
À la croisée de l’architecture, de l’art et de l’expérience perceptive, la Casa Axis imaginée par Felipe Pantone n’est pas une maison comme les autres. C’est une résidence d’artistes et un centre créatif déployant différents espaces dédiés à l’exposition et à l’expérimentation dans plusieurs disciplines artistiques.

Pensée comme un terrain de jeu, la Casa Axis de Felipe Pantone, figure majeure de l’art optique et cinétique contemporain, incarne une nouvelle manière d’habiter l’espace. Il n’est plus question de se contenter d’un décor figé, mais de faire partie d’une interface vivante, traversée par la couleur, le mouvement et la lumière. Ici, l’architecture ne sert pas l’art : elle le prolonge, le stimule et le met en tension.
Un écrin architectural radical
Conçue à l’origine en 1975 par Antonio Segura et le cabinet d’architecture Pascual Genovés, Casa Axis se distingue par une écriture volontairement sobre et rigoureuse. Volumes orthogonaux, lignes tendues, surfaces minérales : la maison adopte une géométrie presque silencieuse, pensée comme une base neutre. Ce minimalisme n’est pas une fin en soi, mais une condition essentielle qui permet à l’intervention artistique de Pantone de se déployer sans contrainte, comme une onde visuelle venant activer chaque plan, chaque circulation, chaque seuil. L’architecture devient alors un support, au sens le plus noble du terme : une matrice capable d’accueillir la vibration chromatique sans la dominer.
La couleur comme énergie spatiale
Chez Felipe Pantone, la couleur n’est jamais décorative. À la Casa Axis, elle agit comme une force dynamique, presque physique. Les œuvres in situ, les sols peints, la piscine transformée en composition optique ou encore les interventions murales jouent avec la perception, la vitesse du regard et la désorientation volontaire. Les lignes se fragmentent, les dégradés semblent glisser, les contrastes créent des illusions de profondeur ou de mouvement. La maison devient un espace instable, en perpétuelle mutation selon la lumière du jour, l’angle de vue ou le déplacement du corps. Habiter la Casa Axis, c’est accepter de perdre ses repères, de voir l’espace se recomposer en permanence.


Un dialogue entre art et usage
Malgré son caractère expérimental, la Casa Axis n’est pas un simple manifeste artistique. C’est aussi un lieu de vie, pensé pour être traversé, pratiqué, utilisé. Cette tension entre quotidien et abstraction est au cœur du projet. Le terrain de sport, la piscine, les espaces de repos ou de circulation deviennent des œuvres fonctionnelles, brouillant la frontière entre art et usage. Cette hybridation pose une question essentielle : peut-on vivre dans une œuvre d’art sans la figer ? La Casa Axis répond par l’affirmative, en faisant du mouvement, du corps et du temps des éléments constitutifs de l’œuvre elle-même. Certains espaces ont été pensés en collaboration avec des artistes, tel le terrain de tennis qui est devenu le projet de Lucas Benarroch.
La Casa Axis est bien plus qu’une maison d’artiste : c’est une expérience immersive, un manifeste spatial où l’architecture devient la toile, et la couleur, un langage. En fusionnant rigueur architecturale et expression artistique, Felipe Pantone transforme l’habitat en espace d’inspiration, où chaque déplacement devient ludique, et chaque instant une expérience. La Casa Axis ne se contemple pas : elle se vit, se traverse et se ressent. Une œuvre totale mêlant design, art contemporain et architecture du futur.










