

Margo a des problèmes d’argent — et une façon bien à elle de les régler. Un père ex-catcheur, un compte OnlyFans et une brochette d’actrices oscarisées : difficile de faire plus improbable comme point de départ. Et pourtant.
Il y a des séries qui arrivent avec le poids d’une promesse impossible à tenir. Celle-là avait tout pour faire peur : un pitch résumable en une phrase gênante à dire à table. Et puis ce casting ,Elle Fanning, Michelle Pfeiffer, Nicole Kidman, Marcia Gay Harden. Autant de talent réuni qu’on s’attendait au meilleur. Et le meilleur, c’est ce qu’on obtient… ou presque.
Margo est la fille d’une ancienne serveuse de Hooters et d’un ex-catcheur professionnel. Étudiante décrochée, aspirante écrivaine, elle se retrouve avec un bébé sur les bras, une pile de factures et de moins en moins d’options pour y répondre. La solution ? Se lancer dans le contenu adulte en ligne, guidée par son père revenu de nulle part. Sur le papier, ça oscille entre le film social qui gratte et la série feel-good qui rassure. À l’écran, c’est bien plus délicat que ça.

Ce qui surprend, c’est la légèreté avec laquelle la série aborde le sujet OnlyFans. Pas de grands discours, pas de larmes de honte ni de manifeste féministe à la clé : la plateforme est traitée avec humour, presque avec pragmatisme, comme on parlerait d’un job alimentaire un peu particulier. C’est d’ailleurs l’un des ressorts comiques les plus réussis de la série : voir le père ex-catcheur, grande gueule repentie, devenir le coach OnlyFans de sa fille avec le sérieux d’un directeur artistique. La situation est absurde, la série le sait, et elle joue là-dessus avec un vrai sens du décalage.
Soyons honnêtes : regarder cette série, c’est aussi un peu se demander comment on a réussi à réunir tout ce monde-là dans le même projet. Elle Fanning porte le rôle principal, entourée de Michelle Pfeiffer, Nicole Kidman, Nick Offerman, Greg Kinnear et Marcia Gay Harden. C’est le genre de liste qui fait relire deux fois. Nicole Kidman est également productrice exécutive — parce que visiblement, jouer dedans ne lui suffisait pas. Nick Offerman incarne Jinx Millet, le père de Margo : ex-star du catch, en cours de désintoxication, revenu dans la vie de sa fille au pire — ou meilleur — moment. Le personnage est une bénédiction comique et émotionnelle à la fois, exactement le genre de rôle qu’Offerman fait mieux que n’importe qui.

C’est sans doute dans le ton que la série révèle sa vraie nature. On attendait une comédie cynique. Ce qu’on obtient sait alterner les registres avec une désinvolture désarmante — une scène drôle, la suivante qui serre la gorge, et parfois les deux en même temps. La mise en scène adopte une écriture visuelle sobre, presque intimiste, qui laisse les acteurs exister sans les écraser sous l’esthétique. Cette retenue est finalement ce qui donne à la série sa crédibilité — et ce qui la distingue de productions qui auraient glamourisé la même histoire.
Tout n’est pas parfait. La série a tendance à vouloir plaire à tout le monde — amateurs de comédie familiale, adeptes du drama social, fans de personnages féminins complexes — et flotte parfois entre ces ambitions sans trancher. David E. Kelley, showrunner de la série, a ce talent de rendre les choses lisses là où un peu de rugosité aurait été bienvenue.
Reste que Margo’s Got Money Troubles est une belle surprise de ce printemps. Elle affiche 95 % d’approbation sur Rotten Tomatoes, ce qui ne veut pas tout dire, mais confirme qu’on n’est pas les seuls à avoir été séduits. C’est une série qu’on regarde avec un sourire un peu mélancolique, un soir de semaine, quand on veut quelque chose d’intelligent sans sortir le dictionnaire de philosophie. Et si l’idée de départ vous semblait improbable — vous aviez raison. Mais les meilleures séries naissent souvent de là.
Margo’s Got Money Troubles, 8 épisodes. Disponible sur Apple TV+ aux États-Unis depuis le 15 avril 2026, diffusion française à confirmer.







