HIBA BENNANI : ENTRE DEUX RIVES ET TROIS VISAGES

De ses débuts précoces au théâtre à son ascension dans des productions internationales, Hiba Bennani trace un parcours singulier, entre France et Maroc. À l’aube d’une nouvelle étape – du jury de Canneseries à ses prochains rôles –, l’actrice affirme une approche instinctive et exigeante de son métier, loin des cases et des évidences.

François Berthier : Vous avez commencé le théâtre à 5 ans, et c’est à 19 ans que vous avez joué vos premiers rôles dans des films et séries franco-marocains. Entre ces deux moments, il y a eu une longue traversée. Est-ce qu’il y a eu des doutes, des instants où vous avez failli tout arrêter ?
Hiba Bennani : J’étais en plein apprentissage. Je faisais du théâtre, de l’improvisation, j’étais en lycée de cinéma… Je découvrais ce métier qui me passionnait, donc je ne me posais pas vraiment de questions. J’étais surtout dans la découverte.

Vous faites partie du jury de la compétition Séries courtes à Canneseries cette année. C’est la première fois que vous êtes de l’autre côté de la table, dans la peau de celle qui juge plutôt que de celle qui est jugée. Comment vous sentez-vous dans ce rôle ?
C’est super impressionnant. À l’instant où l’on parle, je n’y suis pas encore, mais je ressens déjà une certaine pression.

Dans la saison 5 de Slow Horses, vous donniez la réplique à Gary Oldman, Jack Lowden et Kristin Scott Thomas. On imagine que ce n’est pas anodin. Qu’est-ce que cette expérience a transformé dans votre façon d’aborder un plateau ?
Chaque plateau est vraiment différent, aucun ne se ressemble. J’ai pris cette opportunité comme une expérience unique. Au début, c’était assez impressionnant, stressant, mais une fois sur place, l’équipe est tellement accueillante qu’on oublie qu’on fait partie d’un grand projet. On veut juste vivre l’expérience à fond.

Pour incarner Tara, vous avez travaillé sur trois versions du personnage en parallèle : celle qui aime Roddy, celle qui joue le rôle d’un honey trap, et celle qui a tout manipulé depuis le début. Comment construit-on une telle architecture intérieure sans se perdre soi-même ?
C’était assez compliqué, en effet, car Tara a trois visages complètement différents tout au long de la série. Il fallait bien distinguer quelle « couleur » de Tara j’incarnais selon les jours. Pour cela, j’ai écrit trois backstories différentes, que je relisais chaque matin avant le tournage. Et une fois la journée terminée, ce que je ramenais le plus à la maison, c’était des courbatures, car le tournage était parfois très intense physiquement.

Vous vous apprêtez à jouer Yasmina dans Rass Jbel, une série MBC – adaptation marocaine d’un drame libanais – aux côtés d’Assaad Bouab. C’est un retour à vos racines marocaines après des productions très internationales. Qu’est-ce que cela représente pour vous personnellement ?
Je pense ne jamais avoir quitté mes racines. J’ai eu la chance de commencer ce métier entre la France, le Maroc et des productions internationales. J’ai toujours voulu naviguer ainsi, et je trouve cela extrêmement enrichissant. Je prends autant de plaisir à jouer dans ces différents contextes et j’espère pouvoir continuer de cette manière.

Cannes, que ce soit le Festival de Cannes ou Canneseries, reste l’une des vitrines les plus puissantes pour une carrière. Pour une actrice franco-marocaine qui navigue entre Paris, Londres et le monde arabe, est-ce que la Croisette a une résonance particulière ? Qu’est-ce que vous espérez que ce festival dise de vous, aujourd’hui ?
Il y a quelque chose de très fort, parce que j’ai grandi entre plusieurs pays. Cannes est un point de rencontre entre des personnes venues du monde entier pour partager une passion commune. Je n’attends pas forcément que cela dise quelque chose de spécifique sur moi ; j’ai surtout hâte de vivre pleinement cette expérience et d’en revenir avec beaucoup de souvenirs.

Vous portez une double identité – française et marocaine – dans un milieu où les rôles pour les actrices qui vous ressemblent ont longtemps été limités. Est-ce que vous sentez que les choses changent vraiment, ou est-ce que c’est encore un combat au quotidien ?
Je pense qu’il y a un changement, mais que le chemin reste encore long. On commence surtout à changer de regard : on passe d’une logique de représentation à une logique de narration. On réalise peu à peu que le plus important n’est pas le physique de la personne qui incarne un rôle, mais l’intensité qu’elle lui donne. Et ce n’est qu’un début.

PHOTOGRAPHE:DA : FRANÇOIS BERTHIER
CO DA FLORA DI CARLO
MAKE UP/HAIR : MELANIE VERGNOL

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