
Avec Metamorphosen, Marcos Parra explore cet instant fragile où une identité commence à se transformer. Entre photographie et peinture, l’artiste espagnol compose des images silencieuses dans lesquelles la lumière, les textures et les corps donnent une forme visible aux mouvements de l’intériorité.

Une silhouette émerge de l’obscurité. Son visage est visible, mais semble déjà lui échapper. Le corps est bien présent, pourtant quelque chose résiste à son identification. Dans Metamorphosen, Marcos Parra ne s’attache pas à une transformation spectaculaire ni définitive. Il s’intéresse à ce moment plus difficile à saisir où un être demeure suspendu entre plusieurs états, lorsque son ancienne forme n’a pas totalement disparu et que la suivante reste encore indéterminée.
Ce titre en allemand, qui signifie « métamorphoses », désigne un processus au pluriel. Le passage agit sur les corps, mais aussi sur la lumière, les matières et la surface photographique. Les figures ne sont donc pas seulement les sujets des images : elles deviennent les supports d’une expérience sensible que la photographie tente de rendre perceptible sans jamais l’expliquer complètement.
Cette recherche repose sur un équilibre entre apparition et effacement. Marcos Parra utilise la lumière moins pour dévoiler que pour préserver une part d’incertitude. Certaines zones émergent avec netteté tandis que d’autres se dissolvent dans l’ombre. Les contours s’adoucissent et les visages paraissent absorbés par l’atmosphère qui les entoure. L’image ne fixe plus simplement un instant : elle devient un espace instable où plusieurs temporalités semblent coexister.
Dans Chrysalide, le traitement emprunte au langage cinématographique. Il accompagne le personnage sans livrer la nature exacte de son changement. Le corps paraît retenu, comme si l’espace qui l’enveloppe pouvait devenir aussi bien un refuge qu’une prison. Le titre évoque une nouvelle naissance, mais l’artiste choisit de ne pas en montrer l’accomplissement. Ce qui l’intéresse n’est pas la forme finale : c’est l’attente, avec toute la vulnérabilité qu’elle suppose.

Le silence occupe ici une place essentielle. Il ne constitue pas uniquement une absence de parole, mais un véritable matériau plastique. Il se manifeste dans l’immobilité des corps, la retenue des gestes et l’ambiguïté des regards. Marcos Parra n’est pas particulièrement dans le récit. Aucun événement précis ne vient organiser ses compositions ; chaque photographie traduit plutôt un sentiment dont l’origine demeure inconnue, laissant au spectateur la possibilité d’y projeter sa propre mémoire.
L’univers de Paolo Roversi et de Sarah Moon affleure dans ces atmosphères suspendues, dans le refus d’une netteté trop autoritaire et dans la capacité de la lumière à transformer le modèle. William Klein et Henri Cartier-Bresson comptent également parmi ses références. Marcos Parra développe toutefois un rapport plus affirmé aux textures. La surface de l’image paraît travaillée comme une matière délicate, traversée de densités, de transparences et d’accidents. La photographie ne cherche plus à restituer fidèlement le réel : elle le travaille jusqu’à le rendre presque tactile.
Cette approche doit beaucoup à sa formation en peinture à l’École des Beaux-Arts de Paris. La couleur n’intervient pas comme un simple élément esthétique : elle organise l’espace, modifie la perception des corps et introduit une tension entre profondeur et surface. Avec Collision, le dialogue entre peinture et photographie devient explicite. Les deux pratiques se rencontrent, se heurtent et se transforment mutuellement.
Né à Valence, Marcos Parra a découvert la photographie en 2012 avec Martha, une série consacrée aux prostituées du quartier d’El Carmen. Il a ensuite travaillé dans la mode à Paris, collaborant notamment avec Sicky, Fucking Young! et L’Officiel. Ce parcours explique la précision avec laquelle il met en scène les corps, même si ses modèles ne sont plus ici soumis aux codes de la mode. Ils ne présentent ni vêtement ni personnage : ils incarnent un état.
La spiritualité qui traverse Metamorphosen n’est pas religieuse. Elle relève d’une pratique du regard, tournée vers soi autant que vers l’autre. Chez Marcos Parra, la métamorphose révèle que l’identité n’a jamais été stable. Chaque photographie retient ainsi un instant menacé de disparition, tout en laissant deviner la forme nouvelle qui pourrait en surgir.






