
Dans cette nouvelle adaptation cinématographique, Alexandre Castagnetti replace le récit de Gaston Leroux à Paris – et notamment à l’opéra Garnier – de nos jours, en remplaçant le chant lyrique par la danse.

Voilà plus de vingt ans que le grand roman policier fantastique de Gaston Leroux n’avait pas eu droit à une adaptation cinématographique. Pourtant, le récit, qui est paru en feuilleton dans les quotidiens de 1909 et 1910, grand classique de la comédie musicale (près de 20 adaptations sur scène, à Londres, Paris ou Broadway, entre 1949 et 2022), a souvent été adapté au cinéma. Il y a la version giallo de Dario Argento (1998) ; les versions chinoises (sous le titre Le Chant de Minuit, par Ma-Xu Weibang en 1937 et Ronny Yu en 1995) ; la version muette (par le hongrois Ernst Matray, dès 1916) ; les versions hollywoodiennes (en 1943 par Arthur Lubin ou 1989 par Dwight H. Little) ; la version comédie musicale (par Joel Schumacher en 2004) et même la relecture glam rock (Phantom of the Paradise de Brian de Palma en 1974). Mais, étrangement, il n’y avait aucun grand film français pour ce récit qui se déroule pourtant au cœur de l’opéra Garnier.
Un blockbuster parisien

Cent-dix-sept ans après la parution des premières lignes du feuilleton dans le journal Le Gaulois, le manque est comblé. Compositeur, musicien (groupe La Chanson du Dimanche) et réalisateur de comédies (Tamara) et de films fantastiques familiaux (Le Grimoire d’Arkandias), Alexandre Castagnetti s’attaque au monument de Gaston Leroux dans une production ambitieuse (un budget de près de 20 millions d’euros), tournée en partie dans le véritable opéra Garnier, et 100 % made in France. Dans le rôle du « fantôme », on retrouve le jeune Julien de Saint Jean, découvert dans une autre production française ambitieuse, Le Comte de Monte-Cristo. À ses côtés, Romain Duris, mais aussi les étoiles de l’Opéra de Paris Dorothée Gilbert et Guillaume Diop. Et surtout, la révélation : Deva Cassel, fille de Vincent Cassel et Monica Bellucci, dont c’est le premier grand rôle au cinéma (après avoir joué en italien dans l’adaptation du Guépard, en série pour Netflix). La comédienne y incarne une jeune danseuse, Anastasia Marescu, librement inspirée de Christine Daaé, l’héroïne du roman. Car le film de Castagnetti est une adaptation contemporaine. Avec sa co-scénariste Camille Fontaine (qui avait réalisé Par accident, avec Hafsia Herzi, en 2015), ils ont replacé l’intrigue – qui, à l’époque de son écriture, était aussi un récit contemporain – dans le Paris de 2026.

Dansez maintenant
Dans le roman de Gaston Leroux, le chant avait une place prépondérante, Christine Daaé étant une chanteuse lyrique (ce qui explique aussi les nombreuses adaptations musicales). Dans cette nouvelle lecture par Alexandre Castagnetti, c’est la danse qui est au cœur de l’intrigue. Au fil du XXe siècle, l’intérêt du public a en effet progressivement migré des artistes lyriques vers ceux du ballet, et les danseuses et danseurs étoiles sont aujourd’hui au moins aussi connus du grand public que les grandes voix, sinon plus. Pas un hasard, donc, si Anastasia Marescu est une danseuse. Or, qui dit film sur la danse, dit chorégraphie : elles sont signées par Marion Motin, danseuse et chorégraphe qui ne vient pas du monde du ballet (bien qu’elle ait une formation classique et qu’elle ait travaillé avec Angelin Preljocaj), mais davantage de la musique pop. Elle a en effet réalisé les chorégraphies des clips et tournées pour Stromae, Christine and the Queens ou encore Angèle. Ce nouveau Fantôme de l’Opéra propose donc une approche plus contemporaine que classique, mais sans trahir l’œuvre de Leroux. Seul un ballet (de Roland Petit en 1980) est adapté du roman, qui fait pourtant florès sur les scènes des music-halls. Édité à l’origine dans la même maison qu’Arsène Lupin (chez Pierre Lafitte), Le Fantôme de l’Opéra est par essence un grand récit populaire. C’est-à-dire, une belle histoire pour le cinéma.

Le Fantôme de l’Opéra d’Alexandre Castagnetti
En salles à partir du 28 octobre







