CRISTINA BANBAN : LES CORPS LYRIQUES DE LORCA 

À la galerie Perrotin, Cristina BanBan réinvente l’univers poétique et tragique de Federico García Lorca. Entre sensualité et mélancolie, ses grandes toiles incarnent la tension du désir et la puissance de l’émotion, dans une peinture charnelle où la mémoire andalouse devient contemporaine.

Avec « Lorquianas », Cristina BanBan livre à Paris son projet le plus ambitieux à ce jour. L’artiste espagnole, aujourd’hui installée à New York, s’empare de l’héritage de Federico García Lorca pour en raviver les forces vives. Présentée d’abord au Musée des beaux-arts de l’Alhambra à Grenade, l’exposition prend ici une dimension nouvelle, mêlant pièces issues de la présentation espagnole et œuvres inédites créées pour la capitale française.

BanBan ne cherche pas à illustrer Lorca, mais à dialoguer avec lui. Dans ses toiles monumentales, les personnages féminins, aux corps tout à la fois puissants et vulnérables, traduisent la même intensité dramatique que les héroïnes du poète. Dans Yerma, deux femmes – l’une accablée, l’autre droite et hiératique – se font les miroirs d’un désir impossible et d’une résignation muette. Luto y ajuar, inspiré de La Maison de Bernarda Alba du dramaturge espagnol, rejoue la confrontation des générations, mettant en scène des femmes en deuil face à de jeunes rebelles, entre retenue et sensualité. Les chaises rouges et les bas colorés deviennent des symboles de résistance, de vie et de désir sous la chape du silence. 

L’artiste convoque aussi les objets domestiques chers à Lorca – un pichet, un linge, un bijou – qu’elle transforme en métaphores du destin. Dans Venus et Clown, elle explore les dualités de l’existence : la fécondité et l’artifice, la sensualité et l’absurdité. La Zapatera Prodigiosa et Muchachas de Agua, créées spécialement pour Paris, prolongent cette quête de transformation : les corps féminins y flottent dans un espace liquide, vibrant, sensuel, comme emportés par le courant du désir et du mythe.

Ce qui frappe, c’est la façon dont BanBan insuffle au drame lorquien une vitalité picturale brute. Sa touche, large et pulsante, évoque autant la matière du geste que la violence de l’émotion. Entre le théâtre et la peinture, « Lorquianas » redonne chair à l’Espagne intérieure de Lorca, non pas comme souvenir figé, mais comme énergie vivante, traversée par la lumière, le silence et la lutte.

« Cristina BanBan – Lorquianas »Galerie Perrotin Paris Marais
76, rue de Turenne, Paris 3e

perrotin.com 

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