Avec un budget de 750 000 dollars et une recette mondiale qui dépasse les 400 millions de dollars, Obsession est le coup de tonnerre de l’année. Premier long métrage de studio de l’Américain Curry Barker, 26 ans, ce conte d’horreur sur l’amour devenu geôle a révélé une actrice, Inde Navarrette, et relancé le débat sur l’elevated horror.

On n’avait pas vu pareil emballement depuis longtemps. Repéré au Festival de Toronto à l’automne 2025, sorti en salles au printemps, porté par le bouche-à-oreille et les réseaux sociaux, Obsession s’est hissé, en trois mois d’exploitation, au rang des plus grands succès de l’histoire du cinéma d’horreur, devant Le Projet Blair Witch et L’Exorciste. Pour un premier long métrage produit dans le circuit des studios, sous la bannière Blumhouse Productions et Focus Features, et tourné à l’économie, la performance tient du prodige. Aucun cinéaste aussi jeune n’avait connu pareil triomphe depuis Steven Spielberg et Les Dents de la mer. Rentabilité vertigineuse, phénomène de génération : le film a même relégué derrière lui à sa sortie, au box-office nord-américain, un blockbuster estampillé Star Wars.

Le pitch, lui, tient sur un ticket de cinéma. Bear (Michael Johnston), jeune vendeur dans un magasin d’instruments, aime en secret Nikki (Inde Navarrette), son amie d’enfance. Un soir, dans une boutique ésotérique, il brise un « One Wish Willow » – porte-bonheur censé exaucer l’unique vœu de celui qui le casse – en formulant un vœu : qu’elle l’aime plus que tout. Le sort opère aussitôt, et vire au cauchemar. L’adoration de Nikki devient dévorante, l’amour une geôle, le désir un poison. Barker filme cette possession comme une hantise de la proximité : plus de distance possible entre deux corps, plus d’espace où respirer. « J’ai besoin d’espace », répètent les amants prisonniers. Pour mieux faire monter la tension, le cinéaste révèle la figure féminine progressivement : Nikki apparaît de dos, à peine de profil, comme une promesse. Tout l’art du film est de différer l’envoûtement.

La grande affaire du film, c’est Inde Navarrette. La comédienne, qui se réclame de Mia Goth dans Pearl et de Toni Collette dans Hérédité, y fait basculer le charme adolescent dans l’effroi, victime et menace tout à la fois. Barker, transfuge des courts métrages diffusés sur YouTube, révèle une vraie main de cinéaste : il puise chez Polanski la paranoïa domestique et chez Kiyoshi Kurosawa l’art de faire vivre les ombres, comme dans Kaïro notamment. Le jump scare (« sursaut de peur ») y côtoie une angoisse plus sourde, celle de ce qu’un être peut s’infliger à lui-même.
Reste que l’édifice ploie sous sa thèse. Obsession appartient à cet elevated horror – genre mêlant les codes de l’épouvante à une ambition esthétique et thématique – qui, de Get Out à Hérédité, veut hausser le frisson au rang de discours. Avant de sombrer, pourtant, le film est une histoire d’amour, un teen movie mélancolique dans la lignée de David Robert Mitchell. Ici, la métaphore de la masculinité toxique s’alourdit à mesure que le gentil Bear se mue en prédateur, et le sortilège en simple équivalent d’une soumission chimique. La démonstration, trop appuyée, finit par étouffer ce que le film avait de plus neuf : sa manière physique, presque abstraite, de dire l’invivable proximité.

On pourra y lire la limite d’un cinéma d’auteur horrifique devenu genre à part entière, avec ses codes et ses tics – jusqu’à l’inévitable réplique culte. On saluera surtout la naissance de deux talents et la preuve, une fois encore, que la peur reste le plus sûr des placements. Obsession ne révolutionne rien, mais il envoûte, et c’est déjà beaucoup. Distribué en France par Le Pacte, il y confirme l’appétit du public pour une horreur qui ne renonce pas au sens.
Obsession de Curry Barker
En salles depuis le 13 mai 2026








