AVANT L’ORAGE

Des « paysages instables, saisis dans une ronde désynchronisée du temps [figurant] de nouveaux écosystèmes dans lesquels le visiteur est invité à s’immerger » 1 : telles sont les oeuvres que nous proposent d’expérimenter à la Bourse de commerce la collection Pinault dans son nouveau parcours initié « sur fond de dérèglement climatique, dans l’urgence de notre présent comme dans l’oeil d’un cyclone ».

© Tacita Dean, Foreign Policy, 2016

Jardins sombres et zones obscures, « biotopes en mutation » et « micro-territoires en gestation » nous plongent dans les friches de la post-modernité bien éloignées de nos paradis perdus…

Dans le cylindre de béton de la rotonde ont poussé les arbres à béquilles de Danh Vō. Des branches déracinées par les tempêtes figurant tout le « délabrement du monde ». Un « enfer vert » pouvant évoquer ceux « à éradiquer » au cours de la guerre du Vietnam. Non loin de cette installation, l’oeuvre immersive Chernobyl de Diana Thater « nous fait pénétrer dans un paysage irradié, théâtre apocalyptique et radioactif » mêlant beauté et toxicité d’une nature contaminée filmée dans la zone d’exclusion hautement radioactive de Tchernobyl, tandis que Présage de Hicham Berrada nous immerge dans un paysage visuel mutant : filmée en temps réel, la dégradation sous l’action de substances corrosives des métaux plongés dans un aquarium dessine un chaos de formes déliquescentes – un ballet métamorphique hypnotique.

© Pierre Huyghe, (Untitled) Human Mask, 2014

Non moins déstabilisante, la pièce sonore de Dominique Gonzalez-Foerster fait résonner dans l’escalier le bruit d’une pluie tropicale invisible à l’image de la catastrophe climatique annoncée. Autre chaos, « site entropique où le sol se soulève, où des résidus industriels contaminent la terre et où des fragments d’asphalte étouffent le végétal alors que des arbres déracinés se décomposent dans la boue », le Chemin en friche (A Way in Untilled) de Pierre Huyghe, réalisé dans un parc en jachère de Kassel, nous projette dans un monde dystopique boueux hanté par des chiens aux pattes rose fuchsia et semé de plantes jaunes et mauves semblant annoncer quelque germinations et pollinisations d’un nouveau type, et ouvrir la perspective d’une nouvelle ère post-humaine. Point d’humain non plus dans les petites vedute de Lucas Arruda, minuscules paysages en sursis enserrant dans leurs sfumati toxiques et leurs glacis leur « possible évanouissement ».

1 Citations d’Emma Lavigne, commissaire de l’exposition (extraites du catalogue).

© Dineo Seshee Bopape, My Love is Alive, is Alive, is Alive, 2022


« AVANT L’ORAGE » – BOURSE DE COMMERCE – PINAULT COLLECTION
2, RUE DE VIARMES, PARIS 1ER
À PARTIR DU 8 FÉVRIER
PINAULTCOLLECTION.COM

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