Alex Webb est le photographe de rue qui fait vivre ses clichés par leurs couleurs et leur composition. Un chaos esthétique qu’il parvient à capturer grâce à sa facilité à se trouver « au bon endroit au bon moment ».

Les clichés d’Alex Webb, un des précurseurs de la photographie de rue en couleur, respirent la spontanéité. Il montre un fort intérêt pour les paysages hantés par la précarité, les tensions culturelles, une lumière crue et authentique.
Alex Webb a débuté par des photos en noir et blanc pour des magazines comme The New York Times Magazine, Life ou National Geographic. Prédestiné à prendre en photographie un paysage uniquement américain, il va lire Les Comédiens, de Graham Greene, un livre sur la vie tumultueuse à Haïti qui lui donnera envie de changer radicalement de point de vue. Son style se définit dès qu’il voyage dans les Caraïbes, et notamment à Haïti. Il découvre une vie intense et crue, souvent tragique. À partir des années 1970, il commence à voyager et traverse le Mexique, Cuba, le Paraguay, la Grenade, mais aussi l’Éthiopie, l’Allemagne et la Turquie à la recherche d’un thème, d’une gamme de couleurs inédite et de moments insolites. Ses photographies sont très connues pour leur complexité et les forts contrastes qui créent une perspective captivante. Loin des idées préconçues qu’on se fait des cultures de ces pays, Alex Webb veut lui-même faire partie de leurs rues, en documentant ses déambulations. Les différentes cultures sont représentées grâce à des gammes de couleurs vibrantes : rose et vert pour Cuba, vert et rouge pour la Turquie, rouge et beige pour le Mexique, le jaune et bleu pour Haïti, rouge et noir pour l’Éthiopie, et vert, jaune et rouge pour la Grenade.
Ses voyages sont répertoriés dans un livre paru en 2011, La souffrance et la joie de la lumière : trente ans de photographies, qui met à l’honneur ses trois décennies de carrière.


Deux photographes actuels qui empruntent la patte colorée d’Alex Webb :
Olivier Lei
Olivier Lei parcourt le monde à la recherche de la photo unique. Une photo mystérieuse aux couleurs criardes, touchante par l’agitation ou le silence qui en ressort. Comme Alex Webb, il capture l’essence de la vie, les coins perdus ou les terrasses parisiennes. Il révèle un inconnu énigmatique, quelquefois anonyme, au milieu d’un instant de vie particulier. Olivier ne photographie pas la précarité ni les tensions sociales du monde, mais des moments de vie simples et familiers, uniques à chaque inconnu qui en fait l’expérience.


Hugo Lee
D’abord diplômé en graphisme, Hugo Lee se penche sur la photographie de rue pour transformer des moments de vie du quotidien en scènes cinématographiques. Il puise son inspiration dans le cinéma des années 1980 et dans des codes visuels de la vie au Japon et à Hong Kong. La précision des détails comme l’exposition, la couleur et le contraste entre les néons de la ville et l’obscurité de la nuit fait toute la particularité de ses photographies ; il change de prises de vue afin de documenter une vie urbaine dense et insaisissable. Les récits cinématographiques permettent à Hugo Lee de transporter les spectateurs là où ils ne s’y attendent pas, leur faisant découvrir des détails et des émotions différents de ceux qu’ils ont l’habitude de voir tous les jours.
Alex Webb est une référence de la photographie de rue, car sa manière de documenter la difficile vie dans les rues précaires est toujours expressive et complexe. Après trente ans de carrière, il continue d’influencer les nouvelles générations de photographes qui, comme Olivier Lei ou Hugo Lee, prolongent cet héritage chromatique à leur manière. Chacun d’eux puise ses inspirations dans la vie quotidienne, ses mystères, ses tensions, ses éclats de lumière, pour en faire surgir des récits visuels puissants portés par la couleur et l’imprévisible.










