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L’ITALIE SOUS TOUTES SES IDENTITÉS  

Qu’avons nous pensé de la fashion week AW26/27 de Milan ?


La ville de Milan a été secouée par sa Fashion Week annuelle de février, placée sous le signe de l’enracinement et de l’identité. Au cœur d’un monde très cosmopolite, certaines tendances creusent les écarts entre les cultures. Nous avons remarqué différents messages porteurs de valeurs individualistes. Certaines marques fuient l’instabilité des mouvances sociétales, politiques, environnementales… et se rapprochent de leurs racines et de leurs origines, comme Gucci et Moschino. D’autres maisons défendent l’irrégularité et le contraste entre nos différentes identités, comme chez Diesel et Prada. Les mannequins défilent avec une attitude qui les individualise face au regard de la société : tous particulièrement différents et autonomes, directement confrontés à leurs goûts, qui évoluent tout au long de leur vie.

Diesel

Diesel assume encore une fois son extravagance décalée, qui s’éloigne de l’image glamour de l’Italie. La collection s’inspire de l’expression « dirty stop out », qui fait référence à nos soirées à rallonge se terminant au lever du jour. Diesel revisite nos tenues de fin de soirée, souvent déconstructées et parfois honteuses, comme une revendication de ce que l’on appelle aujourd’hui un style moderne. La mode de Diesel est controversée, car elle ne prône pas les idéaux traditionnellement revendiqués par la société. La marque accorde une intention précise à chaque coupe et à chaque look : elle renverse les conventions, toujours dans une démarche de libération des mœurs.

Diesel.com

Moschino

Moschino crée sa collection autour de la mémoire, de la nostalgie et de l’enfance. Au milieu d’un amas de terre, les mannequins portent de la couleur et surtout des motifs. Ces motifs racontent l’histoire d’un homme, voire d’une identité : celle d’Adrian Appiolaza. Le directeur artistique de Moschino, d’origine argentine, est retourné dans ses souvenirs d’enfance pour dessiner une collection très féminine, empreinte des codes du tailoring et de détails hispaniques. Le designer nous surprend à chaque look, car aucun ne se ressemble vraiment ; ils semblent presque en discordance, créant un rythme captivant. La collection ravive des souvenirs d’enfance : les bouts de ficelle avec lesquels on s’amusait à nouer, les couleurs du parc où l’on pouvait enfin se sentir libre. Adrian fait écho à quelque chose d’intime : alors que tout semble s’effondrer autour de nous, les seules choses qui nous seraient encore possible de défendre sont nos origines et surtout nos mixités.

Moschino.com

Avavav

Avavav pose le problème à l’envers. Et si ce n’étaient plus les invités qui regardaient le défilé, mais les mannequins ? Dans une seule pièce, des mannequins se tiennent debout, figées, sans aucune émotion. Les invités traversent la pièce chacun leur tour, un peu surpris et déboussolés de déambuler autour de la nouvelle collection. L’effet de surprise est assuré, mais il soulève un problème plus important : le « female gaze », qui se traduit par « regard féminin ». C’est un terme large, dont le sens varie selon le contexte et l’orateur. Le regard est, par définition, subjectif et unique selon les points de vue. Le discours d’Avavav s’appuie littéralement sur cette notion en inversant les rôles. La collection n’impose pas un point de vue ; elle suggère que, s’il en existe un, son inverse mérite tout autant d’exister.

Avavav.com

Prada

Prada embrasse les pluralités et propose une réflexion sur les différentes facettes d’une femme ainsi que sur la complexité de la vie. Une question nous vient souvent à l’esprit : « Comment trouvons-nous notre place ? » Et par quels moyens pouvons-nous l’affirmer dans la société ? En partant du principe que rien n’est permanent et que les goûts deviennent aussi éphémères qu’une tendance, comment s’habiller et s’aligner au mieux avec nos états d’âme et nos envies ? Prada incarne une mode fortement marquée par une identité instable et éclectique, car les choix sont devenus aussi complexes que les moments que nous vivons. La maison ne confond pas simplicité et complexité : elle transmute les perspectives tout au long du défilé à l’aide d’un vestiaire simple et élégant. 

Prada.com

Gucci

Le défilé Gucci de Demna s’enracine dans l’histoire de Gucci et de l’Italie. « Everything you could say about a human being, you can say about Gucci. I see Gucci as a person. », extrait du communiqué de Demna. Demna a, d’une certaine manière, conscientisé chaque période de la vie de la marque comme une émotion ou un état d’âme. Grâce à ce retour aux sources, les ateliers racontent l’histoire de Gucci d’une manière moins glamour, mais plus authentique et sensorielle : « I don’t want it to be intellectual, but I want Gucci to be a feeling. » Demna joue avec l’instinct et le sentiment de « déjà-vu », plus fédérateur qu’un simple critère de beauté. Il ne cherche pas à faire du beau, mais à représenter le réel tel qu’il est, y compris en s’inspirant des bonnes et des mauvaises habitudes de l’homme. La collection fonctionne comme une réplique de film que l’acteur doit s’approprier pour créer l’émotion. Chaque mannequin incarne un caractère aussi particulier et unique que sa tenue.

Gucci.com

En comprenant les intentions de ces différentes maisons, la Fashion Week de Milan semble avoir mis en lumière une même urgence : celle de redéfinir l’identité. Qu’elle soit brute et provocante chez Diesel, intime et mémorielle chez Moschino, conceptuelle chez Avavav ou plurielle chez Prada. Elle interroge notre rapport au regard, à nos origines, à nos contradictions et à notre place dans un monde instable. Plus qu’une succession de tendances, ces défilés traduisent un besoin d’authenticité et d’appropriation. Chaque maison défend l’idée que l’identité n’est ni figée ni linéaire.

Des experiences et une culture qui nous définissent

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