TO-FROM : quand une photographie commence son voyage

Une image ne disparaît pas lorsqu’elle quitte son créateur. Elle commence une autre histoire. Avec TO-FROM, Kazusa Sato et Yasuhiro Fukano transforment la photographie en un objet de transmission, traversé par le temps, la distance et le lien qui unit celui qui envoie à celui qui reçoit.

Présenté à la noa gallery arles dans le cadre des Rencontres d’Arles, TO-FROM est un projet imaginé par le duo créatif japonais Kazusa Sato et Yasuhiro Fukano en collaboration avec SCHWÄR, maison familiale allemande reconnue pour son savoir-faire artisanal sur mesure dans la création de lunettes en corne de buffle. À la croisée de la photographie, du design, de l’édition et de la conception d’expositions, leur pratique s’intéresse à ce qui existe autour de l’image : le geste, la matière, la rencontre. Réalisée durant les trois derniers mois de la grossesse de Kazusa Sato, l’exposition prend la forme d’une correspondance quotidienne. Chaque jour, un même thème. Chaque jour, trois photographies prises au Japon, puis envoyées vers trois destinations : la famille SCHWÄR à Sankt Peter, Paul et Gözde de la noa gallery arles, ainsi que Jonas SCHWÄR à Paris. Plus qu’une série photographique, TO-FROM observe ce qui advient lorsque l’image quitte son auteur et devient la mémoire d’un voyage.

Chaque journée commence par un même geste. Observer. Choisir. Photographier. Une fleur. Une lune. Un arbre. Un pont. Un objet du quotidien. À partir d’un même sujet, Kazusa Sato compose trois images destinées à trois personnes différentes. Pourtant, aucune ne raconte exactement la même chose. La lumière change. Le moment change. Le regard change. La photographie devient alors moins une capture qu’une empreinte : celle d’une journée précise, d’une sensation particulière, d’un instant qui ne reviendra pas. Réalisées le même jour, les trois images portent également la trace de leur naissance. La date inscrite sur chacune d’elles agit comme une marque du temps qui passe. Avant même d’être envoyée, la photographie conserve déjà la mémoire de son existence.

Avant d’être une œuvre exposée, une image était une adresse. Elle était imprimée. Elle était écrite. Elle était envoyée. Chaque carte postale quitte le Japon pour rejoindre son destinataire, traversant les frontières avec une histoire déjà commencée. Le geste photographique ne s’arrête donc pas au moment où l’obturateur se ferme. Il continue dans l’attente, dans le déplacement, dans l’instant où quelqu’un ouvre enfin l’enveloppe. Aujourd’hui, les images traversent nos écrans sans que l’on s’y attarde vraiment. Elles défilent, s’accumulent, puis disparaissent presque aussitôt. TO-FROM ralentit ce mouvement. Ici, une photographie s’imprime, s’écrit, s’envoie et s’attend. Elle retrouve le poids du papier, le temps du trajet et la valeur d’un objet que l’on choisit de garder.

Le titre TO-FROM contient déjà toute la trajectoire du projet. Un départ. Une arrivée. Et tout ce qui existe entre les deux. Car ce qui voyage n’est pas uniquement une image. Ce sont les traces d’un moment, les mots qui l’accompagnent, le geste de celui qui l’a choisie et l’attention portée à celui qui la reçoit. Adressée à des personnes précises, la photographie quitte son statut d’image publique pour devenir presque confidentielle. Elle ne cherche pas seulement à être regardée. Elle cherche à être reçue. La carte postale devient alors une lettre silencieuse. Une manière de dire : j’ai vu cela aujourd’hui, depuis ici, et j’ai pensé à vous.

Réalisée durant les derniers mois de la grossesse de Kazusa Sato, TO-FROM porte également en elle une temporalité particulière. Celle de l’attente. Attendre une naissance. Attendre une image. Attendre une réponse. Dans les deux cas, le temps transforme ce qui est à venir. Il construit une relation avant même la rencontre. À travers ce projet, l’attente n’est plus un vide entre deux moments. Elle devient une matière. Elle donne à chaque photographie une profondeur supplémentaire, celle de tout ce qui s’est déroulé avant qu’elle n’arrive entre les mains de son destinataire.

À travers une correspondance entre le Japon, la France et l’Allemagne, Kazusa Sato et Yasuhiro

Fukano déplacent notre regard sur la photographie. L’image n’est plus seulement ce qui est capturé. Elle

est ce qui circule. Ce qui relie. Ce qui reste.

Avec TO-FROM, une photographie ne termine pas son histoire lorsqu’elle est créée. Elle la commence.

TO-FROM

Kazusa Sato & Yasuhiro Fukano

@kazusaphoto

Des experiences et une culture qui nous définissent

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