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Jay Kelly sur Netflix : une parabole d’Hollywood selon Noah Baumbach

JayKelly(c)Netflix

Servi par une farandole de stars (George Clooney, Adam Sandler, Laura Dern, Riley Keough, Patrick Wilson et même Alba Rohrwacher et Lars Eidinger), le nouveau film de Noah Baumbach est un conte doux-amer et intemporel sur Hollywood et sa fabrique d’étoiles. 

JayKelly(c)Netflix

Pour sa quatrième collaboration avec Netflix, Noah Baumbach invente l’histoire d’un acteur, Jay Kelly (George Clooney), astre scintillant dans le ciel hollywoodien. Le réalisateur de Marriage Story s’était déjà intéressé aux tourments d’une artiste dans le prodigieux Frances Ha en 2012. Jay Kelly est le miroir inversé de Frances Ha, l’autre face d’une même pièce. 

Frances Halladay (Greta Gerwig, que l’on retrouve aussi dans un petit rôle dans ce nouveau film) était une jeune femme intellectuelle et fauchée à New York, qui rêvait de devenir danseuse et chorégraphe. Jay Kelly est un acteur au sommet de sa gloire dans une ville de paraître de l’autre côté du continent : Los Angeles. L’univers de comédie de Frances Ha était aux prises immédiates avec le réel, dans l’héritage du cinéma indépendant new-yorkais. Jay Kelly, qui se passe en grande partie en Europe et dans un train, plonge ses racines dans la comédie italienne, aussi féroce que douce et surannée. Là où Frances Ha déployait un noir et blanc lumineux et doux, comme les films de la Nouvelle Vague, Jay Kelly est riche de couleurs chatoyantes et parfois saturées, comme un grand mélodrame en Technicolor. On pourrait continuer ainsi longtemps les comparaisons… 

JayKelly(c)Netflix

« Je suis venu au casting accompagner un ami… »

Dans le même temps, les personnages des deux films – deux artistes, donc – ont aussi beaucoup en commun. Ils portent en eux cette mélancolie joyeuse propre aux jeunes enfants et aux vieillards, entre la peur de la fin et l’envie de recommencer. Une émotion qu’ils répriment de la plus étonnante des manières : Frances comme Jay sont toujours en mouvement, dans le rush, dans la course. Mais ils courent souvent dans le vide, comme s’ils tentaient de rattraper l’irréversible chevauchée du destin. Le monde de l’art, et a fortiori celui du cinéma, est l’arène idéale pour une telle variation sur la fatalité et les hasards de la vie. Une scène de Jay Kelly est ainsi particulièrement frappante : Jay croise par hasard Timothy (joué par le toujours génial Billy Crudup, vu notamment en patron de chaîne dans The Morning Show), un vieil ami du temps des cours de théâtre, bien avant la gloire. Comme beaucoup, Timothy n’a pas continué de « faire l’acteur ». Il est aujourd’hui psychologue, menant une vie bien rangée avec femme et enfants. Des gens de l’époque, Jay est le seul à avoir « percé ». Agréablement surpris par cette rencontre inattendue, Jay accepte de suivre Timothy dans un bar où il a ses habitudes, sans sécurité ni protocole. Jay est heureux de retrouver un « vrai » bar, avec de « vrais » gens, comme il dit. Quand ils suivaient tous les deux un cours de théâtre, Timothy avait été sélectionné pour une audition. Saisi par le trac, il avait demandé à Jay, son meilleur ami, de l’accompagner. La suite de l’histoire pourrait être celle de dizaines de biographies de stars. Finalement, le candidat avait été remercié, et son ami, simple accompagnateur, avait été choisi pour le rôle, lequel avait lancé sa carrière à Hollywood. Les vieux amis se souviennent de cette histoire avec un certain sourire – tout cela, c’est du passé, semble-t-il. Sauf que Timothy ne rit pas : Jay a eu le loisir de mettre de côté cet épisode, absorbé par le tourbillon de sa fulgurante carrière, mais Timothy, lui, n’a rien oublié. Chaque fois qu’il voit un film avec Jay ou sa photo dans la presse people, cela ravive ce souvenir douloureux. Partout où il va, Jay Kelly le suit, le hante, comme le rappel maudit d’une autre vie qu’il aurait peut-être pu avoir si les choses s’étaient passées autrement.  

Astucieusement, Noah Baumbach ne nous place jamais dans la position pleine de rancœur et de tristesse de Timothy, mais toujours dans celle de Jay, grand naïf (un type de rôle comique dont George Clooney a l’habitude) qui ne sait pas forcément comment réagir lorsque les coups ne sont pas prévus et qu’il n’y aura pas de deuxième prise. Le film a beau se dérouler de nos jours, Jay Kelly n’est pas un personnage contemporain, contrairement à Frances Ha : il est une allégorie éternelle de l’acteur hollywoodien. Et les allégories ne sont jamais faites pour se heurter au réel. 

JayKelly(c)Netflix

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