comment les agences d’architecture survivent-elles à leurs fondateurs ? Les cas Zaha Hadid et Ricardo Bofill. Rencontre

Shenzhen Science and Technology Museum © Virgile Simon Bertrand

Il y a des noms qui ne désignent plus seulement une personne, mais un style, une méthode. Ricardo Bofill. Zaha Hadid. Deux noms devenus adjectifs. Et puis, un jour, la personne s’efface, et la marque perdure. Reste à savoir ce qu’elle devient.

Heydar Aliyev Centre, Baku © Iwan Baan

Ricardo Bofill s’est éteint en 2022, laissant derrière lui Bofill Taller de Arquitectura « le Taller », cette maison née dans les années 1960 autour de La Fábrica. Zaha Hadid, elle, a disparu brutalement en 2016, à la tête d’une agence dont l’écriture architecturale avait redéfini ce qu’un bâtiment pouvait être. 

Nous avons interrogé les deux studios sur cette traversée. Leurs réponses dessinent des trajectoires étonnamment proches : le deuil comme accélérateur plutôt que comme paralysie, le passage d’un « je » fondateur à un « nous » collectif. Chez Bofill Taller de Arquitectura, on parle de « garder l’atelier vivant plutôt que d’en faire un monument ». Chez ZHA, qui a d’ailleurs officiellement adopté cet acronyme comme nouveau nom, on évoque une « ré-invention continuelle ».

© Archive Bofill Taller de Arquitectura / Gregori Civera

Ce que ces deux témoignages révèlent, au fond, dépasse le seul cas de l’architecture. Ils interrogent toutes les marques construites sur un nom propre : maisons de couture, studios de design, entreprises familiales. Toutes confrontées, tôt ou tard, à la même équation : comment transmettre une vision sans la trahir, comment honorer un fondateur sans se laisser paralyser par son ombre.

Voici, dans leurs mots, comment deux des agences les plus singulières de l’architecture contemporaine ont répondu à cette question.

Bofill Taller de Arquitectura : garder l’atelier vivant

Entretien avec Bofill Taller de Arquitectura (« le Taller »), l’agence fondée par Ricardo Bofill, disparu en 2022.

Comment le studio a-t-il négocié la transition depuis la disparition de Ricardo Bofill en 2022, et que signifie porter un héritage aussi fortement associé à une personnalité visionnaire unique ?

La transition a moins consisté à remplacer un individu qu’à réaffirmer une façon de travailler collective qui a toujours existé au sein du Taller. Aujourd’hui, notre responsabilité n’est pas de préserver le studio comme un monument, mais de le garder vivant. Cela signifie rester fidèles aux valeurs qui ont façonné le Taller — curiosité, expérimentation, engagement social, ouverture culturelle — tout en laissant de nouvelles voix et de nouvelles générations contribuer à son évolution.

Ricardo Bofill décrivait souvent son travail comme un dialogue entre classicisme et modernité. Comment le Taller entretient-il aujourd’hui cette tension, et certains aspects de sa pensée résonnent-ils encore plus fortement avec vos ambitions et projets actuels ?

Ce « dialogue » entre classicisme et modernité est né de la recherche d’une alternative nouvelle et créative au modèle de logement largement promu par les CIAM, devenu obsolète pour la société post-industrielle des années 1960. À travers les idées explorées au Taller, celui-ci a pris conscience de l’influence profonde que l’espace et la fonctionnalité exercent sur la société et la culture.

De là sont nées deux lignes de recherche parallèles. D’une part, l’ambition de continuer à travailler l’idée de « la ville dans l’espace » ; d’autre part, notamment dans le cadre des projets français du Taller, une réinterprétation du classicisme à travers l’étude de son ordre, de sa géométrie et de ses proportions.

Aujourd’hui, nous continuons de considérer l’espace comme un champ de recherche et d’expérimentation. C’est resté un principe directeur de notre travail, toujours interprété en relation avec le contexte et le lieu spécifiques dans lesquels nous construisons.

© Archive Bofill Taller de Arquitectura / Gregori Civera

Existe-t-il des projets inédits, des visions non réalisées ou des idées laissées par Ricardo Bofill que le studio a l’intention de faire renaître ? Comment abordez-vous la responsabilité d’interpréter un travail resté inachevé ?

Les archives contiennent de nombreux projets non réalisés, études spéculatives et idées inachevées. Ce sont des sources d’inspiration extraordinaires, mais nous les abordons avec précaution.

Plutôt que de les traiter comme des projets en attente d’être achevés exactement tels qu’ils ont été conçus, nous les voyons comme des conversations qui peuvent se poursuivre. Chaque projet appartient à un moment culturel, politique et technologique précis. Les compléter aujourd’hui exactement comme ils avaient été dessinés reviendrait à ignorer le contexte qui leur donnait leur sens.

Certains des projets les plus emblématiques du Taller, comme Walden 7 ou Les Arcades du Lac, étaient profondément et socialement utopiques dans leur esprit. Cette dimension sociale reste-t-elle au cœur de la façon dont le studio pense l’architecture ?

