurgel en ont fait la matière première d’un récit plus doux.
Le projet repose sur un geste fondateur : transformer les ruptures en transitions. Les marches, autrefois abruptes, deviennent des paliers élargis aux contours arrondis. Les angles droits s’effacent au profit de courbes enveloppantes qui accompagnent les mouvements du corps. L’espace n’est plus une juxtaposition de pièces, mais une continuité fluide où chaque seuil suggère un usage.
Cette sensation d’unité est renforcée par un traitement presque monolithique des surfaces. Sols, murs et plafonds se parent d’une finition minérale claire, sans joints visibles, qui unifie les volumes et capte la lumière naturelle. Cette teinte blanc cassé agit comme une toile de fond silencieuse, révélant les œuvres et le mobilier sans jamais les concurrencer. La lumière, amplifiée par l’ouverture des espaces et les reflets subtils des matières, devient une composante essentielle du projet.


Dès l’entrée, l’intention est lisible. Un banc en marbre éclairé par le dessous invite à ralentir le pas. Juste après la porte principale, un totem sculptural taillé dans la même pierre, à la fois support fonctionnel et présence plastique, affirme un équilibre délicat entre masse et légèreté. Dépassant la simple organisation, l’architecture intérieure compose une atmosphère.
Le séjour, installé au niveau principal, s’organise autour d’un tapis circulaire qui structure les assises en un cercle propice à la conversation. Le canapé C-Curvo de Zanini de Zanine dialogue avec une sélection emblématique du design brésilien moderne et contemporain : une paire de fauteuils Zanine N signés José Zanine Caldas, le banc Magrini de Sergio Rodrigues, le fauteuil Vale de Roberta Banqueri ainsi que la table basse Triz de l’agence estudiobola. Bois, cuir, pierre et tissus variés composent une palette chaleureuse où l’artisanat affleure avec subtilité. Le mobilier prolonge le discours architectural, inscrivant le projet dans une culture locale assumée, entre figures historiques et jeunes designers avant-gardistes.
La relation entre intérieur et extérieur constitue un autre fil conducteur. Le balcon, pensé comme une extension naturelle du salon, efface la frontière entre dedans et dehors. La continuité du sol renforce cette impression d’un habitat poreux. Un banc de pierre sur mesure, orienté vers la ligne d’horizon, transforme la terrasse en refuge contemplatif, tandis que la végétation crée un filtre protecteur.


La salle à manger adopte une tonalité plus enveloppante. Les murs et le plafond, habillés d’une texture beige, composent un espace chaleureux. La table en bois massif dessinée par les architectes s’accompagne des chaises couleur caramel Prima de Bernardo Figueiredo, tandis que les suspensions E-cone dessinées par Carolina Maluhy pour Lumini ponctuent l’espace par leur présence sculpturale. Dans la cuisine, l’îlot en marbre travertin rouge aux arêtes adoucies devient le cœur social de l’appartement. La pierre, présente du séjour aux salles d’eau, agit comme un fil conducteur.
Dans la suite parentale, un portique en bois encadre le lit et intègre des tables de chevet en travertin. Les textures se répondent dans une harmonie monochrome propice au repos.
Avec l’appartement Matisse, Gurgel D’Alfonso Arquitetura rappelle que l’architecture intérieure n’est pas une question d’effet, mais de précision. Transformer les contraintes en forces, révéler la lumière, orchestrer les matières : autant de gestes qui font de cette demeure autrefois marquée par des angles vifs un paysage domestique fluide, incarnant un art d’habiter résolument contemporain.
















