LA VIE EN GRAND

Acteur et musicien, Jean-Baptiste Le Vaillant collectionne les vies sans en choisir une. Lui et son groupe sortent leur premier album à la rentrée, inspiré de l’univers lynchien, et projettent d’en faire un film cet été. Rencontre avec quelqu’un qui veut monter sur les toits.

Ta découverte de Lynch et du cinéma, comment c’est arrivé ?

J’ai connu le cinéma de David Lynch grâce à ma première amoureuse. Elle était aux Arts déco à l’époque et développait une scénographie autour d’une loge noire à la David Lynch – cet espace dans Twin Peaks à la frontière entre le réel et l’onirique, avec de grands draps, des canapés, une télé. Je suis entré dans l’univers de Lynch grâce à elle, et depuis, ça me baigne. J’ai tout vu, tout lu. Je suis fasciné par ce personnage qui mêle tous les arts.

C’est presque une secte, Lynch. Il faut être coopté pour y entrer ?

C’est très juste. Quand j’étais adolescent, j’avais des DVD de Lynch à la maison, je les regardais avec mes parents et je n’y comprenais rien. C’est vraiment mon amoureuse de l’époque qui m’a permis d’être coopté. Et on en revient peut-être à quelque chose d’universel : c’est l’amour qui nous fait tout découvrir. Dans mes relations, pour le pire comme pour le meilleur, j’y plonge à fond, et souvent ça me fait écrire des chansons. L’amour, c’est la clé : tu ouvres la porte et let’s go !

En novembre, tu vas sortir avec ton groupe Dernier Motel un album, Chambre n° 8, et tu viens de signer. Chez qui ?

Upton Park.

Quand tu es en solo, tu fais un album de rupture, tu rencontres la célébrité, et tu finis par écrire un deuxième album sur les voitures et les super hôtels… Ça te fait peur ?

On n’en a pas encore beaucoup parlé avec le groupe ni avec le label. En live, on ne joue pas que les chansons de l’album qui va sortir : il y en a d’autres qui seront certainement sur un deuxième. Ce premier lancement est relié à des chansons très intimes, c’était la matière de départ. Les nouvelles chansons qui arrivent sont, elles, très connectées au groupe dans son ensemble, parce qu’on est six. La matière vient d’eux aussi.

Le deuxième album sera plus « groupe » que ce premier, qui reste dans une intimité proche de moi. Eux apportent des riffs, des machines, certains écrivent aussi en tant qu’auteurs. Ce dont je rêve – et c’est peut-être une utopie –, c’est une connexion à la Beatles, où tout le monde écrit, mais où on signe ensemble. Pas de Jagger/Richards qui provoque des problèmes de territoire. 

Queen l’a vécu : quand Freddie Mercury est revenu après ses albums en solo, la condition était que tout soit signé Queen, 25/25/25/25.

C’est ça l’idéal pour le deuxième album !

L’avantage d’être six, c’est qu’il y a toujours quelqu’un qui se fait larguer ; donc on peut toujours faire un bon album de rupture.

C’est vrai ! (rires)

Ton groupe mêle acteurs du Conservatoire national et musiciens. Comment c’est né ?

On est toute une bande sortie du Conservatoire : certains du national de théâtre, d’autres du national de musique. Le projet de base, c’était de se réunir sur scène et faire la fête avec ses potes d’école. Et c’est ce qui se passe toujours. Je trouve ça précieux de ne jamais perdre ça.

Mais la règle que je voulais imposer dès le départ, c’était « pas de concert dans les codes classiques ». Ce qui m’a toujours fatigué, c’est ce truc très répandu où l’artiste dit « La prochaine chanson s’appelle machin, elle parle de mon père qui est mort la semaine dernière ». Au théâtre, ça serait impossible. Personne ne dirait « La prochaine scène de Hamlet… ». Alors pourquoi tout le monde fait ça en concert ?

Peut-être parce que les gens n’écoutent pas les paroles ?

C’est un comble. Depuis tout petit, je me disais : tu m’invites dans une salle, raconte-moi une histoire avec un début, un milieu, une fin. Donc on a créé un scénario en live qui lie les chansons, une trame qui se passe dans un motel à la frontière entre le rêve et la réalité. Une ligne rouge qui permet au public de se plonger dans quelque chose au-delà de « mon chat est mort ».

Et ce scénario donnera lieu à un film ?

On est en train de le développer. On tourne normalement début août et ça sortira pour l’album. Il y aura deux objets en novembre prochain : un film et un album.

C’est un objet cinématographique ou musical ?

Les deux. On le réalise tous ensemble, avec une crew qu’on a commencé à constituer lors du premier clip, qui est le générique du film à venir. On a des attirances de réalisateurs, de scénaristes, et on développe ça en parallèle de nos métiers de musiciens.

Et ta carrière d’acteur, elle est arrivée en même temps que ta découverte de Lynch ?

Je suis un jeune acteur, j’ai pas encore eu de grands rôles, mais de tout petits rôles dans des séries, des longs. Pour l’instant, je prends tout ce qui arrive. Je n’en suis pas à refuser quoi que ce soit. Même une grosse comédie ? Carrément ! Pourquoi pas.

L’exigence de la comédie, c’est énorme ?

Gigantesque ! C’est physique, c’est ultra-sérieux. Les Américains n’ont pas ces cloisons. Un Ben Stiller fait Zoolander, puis derrière fait un film sérieux. J’ai découvert hier Foxcatcher, avec Steve Carell, lui qui vient de la comédie pure. En France, soit on fait rire, soit on ne fait pas rire.

Et toi, des envies précises ?

J’ai vraiment envie d’un cinéma du rêve, d’irrationnel, de monde étrange : plonger dans l’invisible avec un metteur en scène. Mais mon premier désir d’acteur vient de Belmondo et des films d’aventure. J’ai une partie des membres de ma famille qui sont skippers, qui font la Transat Jacques-Vabre, le Vendée Globe ; mon désir d’aventure naît de là. Je me rappelle avoir vu L’Homme de Rio à 17 ans et m’être dit : « Il monte sur les toits, vas-y ! » Il y a un cinéma en France qui se passe dans des cafés parisiens où on parle d’amour, et que j’adore, mais au bout d’un moment, j’ai envie de monter sur la table, de sauter, de grimper. J’aime quelqu’un qui saute sur un métro.

Prochain film dans l’espace alors ?

Faut voir grand !

PHOTOGRAPHE + DA : FRANÇOIS BERTHIER
MAKE UP/HAIR : ESTELLE VANDEVELDE

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