Absolument. Si le langage de l’utopie a pu changer, l’ambition sociale demeure essentielle. L’architecture ne concerne jamais seulement des bâtiments. Il s’agit de créer des cadres pour la vie collective. Beaucoup de nos projets les plus importants ont exploré comment le logement, l’espace public, l’éducation ou la culture peuvent renforcer les communautés. Cette même dimension sociale est centrale dans des projets actuels comme les campus universitaires que nous concevons à Rabat et à Benguerir, où l’enjeu n’est pas seulement l’infrastructure académique, mais aussi la création de communautés vivantes et d’opportunités d’interaction.

Comment l’approche du studio en matière de matérialité a-t-elle évolué, notamment face aux exigences de durabilité et aux contraintes de construction actuelles ?

Un aspect de la matérialité que nous explorons actuellement avec une attention particulière est l’usage de la couleur. Tout au long de son histoire, le Taller a développé une identité forte à travers la couleur — cela a toujours été l’une de nos signatures.

Récemment, après des années de recherche et de collaboration avec des artistes et des spécialistes de la couleur, nous avons développé notre propre nuancier. Le défi consiste désormais à traduire cette palette très spécifique à travers les nombreux projets sur lesquels nous travaillons dans le monde, chacun avec ses propres artisans locaux, matériaux et traditions constructives.

C’est devenu un voyage fascinant à la découverte de la manière dont les pigments sont produits et dont la couleur s’applique selon les cultures et les contextes. À bien des égards, travailler avec ces réseaux d’artisans locaux constitue aussi une manière plus durable de faire de l’architecture. Cela nous permet de nous appuyer sur des savoir-faire locaux, de réduire les transports inutiles et de soutenir des économies circulaires, tout en garantissant que chaque projet reste profondément connecté à son lieu.

Pourriez-vous partager un projet récent qui représente le mieux ce qu’est le Taller aujourd’hui, à la fois fidèle à ses racines et à sa direction actuelle ?

La Fábrica résume l’ADN du studio. Elle incarne notre manière de concevoir, notre manière de penser et, en définitive, ce que nous sommes. C’est un lieu dédié à la créativité, où chacun peut trouver son propre espace et contribuer à sa façon.

Dans le même temps, La Fábrica ne cesse d’évoluer. Elle n’a jamais été un bâtiment figé ; elle s’adapte continuellement aux besoins du moment, grandissant et se transformant avec les personnes qui l’habitent.

Nous ne savons pas exactement à quoi ressemblera La Fábrica dans les années à venir, mais nous sommes certains qu’elle restera un lieu où l’on vient rêver, collaborer et travailler ensemble.

Ricardo Bofill était connu pour son approche interdisciplinaire, mêlant architecture, art, scénographie et urbanisme. Cet esprit transdisciplinaire est-il toujours ancré dans la pratique du studio ?

Tout à fait. Nous considérons même l’interdisciplinarité comme l’un des aspects les plus durables de l’identité du Taller.

L’équipe d’origine réunissait architectes, ingénieurs, sociologues, écrivains, cinéastes et philosophes. Aujourd’hui, les formes de collaboration sont différentes, mais le principe reste le même.

La Fábrica, siège du studio à Sant Just Desvern, est devenue presque mythologique. Quel rôle joue ce lieu dans la vie créative du studio aujourd’hui ?

La Fábrica est bien plus que notre siège. C’est peut-être l’expression la plus claire de notre façon de penser.

C’est un lieu continuellement transformé depuis plus de cinquante ans, et qui reste inachevé dans le meilleur sens du terme.

Pour une jeune génération d’architectes, le Taller occupe une position singulière, entre icône et institution. Comment le studio revendique-t-il cet héritage, et que souhaite-t-il incarner dans les décennies à venir ?

Le plus grand héritage, c’est que des gens du monde entier continuent de nous écrire parce qu’ils veulent travailler à La Fábrica. Nous ne pourrions rêver de meilleur héritage.

bofill.com

@bofillarquitectura

ZHA : la continuité comme méthode

Entretien avec ZHA, fondée par Zaha Hadid, disparue en 2016.

La pratique opère désormais sous le nom ZHA. Que signifie ce changement de nom pour vous ? S’agit-il d’une rupture symbolique, d’une continuité assumée, ou d’une manière de réaffirmer une identité collective au-delà d’une figure fondatrice ?

Adopter le nom ZHA est une étape parmi beaucoup d’autres dans le parcours de notre agence. Beaucoup d’entre nous se sont installés à Londres pour travailler avec Zaha, et nous continuerons toujours de nous appuyer sur ce qu’elle nous a enseigné, chaque jour. Après sa disparition, nous avons naturellement commencé à regarder en arrière autant qu’à anticiper l’avenir, afin d’articuler plus clairement qui nous sommes en tant qu’agence — en partie parce qu’elle était une figure incroyablement inspirante, en partie parce que la vision qu’elle avait fixée comme trajectoire pour notre agence repose sur une réinvention continue.

