La peinture comme une évanescence, un souffle, un murmure, un souvenir, une apparition… C’est telle une florescence, une germination ou tel un flux que, dans ses coulées de bleus, de jaunes et de roses pâles, nous apparaît la peinture de Simon Martin.

« Ici et là, des repentirs et des coulures, des sous-couches et des contours sont laissés apparents », elle est « pareille à la mémoire », nous dit Horya Makhlouf, la commissaire de l’exposition consacrée à l’artiste, qui y voit la transmutation de « la matière des rêves et des souvenirs » : « Née des graines qu’ils ont laissées avant de s’évanouir, la peinture de Simon Martin les fait germer en bourgeons vivaces… ». Des roses ont poussé dans les joints du carrelage…, La peinture s’écaille et l’eau dévale le ciment… : les titres en témoignent. Ils laissent entrevoir la faille aussi, l’étrangeté s’immisçant dans le réel, une réalité semblant se liquéfier dans l’eau de l’aquarelle et les pâleurs de l’huile mêlée à l’acrylique se répandant dans ce « jardin de la peinture ».

Huile et acrylique sur toile, 195 x 97 cm
Gregory Copitet, Courtesy de l’artiste et de la galerie Jousse Entreprise, Paris

Peuplée de visages évanescents, de corps et de fleurs Fantômes, affleurant sur la toile ou le papier comme des corps flottants ou des apparitions, le monde couleurs pastel de Simon Martin paraît en effet plus proche de l’univers des songes. « La fumée des souvenirs a été mélangée par le peintre aux pigments et à l’huile. C’est elle la véritable matière. Elle est palpable, malléable, enduite sur la toile, couche après couche, jusqu’à faire ressurgir, mieux encore que les images, les sentiments qui les ont accompagnés », écrit Horya Makhlouf. Surgissant comme par miracle d’infimes variations chromatiques, allant du bleu au vert délavés en passant par le mauve, des corps et des fleurs semblables à des ombres, tels des mirages, menacent à tout moment de disparaître.

Ici, deux visages couchés à peine perceptibles flottent sur la ligne d’horizon, l’un ourlé par la mer, l’autre nimbé de brouillard mauve, comme émergé de la brume… ; là, des roses trémières surgies de nulle part et comme incomplètes… ; ici, deux visages en miroir presque insaisissables, à mi-chemin entre l’apparition et la disparition, l’enfouissement et l’inachèvement… ; là, un Fantôme bleu diaphane émergeant d’un fond rose délavé : jouant des vides et des transparences par de subtils recouvrements et estompages, Simon Martin parvient à rendre l’atmosphère ouatée des rêveries. Par endroit lacunaire, comme les souvenirs, sa peinture, toute de clarté et de légèreté, semble n’être qu’un murmure et vouloir, à travers les teintes crayeuses de sa palette sourde, nous remémorer les jours heureux.
« SIMON MARTIN – CE QUI DORT SOUS LES PÉTALES »
GALERIE JOUSSE ENTREPRISE 6, RUE SAINT-CLAUDE, PARIS 3E
JUSQU’AU 13 MAI 2023
JOUSSE-ENTREPRISE.COM








