Une intrigue à l’américaine dans un paysage azuréen, des peaux bronzées qui ne font pas que languir sous le soleil : c’est le nouveau film d’Abdellatif Kechiche.

Le film d’Abdellatif Kechiche, tourné dans la foulée du premier volet de Mektoub My Love en 2016, est sorti ce 3 décembre 2025, soit presque dix ans plus tard. Le casting réunit la même équipe que pour le premier film : Shaïn Boumedine aux côtés d’Ophélie Bau, qui incarne de nouveau le Don Juan face à un nouveau personnage, Jessica Pennington. L’énigme du film tourne essentiellement autour de ce protagoniste sulfureux, qui provoque un véritable jeu de séduction.
Le réalisateur de La Vie d’Adèle, Abdellatif Kechiche, est connu pour retranscrire les peines humaines sans scrupules, avec une authenticité parfois désagréable. Les conditions de travail, souvent qualifiées de douteuses, sont le fruit de sa vision de la vie, teintée de brutalité et de tragédie. Convaincu que les aléas de l’existence peuvent révéler ou consumer un individu, sa propre trajectoire en est le parfait exemple : entre succès, boycott, liquidation et accident, Abdellatif Kechiche n’est pas résolu à laisser tomber la caméra.
Mektoub My Love : Canto Uno, sorti en 2018, est un film lent mais passionnant sur l’irrésistible vie du Sud, saturée et sensuelle. Les corps huileux, à peine brûlés par le soleil, se pavanent sur une plage de Sète. Amin, le personnage principal, pourtant timide, est passionné de photographie, probablement amoureux et doté d’une grande empathie. Abdellatif Kechiche retranscrit les émotions avec mesure afin que le film se rapproche d’une réalité faite de lâcheté ou de pudeur.

En parallèle, deux Parisiennes débarquent dans la ville méditerranéenne et rencontrent le groupe d’amis d’Amin. On suit peu à peu leur intégration, tandis que l’une se sent à sa place et que la seconde éprouve un manque. Le manque d’affection des autres, ou celui de ne pas se sentir suffisante ? L’authenticité des dialogues, longs et naturellement imparfaits, nous fait adhérer à cette jeunesse. L’envie de redevenir jeune nous saisit comme un moment de lâcher-prise. L’intellectualisation n’est pas évidente à déterminer : peut-être s’agit-il simplement d’une histoire destinée à faire remonter la nostalgie.
Le deuxième volet, Mektoub My Love : Canto Due, est empreint de mensonges, de passion charnelle, de réconciliations et d’amitiés mises à l’épreuve. Sorti dix ans après son tournage, le film s’arrête subitement avant que l’intrigue ne soit résolue. Un goût amer s’installe après avoir suivi l’été de ces jeunes, perturbé par des excès de colère, de jalousie, d’amour et des rapports de domination. Deux nouveaux personnages apportent le désordre là où l’on croyait trouver une forme de stabilité : un producteur américain et sa muse, une jeune femme, s’octroient des vacances à Sète.
La rencontre entre ces Américains du cinéma hollywoodien, stéréotypés, et l’insouciance de la jeunesse azuréenne provoque un déferlement d’événements inattendus. La caméra accélère le pas, l’intrigue se noue autour de malentendus et de mépris. Les images saturées et la langoureuse allure de certains personnages ne disparaissent pas, mais le récit prend une nouvelle dimension. Il n’est plus question d’un documentaire sur les aléas et les émotions de jeunes azuréens, mais de la découverte des vices qui viennent troubler leur équilibre.
Le producteur incarne l’impulsivité, tandis qu’Amin reste fidèle à son insouciance et à son empathie. Ophélie, l’un des personnages féminins principaux du premier volet, poursuit sa quête de construction, déchirée entre passion et raison. Le bonheur et la naïveté de la jeunesse ne sont jamais remis en question tant qu’ils ne croisent pas le chemin d’un homme prisonnier des griefs du succès et d’une actrice prête à lâcher prise.
Le film met en parallèle des vies que tout oppose dans un paysage commun. L’été 1994 devient inoubliable : on suit les remises en question de deux femmes qui ne partagent pas le même statut économique mais dont les doutes sont similaires. Amin mûrit et demeure le symbole de la bienveillance que le film nous invite à incarner face aux excès malsains de certains. Abdellatif Kechiche est, cette fois, moins dans la mesure. Ce second volet de Mektoub My Love illustre les conséquences de l’impureté.









