Ryan Murphy, la loi des séries

C’est le plus prolifique des showrunners. En quinze ans, Ryan Murphy est devenu le créateur de séries le plus incontournable des États-Unis. De Nip/Tuck à Glee, d’American Horror Story à The Shards, les genres sont variés, mais les points communs sont nombreux. Une esthétique pop, parfois excentrique, au service d’un portrait sans concession de l’Amérique. Itinéraire d’un journaliste qui aimait raconter des histoires. 

Il écrivait sur la pop culture avant d’en devenir un des principaux artisans. Fils d’éditeurs, élevé dans une famille catholique pratiquante revendiquant fièrement ses origines irlandaises (son second prénom est Patrick), Ryan Murphy a une vingtaine d’années lorsque, comme des milliers d’autres jeunes gens, il arrive à Los Angeles des rêves plein la tête. La cité des espoirs et des désillusions, au centre de sa nouvelle série The Shards, Murphy la connaît par cœur. Il avait l’âge de ses héros lorsqu’il a commencé à l’arpenter. D’abord comme journaliste spécialisé dans la mode et la culture populaire pour des médias de référence à Hollywood, le Los Angeles Times et Entertainment Weekly. De quoi l’amener rapidement à fréquenter les pontes des studios, et assouvir sa soif d’écrire des histoires. 

© Ryan Murphy, The Shards

Il a 32 ans lorsqu’il abandonne définitivement le journalisme pour se consacrer à l’écriture de scénarios. C’est avec la série Popular (1999-2001), diffusée sur la chaîne du câble The WB, que Ryan Murphy fait ses armes. Pour cette série adolescente campant la bataille rangée entre « populaires » et « non-populaires », Murphy se remémore ses années d’élève à Indianapolis et constitue ce qui deviendra une de ses arènes préférées pour ses récits pop et comiques : le lycée. Un décor qu’il retrouvera huit ans plus tard dans une franchise devenue culte : Glee (2009-2015). Pour le scénariste, qui a fait son coming out à 15 ans et qui fréquentait secrètement les sportifs adulés de son lycée, le milieu scolaire est une source inépuisable d’histoires. Récits queer, amour, jalousie, problèmes adolescents et combat contre les préjugés, le tout dans une esthétique exubérante entre sitcom, clip et comédie musicale : Glee est rapidement devenue un phénomène de société, propulsant Ryan Murphy parmi les créateurs de séries les plus influents de ce début de XXIe siècle. 

L’homme des streamers

À quelques années de l’avènement des plateformes de streaming, la toute-puissance des séries n’est pas encore advenue. Ryan Murphy tente alors, logiquement, sa chance au cinéma. Il y a d’abord un premier film produit par Jennifer Aniston et Brad Pitt, Courir avec des ciseaux (2006), où Murphy retrouve les thématiques adolescentes qui lui sont chères mais sans parvenir à convaincre le public ou les critiques. En revanche, Mange, prie, aime, récit d’épanouissement personnel avec Julia Roberts qui est l’un des grands succès surprise du box-office de 2010, offre au raconteur d’histoires son rond de serviette chez les nababs des majors. En un peu plus de dix ans, Murphy devient un nom qui compte à Hollywood. À 45 ans, le scénariste doit choisir son camp parmi les familles cousines qui règnent sur le divertissement américain : celle des studios et celle des networks. Est-il un réalisateur ou un showrunner ? Le succès de Glee qui ne se dément pas, et son nouveau projet, une série d’anthologie horrifique pour FX sobrement intitulée American Horror Story, entérinent son choix. 

© Ryan Murphy, American Horror Story, S11

Depuis, la demande de contenu est devenu exponentielle, pour le plus grand bonheur de l’inarrêtable Ryan Murphy. Depuis 2015, il a produit 23 nouvelles séries (dont 16 en tant que showrunner), se partageant entre deux grands commanditaires : Netflix (la série sur les serial killers Monstre et Ratched, notamment) et surtout Disney, via ses filiales FX, ABC ou Hulu. On y retrouve souvent des thèmes qui lui sont chers : la chirurgie esthétique, qu’il avait développé dans l’un de ses premiers feuilletons à succès, Nip/Tuck (2003-2010), et qu’il a retrouvé très récemment avec The Beauty (2026) ; les histoires adolescentes (la comédie musicale The Prom réalisée en 2020 pour Netflix rappelait évidemment Glee) ; l’horreur grotesque et exubérante (que la saga American Horror Story, ses spin-off et sequels continuent encore aujourd’hui d’explorer) ; et la ville de Los Angeles, explorée tant dans sa version glamour avec Hollywood (2020) que dans celle ultra contemporaine pour 9-1-1 (2018-2026). Dans sa nouvelle création, adaptée d’un roman de Bret Easton Ellis, toutes ces thématiques ce confondent. The Shards est une histoire de tueur en série et d’ados riches à Los Angeles, soit la quintessence du style Murphy. Pour le moment, car, à 60 ans, l’éternel jeune homme se plaît plus que jamais à raconter l’Amérique d’hier et d’aujourd’hui (en témoignent notamment les American Crime Story et Love Story qu’il produit) et ne manque pas de projets. Celui qui a commencé sa carrière professionnelle par un stage au légendaire Washington Post a gardé l’adage du nouveau journalisme américain : parler de la société et surtout, raconter de bonnes histoires. 

© Ryan Murphy, The Beauty

The Shards, créée par Ryan Murphy
Disponible sur Disney+ 

The Beauty, créée par Ryan Murphy et Matthew Hodgson
Disponible sur Disney+

American Horror Stories, créée par Ryan Murphy
Disponible sur Disney+

Des experiences et une culture qui nous définissent

Ne ratez aucun article

Inscrivez-vous à notre newsletter