Depuis toujours, la mode aime flirter avec la danse. Mais ces dernières saisons, le ballet s’impose plus que jamais comme un vocabulaire à part entière, transformant tutus, pointes et attitudes en un vestiaire quotidien. La grâce des entrechats se glisse dans la rue, et le vestiaire de l’Opéra devient un terrain de jeu pour les créateurs de mode.
Au cœur de cette tendance, des maisons de luxe déclinent l’imaginaire du ballet pour le rendre désirable, subversif ou romantique. Focus sur trois marques : Miu Miu, Simone Rocha et Repetto.
Miu Miu : les ballerines cultes
Miu Miu est la petite sœur de Prada, née de la volonté de Miuccia Prada de créer une mode plus féminine et ludique. Et quoi de plus évocateur que l’univers du ballet pour incarner ce style ?
Les ballerines Miu Miu sont devenues un véritable phénomène : des souliers à brides ou rubans, disponibles en cuir ou satin, dans des nuances allant du blanc au noir, en passant par le bleu, le cacao ou le rose poudré. Ces souliers rappellent immanquablement les chaussons d’école de danse. Loin de se limiter à une apparence trop sage, Miu Miu joue avec les contrastes : les ballerines peuvent se porter avec des jeans larges, des pantalons cargo ou des chaussettes de sport pour casser l’aspect trop premier degré. Mais pour celles qui veulent revivre leurs jeunes années au studio, la marque propose aussi des jupes à volants, des collants blancs ou des guêtres, dans un clin d’œil assumé à l’uniforme de danseuse.
En réinventant la ballerine, Miu Miu signe une mode à la fois nostalgique et contemporaine, capable de basculer d’un romantisme rétro à un esprit rebelle en un battement de cils.


Simone Rocha : le tutu revisité
Chez Simone Rocha, la référence au ballet n’est pas un simple détail : c’est un véritable langage créatif. Née à Dublin en 1986 et formée au Central Saint Martins de Londres, Simone Rocha s’est imposée comme l’une des créatrices les plus singulières de sa génération grâce à un style romantique, théâtral et volontairement excessif.
L’un de ses motifs fétiches ? Le tutu, qu’elle décline en robes volumineuses, en jupes vaporeuses et même en sacs ! Les couches de tulle, les broderies délicates et les silhouettes cintrées rappellent la scène et les danseuses classiques, mais revisitées avec une tension gothique ou victorienne.
En 2024, elle a même signé la collection haute couture invitée chez Jean Paul Gaultier, réussissant à insuffler l’esprit de la danse classique même chez l’anticonformiste JPG.


Repetto : l’âme du ballet en couture
Impossible de parler de ballet et de mode sans évoquer Repetto, véritable institution née en 1947 à Paris. L’histoire ? Rose Repetto coud ses premiers chaussons pour son fils danseur, Roland Petit, avant de devenir la référence du monde de la danse. Puis, dès 1956, la ballerine Cendrillon devient culte, portée par Brigitte Bardot dans Et Dieu… créa la femme, imposant le chausson de danse comme soulier du quotidien.
Au fil des décennies, Repetto a su préserver et renouveler son héritage : la maison parisienne a travaillé avec Karl Lagerfeld, Comme des Garçons ou Yohji Yamamoto, et a même lancé un service de personnalisation avec 252 nuances disponibles.
En 2024, Repetto a collaboré avec Jacquemus pour revisiter son iconique modèle Zizi dans le cadre du défilé « Les Sculptures », et avec Marine Serre pour la collection « All Over Moon ». Ces collaborations témoignent d’un savoir-faire unique (le cousu retourné) et d’une capacité à intégrer l’esthétique dans un luxe contemporain et désirable.
Aujourd’hui, ballerines et richelieus Repetto ne sont plus seulement réservés aux studios de l’Opéra : ils incarnent une allure chic, parisienne et intemporelle qui continue de séduire le monde entier.


En 2025, plus que jamais, la danse classique inspire la mode. Elle prête ses codes à des créations tantôt sages, tantôt transgressives. Les tutus se font sculpturaux, les ballerines deviennent statement et l’esprit studio se mêle au streetwear pour créer de nouvelles grammaires stylistiques.
Entre hommage et détournement, Miu Miu, Simone Rocha et Repetto prouvent que la danse n’est pas qu’un art du mouvement : c’est une source inépuisable d’inspiration, de grâce et d’invention pour la mode contemporaine.








