Le Caire, nouvelle capitale du design d’intérieur : Beit Hawa, une villa sculptée par Badie Architects

Le Caire cumule les couches d’histoire et les influences culturelles. Depuis quelques années, c’est surtout l’architecture intérieure de la ville qui attire l’œil. Beit Hawa, une villa signée par l’architecte égyptien Mohamed Badie à Uptown Cairo, en est l’un des exemples les plus réussis.

Achevée en 2025 à Al Abageyah, dans le gouvernorat du Caire, la villa s’étend sur environ 500 mètres carrés. Le projet a été présenté par Hadir Al Koshta pour ArchDaily. L’équipe de Badie Architects réunit Mohamed Badie, Amal Ashraf, Karim Adel, Farah Yasser ; les finitions et peintures sont signées Colortek, le paysagisme est confié à Ahmed Tantawy, et le béton reste le matériau qui structure tout le projet.

L’idée derrière Beit Hawa, c’est que l’intérieur ne soit jamais figé : plutôt qu’un plan classique avec des pièces bien découpées, on a des espaces qui se prolongent les uns dans les autres. Les murs blancs, moulés en courbes, montent parfois jusqu’au plafond en formant une seule vague continue ; c’est particulièrement visible au-dessus du canapé du salon, où le mur se creuse et se soulève, jusqu’à abriter une petite niche où pousse un massif de fleurs roses. La circulation entre les pièces se fait sans angles nets : les frontières s’estompent.

Mohamed Badie décrit lui-même sa villa comme « une exploration de la vie organique ». Et effectivement, les intérieurs jouent la carte du plâtre brut et des parois arrondies, avec ces murs et plafonds moulés qui donnent l’impression d’une grotte troglodyte contemporaine. Au centre du salon, une cheminée sculpturale, elle aussi tout en courbes, avec une flamme discrète, ancre l’ensemble et accentue cet effet de refuge. La lumière ne fait pas seulement office d’éclairage : elle glisse sur les murs, creuse des ombres, révèle le grain du plâtre.

Dans le salon, justement, l’ambiance est chaleureuse malgré la blancheur dominante : de gros canapés crème, des coussins imprimés, un tapis ancien aux tons orangés et bleutés, quelques tables basses en béton clair posées comme des champignons, et un petit pouf vert pistache qui vient casser la palette neutre parsèment l’espace. Une collection d’objets – bols en bois, bougeoirs, céramiques – s’accumule sur les tables sans qu’elles paraissent jamais surchargées.

L’escalier, lui, semble sculpté d’un seul tenant : les marches s’enroulent en suivant la même logique que les murs, ponctuées de vases en terre cuite et de plantes qui débordent des marches basses. En bas, la cuisine tranche par ses touches de couleur : un petit réfrigérateur Smeg vert d’eau, une théière rose poudré, une casserole rouge posée sur la gazinière, comme des clins d’œil pop au milieu du blanc mat. 

À l’étage, la chambre change de registre : elle est habillée de rose poudré et de terre cuite qui remplacent le blanc, avec une tête de lit galbée qui semble sortir du mur, des tiroirs à poignées en bois clair, et une petite pomme en céramique posée sur une pile de livres – un détail presque anecdotique mais qui donne tout de suite une impression d’habité, de vécu.

Il faut rappeler que ce n’est pas la première réalisation marquante de Badie Architects : le studio s’est fait connaître dès 2021 avec une villa brutaliste à Maadi, restauration d’une maison des années 1950 réinterprétée dans un esprit « béton brut » minimaliste. Beit Hawa poursuit cette recherche d’une architecture sculpturale et sensorielle, mais dans un autre style : ici, tout est rond, souple, presque liquide, à l’opposé de l’angularité du bâti de Maadi.

Côté durabilité, la villa ne mise pas sur la technologie mais sur des solutions plus anciennes : masse thermique, superposition des volumes intérieurs, ouvertures calculées pour composer avec le climat du Caire. Les matériaux sont pensés pour vieillir avec du caractère plutôt que pour rester figés dans un état neuf. Beit Hawa s’impose ainsi comme une maison simple dans son intention mais riche dans son exécution, où le luxe se loge dans l’émotion et la profondeur des espaces plutôt que dans la décoration.

In fine, Beit Hawa représente une sobriété affirmée, sculptée. La lumière est traitée comme un élément sculptural, qui révèle la profondeur et la texture des murs courbes, permettant aux ombres d’animer chaque espace. On retient qu’elle est une maison durable, organique, qui semble sculptée dans la nature elle-même.

badiearchitects.com

@badie.architects

@mohamed.badie

Des experiences et une culture qui nous définissent

Ne ratez aucun article

Inscrivez-vous à notre newsletter