
Pour ses 23 ans, le Festival Photo La Gacilly célèbre le bicentenaire de l’invention de la photographie avec vingt expositions à ciel ouvert.
En 1826, dans la campagne de Saône-et-Loire, Nicéphore Niépce fixait la première image de l’Histoire sur une plaque d’étain recouverte de bitume de Judée. Deux siècles plus tard, c’est un petit village du Morbihan qui a choisi de raconter cette aventure : du 1er juin au 4 octobre 2026, le Festival Photo La Gacilly déploie sa 23e édition sous le titre « 1826-2026 : la photographie, une aventure française ».

Le principe n’a pas changé depuis 2004 : gratuit, en plein air, accessible sans billetterie ni réservation, le festival transforme les rues, jardins et venelles du village en une galerie à ciel ouvert. Chaque été, il attire plus de 300 000 visiteurs : un chiffre qui a fait de lui le plus grand festival photo en plein air d’Europe, avec une déclinaison internationale à Baden, en Autriche, depuis 2018.
Impossible de résumer deux cents ans de photographie française en une seule programmation. Cyril Drouhet, commissaire des expositions, a plutôt choisi d’articuler son parcours en quatre mouvements.
L’art du portrait ouvre le bal avec Nadar, dont le studio parisien a immortalisé Victor Hugo, Sarah Bernhardt ou Alexandre Dumas dans les années 1850-1860. Jean-Marie Périer leur répond en écho, avec ses clichés pris au naturel de Johnny Hallyday, de Françoise Hardy ou des Rolling Stones dans l’insouciance des années 1960. Le duo Pierre et Gilles referme cette séquence avec ses portraits peints et sophistiqués de Madonna, Isabelle Huppert ou Stromae, cinquante ans après leur rencontre.
La mémoire du monde rassemble des figures du photoreportage. Willy Ronis y est présenté sous un angle méconnu : ses vues couleur de Paris en Kodachrome, longtemps éclipsées par son œuvre en noir et blanc. Sebastião Salgado, disparu en mai 2025, fait l’objet d’une rétrospective inédite conçue par son épouse Lélia. Raymond Depardon dévoile ses archives couleur, réalisées en marge de ses reportages officiels. Jane Evelyn Atwood, photographe franco-américaine installée en France depuis 1971, et Pierre Le Gall, discret lauréat du prix Niépce, complètent ce chapitre.

À la gloire du vivant, ensuite, tourne le festival vers l’écologie positive, avec Vincent Munier et son Chant des Forêts consacré aux Vosges de son enfance, récompensé aux César en février 2026. Sept autres regards étoffent ce chapitre environnemental.

Sophie Hatier, lauréate 2026 du Prix Leica des Nouvelles écritures de la photographie environnementale, construit avec Loin des jardins des paysages à la limite de l’abstraction (Islande, Namibie, Norvège, Camargue), où roche, glacier et ciel cohabitent.

Claudine Doury, avec Solstice, suit depuis dix ans, chaque 21 juin, les peuples du Nord, de Saint-Pétersbourg au Bélarus en passant par la Lituanie, la Pologne et la Lettonie, qui célèbrent le retour de la lumière lors de rites ancestraux liés au feu et à l’eau.

Éric Garault documente, dans Les gardiens du vivant, l’action de la Fondation Yves Rocher au Togo, en France, aux Pays-Bas et en Équateur : quatre terrains où des femmes et des hommes replantent des arbres pour lutter contre l’érosion ou la pression pétrolière.


Serge Sibert consacre sa chronique rurale aux familles paysannes du Bugey, dans l’Ain, où un modèle d’agriculture biologique et de circuits courts tente de résister à la disparition annoncée d’un agriculteur sur trois d’ici 2030.

Julie Bourges, photographe rennaise, revisite quant à elle les légendes du golfe du Morbihan et de la forêt de Brocéliande.


Lys Arango suit depuis 2019 les familles du corredor seco guatémaltèque, frappées par la sécheresse et la malnutrition, dans un travail qui refuse la dramatisation pour montrer aussi ce qui résiste et ce qui permet, malgré tout, d’espérer voir les champs refleurir.

Ingmar Björn Nolting referme ce chapitre avec Paradoxes climatiques : un inventaire visuel des contradictions allemandes entre ambition climatique affichée, neutralité carbone visée pour 2045 et adhésion sociale plus fragile dès qu’il s’agit de mesures concrètes.

L’image dans tous ses états referme la programmation sur les mutations du médium : les diapositives amateurs collectionnées par Lee Shulman dans son Anonymous Project, la solitude documentée par Jérôme Gence, et les « hallucinations » photographiques de Brodbeck & de Barbuat.

Le volet pédagogique n’est pas en reste : douze collèges du Morbihan participent cette année au Festival Photo des Collégiens, sur le thème « Au nom de la mémoire : la photographie en héritage », avec une exposition intégrée à la programmation et un futur écho en Autriche en 2027.
Festival Photo La Gacilly
Place de la Ferronnerie, La Gacilly
Jusqu’au 4 octobre 2026
festivalphoto-lagacilly.com
@lagacillyphoto






