Le charme particulier de la capitale de l’Ouzbékistan, Tachkent, réside dans sa capacité à allier transgression et union entre la culture et l’histoire.

Tachkent est une ville d’Asie centrale qui était l’un des principaux centres économiques de l’ex-URSS. L’engouement autour de cette ville s’est développé pour des raisons politiques, culturelles et scientifiques, car elle a été le carrefour d’événements importants pour l’URSS. Née il y a plus de 2000 ans, la ville mêle l’héritage profond de l’Orient à un style soviétique qui s’est fondu dans son patrimoine pendant le XXe siècle. Tachkent s’est transformée en musée à ciel ouvert parsemé de symboles soviétiques aux couleurs orientales.
Depuis le milieu des années 1950, le modernisme à Tachkent se manifeste partout dans la ville, que ce soit dans le métro, au coin des rues ou sur les façades. Le courant architectural se détache de la tradition pour évoluer en un style progressiste, aux formes cubiques et tridimensionnelles, souvent répétitives, qui créent un effet visuel à la fois minimaliste et grandiose. Les couleurs dorées et les formes géométriques contrastent avec l’architecture traditionnelle, donnant naissance à un paysage urbain à la fois étonnant et séduisant.


© karel balas
Ces bâtiments ne sont pas seulement esthétiques : ils portent un message. L’ère soviétique a définitivement marqué l’histoire et l’architecture de Tachkent, avec des courants comme le constructivisme et le stalinisme. L’architecture stalinienne était un style censé glorifier la puissance de l’URSS en s’opposant à toute forme d’occidentalisme. Apparue dans les années 1930, cette esthétique se distinguait par des bâtiments souvent massifs et en béton, construits sur de vastes surfaces, succédant au style Art déco des années 1920-1930, et constituant une étape essentielle vers le modernisme.
Mais le modernisme de Tachkent ne se résume pas au stalinisme. L’architecture constructiviste, sorte de modernisme alternatif et plus radical, est née peu de temps avant les années 1920. Le courant architectural s’inspire du mouvement artistique « constructivisme », privilégiant l’uniformité, la fonctionnalité et une vision futuriste de la société soviétique, reflétant une nouvelle manière de vivre.
Comme le souligne Béatrice Grenier, directrice des projets stratégiques et internationaux à la Fondation Cartier et autrice des textes qui accompagnent les photographies de Karel Balas : « Ce livre Tashkent: A Modernist Capital permet de comprendre comment une région autonome a puisé dans son histoire, et dans son architecture islamique riche en couleurs et en formes, pour réinterpréter une modernité ouzbèque. »

Ces monuments doivent être protégés pour leur beauté comme pour les valeurs qu’ils insufflent. De nouveaux projets porteurs d’espoir et fédérateurs prennent vie au cœur de Tachkent, comme ce vaste chantier s’étalant sur 6 000 hectares qui deviendra un pôle régional d’innovation, de cohésion sociale et de durabilité. Cette réalisation, prévue pour mars 2026, est soutenue par le Centre d’art contemporain de Tachkent et la Fondation pour le développement de l’art et de la culture en Ouzbékistan. Elle s’inscrit dans un élan artistique qui reste fidèle à l’héritage architectural de la ville.
Ainsi, Tachkent continue d’affirmer sa singularité : ville millénaire où l’Orient rencontre le modernisme soviétique, elle se tourne vers l’avenir tout en protégeant son patrimoine, démontrant que tradition et innovation peuvent coexister harmonieusement au service de la culture et de la créativité.








