

Kais Salman, Breath, 2025
Les œuvres récentes de Kais Salman, réunies dans « Remnants » à Ayyam Gallery, possèdent une intensité fébrile, entre apparition et effacement. Ce qui affleure dans ses toiles n’est jamais un visage clairement identifiable, mais une présence instable, en cours de formation ou de disparition. Les figures se laissent deviner, se délitent, reviennent autrement, comme si leur existence n’était qu’un compromis fragile entre le désir de rester et celui de se dissoudre. Cette hésitation n’est pas un effet secondaire : elle constitue le cœur même de sa peinture.


Kais Salman, Face 11, 2025
Kais Salman se situe moins dans une tradition du portrait que dans celle d’une figure en devenir. Il ne cherche pas la reconnaissance du visage, mais explore ce qui subsiste lorsque l’image perd ses repères. La peinture devient alors un lieu de lutte : lutte entre apparition et recouvrement, entre ce qui tente de prendre forme et ce que la matière absorbe ou retient. La figure n’est ni décrite ni affirmée ; elle persiste comme une trace, une pression, un résidu inscrit dans l’épaisseur même de la toile.
L’artiste travaille par strates et superpositions, dans un équilibre constant entre gestes et effacements. Chaque couche recouvre autant qu’elle révèle, chaque intervention contredit ou amplifie la précédente. Le résultat n’est ni figuratif ni abstrait au sens strict, mais un espace intermédiaire où les formes semblent encore en négociation. Cette méthode confère aux œuvres une sensation de mouvement continu, comme si les figures n’étaient jamais complètement arrêtées, mais toujours en train de se reformuler sous nos yeux.
Le parcours de Kais Salman éclaire en filigrane cette position singulière. Formé à Damas et aujourd’hui installé à Dubaï, il évolue dans un contexte où les certitudes visuelles se fissurent facilement. Pourtant, cette réalité ne se traduit jamais par un récit explicite. L’histoire demeure diffuse, présente sous forme de vibrations internes, de tensions silencieuses qui traversent la matière picturale sans s’imposer frontalement. Les microfissures, les frottements, les zones d’usure suffisent à suggérer l’instabilité du monde environnant.


Kais Salman, From Behind, 2025
La couleur joue un rôle central dans cette dynamique. Dense, saturée, souvent incandescente, elle semble émaner de l’intérieur des formes plutôt que de leur surface. Elle n’a pas vocation à décrire, mais à instaurer un climat émotionnel. Les tonalités s’entrechoquent, se fondent, créent des zones de pression qui traduisent des états plus que des apparences. La peinture devient ainsi un espace affectif, un champ de forces où se déposent tensions, résistances et élans contradictoires.
Avec « Remnants », Kais Salman se tient à distance de toute lecture démonstrative du monde contemporain. Il s’intéresse à ce qui subsiste lorsque les récits se fragmentent et que les images se dérobent. Les figures qu’il peint ne sont ni des identités affirmées ni des symboles lisibles, mais des présences fragiles, en suspens, dont la force réside précisément dans leur instabilité. Elles rappellent que la figure humaine peut exister autrement que dans la reconnaissance du visage : comme un lieu de tensions, de restes et de résonances que la peinture accueille et transforme.
Les toiles de Salman ne cherchent ni la résolution ni la clarté immédiate. Elles demandent du temps, de l’attention, une forme de disponibilité. L’incertitude qui les traverse n’est pas un manque, mais une qualité essentielle – la preuve que quelque chose continue de résonner au-delà du visible. « Remnants » invite ainsi à regarder autrement : non pour identifier, mais pour laisser advenir ce qui s’obstine à émerger.
« Remnants, Kais Salman »
Ayyam Gallery
B11, Alserkal Avenue, Dubai
Jusqu’au 18 mars 2026


Kais Salman, Suspirium, 2025








