Sept séries pour cet été

Comédie acide, thriller existentiel, drame familial ou braquage à la britannique : la saison 2026 propose une cuvée dense, parfois inégale, mais traversée par une même obsession; disséquer ce que l’argent, le pouvoir et les apparences font aux corps et aux liens. Tour d’horizon de sept programmes qui méritent qu’on leur consacre une soirée d’été.

Margo a des problèmes d’argent 

On commence par la plus inattendue. Margo a des problèmes d’argent, créée par David E. Kelley d’après le roman de Rufi Thorpe, raconte le parcours d’une étudiante (Elle Fanning, irradiante) qui, enceinte et fauchée, ouvre un compte OnlyFans sous le coaching improbable de son père ex-catcheur, incarné par Nick Offerman. Le pitch a tout pour faire grincer. La série, elle, surprend par sa retenue : pas de discours, pas de manifeste, juste une chronique douce-amère sur la précarité, écrite avec l’humour qu’il faut. Michelle Pfeiffer et Nicole Kidman (également productrice exécutive) complètent un casting qui a, à lui seul, valeur de signal.

Acharnés, saison 2 

Sur Netflix, Acharnés signe son retour anthologique trois ans après le succès de la saison portée par Steven Yeun et Ali Wong. Cette fois, Lee Sung-jin déplace son théâtre de la rage dans un country club ultra-élitiste, avec Oscar Isaac, Carey Mulligan, Cailee Spaeny et Charles Melton. La mécanique est intacte,  un incident ouvre la porte à une cascade de manipulations et de petites trahisons, mais la satire vise désormais le capitalisme conjugal, les hiérarchies invisibles, les compromis qu’on finit par appeler ambition. Toujours signée A24, la série prolonge avec aplomb son geste de départ.

Un très mauvais pressentiment 

Dans un tout autre registre, Un très mauvais pressentiment (Netflix), mini-série produite par les frères Duffer et créée par Haley Z. Boston, joue la carte de l’horreur domestique. Rachel (Camila Morrone) rejoint la famille de son futur mari (Adam DiMarco) dans un chalet isolé : tout y est légèrement décalé, et l’on devine qu’elle aurait dû faire demi-tour. La presse l’a comparée tour à tour à Ari Aster et à un Lynch enjoué. La promesse tient : atmosphère oppressante, humour rance, malaise tenu jusqu’au virage. À garder pour les soirs où la chaleur a tourné à l’orage.

Vrais voisins, faux amis, saison 2 

Vrais voisins, faux amis (Apple TV+) revient pour une deuxième saison portée par Jon Hamm en gestionnaire de fonds reconverti en cambrioleur de banlieue chic. James Marsden rejoint le casting en nouveau voisin menaçant. Apple TV+ a déjà commandé une troisième saison avant même la diffusion de celle-ci – vote de confiance rare, qui dit assez l’ambition de la série : faire de Westmont Village un terrain d’observation des hypocrisies de classe.

Half Man 

Côté drame, Half Man est l’événement britannique du moment. Créée par Richard Gadd, l’homme derrière Mon petit renne, la mini-série en six épisodes (HBO / BBC) suit deux frères que rien ne lie par le sang mais que tout a soudés, jusqu’à l’explosion. Jamie Bell donne la réplique à Gadd avec une intensité qui justifie à elle seule le visionnage. Présentée en ouverture de Canneseries, la série traverse quarante ans d’amour fraternel et de violence rentrée – un récit dur, splendidement filmé, qui confirme Gadd comme l’un des auteurs les plus rigoureux de sa génération.

Paradise, saison 2 

Paradise (Disney+) poursuit pour sa part sa trilogie post-apocalyptique signée Dan Fogelman. Sterling K. Brown, en agent des services secrets cherchant sa femme dans un monde dévasté, porte la deuxième saison avec une gravité qui a déjà valu à la série quatre nominations aux Emmy. Une troisième saison vient d’être commandée. Pour qui aime les dystopies à hauteur d’homme, le rendez-vous est tenu.

Steal

Enfin, Steal (Prime Video) ferme la marche avec un casse en six épisodes : Sophie Turner en employée d’une société de gestion de fonds de pension prise dans un braquage à quatre milliards de livres. Sotiris Nikias signe un thriller à la mécanique horlogère, où le vrai sujet n’est pas l’argent volé mais à qui il appartenait – ces retraités anonymes que personne n’avait pensé à demander. Le premier épisode est l’un des plus efficaces de l’année.

Sept séries, sept manières de raconter la même chose : ce que l’on accepte de devenir pour ne pas perdre pied. On en sortira un peu fatigué, mais avec le sentiment, rare, d’avoir choisi ce qu’on regardait.

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