Pour être honnête, le passage d’un chapitre à l’autre de l’agence s’est fait de manière très organique. Il y a quelques années, nous avons commencé à réfléchir à la façon dont cela pouvait devenir un effort collectif — nous avons échangé avec nos clients, nos équipes, nos contacts du secteur. En parallèle, nous avons aussi travaillé sur ce que signifie être une entreprise détenue par ses employés, avec 500 collaborateurs, tout en mettant en place des cadres internes pour le retour d’expérience, la communication et le partage des connaissances. Notre équipe est immensément fière de l’héritage de notre fondatrice, que nous avons le privilège de continuer à faire fructifier, et nous sommes enthousiastes à l’idée de ce nouveau chapitre, sachant qu’en tant que collectif, chacun d’entre nous est appelé à faire la différence.

Comment la pratique a-t-elle traversé les années suivant la disparition de Zaha Hadid en 2016 ? Y a-t-il eu un moment charnière où l’équipe a senti qu’elle trouvait sa propre voix ?

Perdre Zaha de manière aussi soudaine a été un choc et une épreuve pour nous tous — beaucoup d’entre nous avaient grandi professionnellement à ses côtés, avec elle comme enseignante et mentor pendant de nombreuses années. Dans le même temps, cela a renforcé notre détermination à mener à terme, au plus haut niveau d’exigence, les projets sur lesquels nous travaillions avec elle. Cela nous a aussi soudés, et a rappelé l’importance de continuer à construire l’agence et son répertoire d’œuvres, pour en faire un ensemble dont elle aurait été fière.

Le principe qui sous-tend le collectif, c’est que nous dépendons tous les uns des autres. Notre fondation, c’est l’agence que Zaha a créée — les architectes qu’elle a formés sont devenus des membres seniors de notre équipe, et les idées, l’ambition et la créativité qu’elle nous a transmises continuent de nourrir notre travail. Notre avenir se construit par la persévérance et la créativité, et par une conviction partagée sur ce que la grande architecture peut apporter à la société et à la vie des gens partout dans le monde. Plutôt que des voix individuelles, il existe une continuité forte et nécessaire entre le passé, le présent et l’avenir de l’agence, que nous vivons à la fois comme un privilège et une responsabilité.

MAXXI Museum © Iwan Baan

Patrik Schumacher défend de longue date une vision théorique très affirmée : le paramétricisme. Dans quelle mesure cette doctrine guide-t-elle encore les projets aujourd’hui, et existe-t-il une remise en question interne ?

Le paramétricisme est une philosophie de conception qui continue d’évoluer et de mûrir avec chacun de nos projets. En tant que concepteurs, nous examinons les nombreux besoins et contraintes (paramètres) d’un projet et tentons de les résoudre de la manière la plus coordonnée possible.

C’est une approche de conception qui nous pousse à considérer ces facteurs comme interdépendants, et à travailler avec ce modèle de relations pour rechercher la meilleure solution de conception. Par exemple, la structure, l’orientation de la façade, les éléments d’ombrage et les proportions esthétiques sont reliés, à toutes les échelles, depuis les meneaux de fenêtres jusqu’aux pièces et à l’extérieur d’un bâtiment, en un système harmonieux de relations et de parties qui constituent un tout. L’échelle humaine du dessin est reliée à celle, plus large, du bâtiment ou de la ville. En équipe, nous critiquons et interrogeons continuellement ce modèle de conception dans le but de l’affiner. Nous restons toujours ambitieux dans nos explorations et nos expérimentations, cherchant sans cesse à l’améliorer en l’abordant sous des angles multiples.

Des projets comme le musée des sciences et technologies de Shenzhen ou le Greater Bay Area Sports Centre semblent refléter une ambition différente des gestes sculpturaux du MAXXI ou du Heydar Aliyev Centre, davantage ancrée dans le contexte, le programme et la performance environnementale. Diriez-vous que le langage formel de ZHA évolue, et si oui, qu’est-ce qui motive ce glissement ?

Chez ZHA, faire évoluer continuellement notre travail fait partie de notre éthique. Nos projets ont toujours été nourris par la manière dont le contexte et le programme s’entrelacent. Au fil des années, les avancées dans la connaissance et les outils de conception pour la performance environnementale ont immensément influencé notre secteur. Chaque projet, dans un lieu différent, avec ses propres exigences, impose à l’équipe de conception de répondre de façon créative et rigoureuse à une matrice de considérations de plus en plus complexe. Nos projets sont donc portés par ces paramètres, indissociables de la forme et de la configuration spatiale d’un bâtiment.

Pour en revenir au paramétricisme : c’est la méthodologie de conception grâce à laquelle les relations architecturales peuvent être programmées et intégrées dans un cadre propre à chaque projet, afin de mener une approche de conception plus globale.

Greater Bay Area Sports Centre © CRLand

La relation entre l’architecture et le corps en mouvement, la fluidité, la dynamique spatiale, était au cœur du travail de Zaha Hadid. Comment cette sensibilité se manifeste-t-elle dans vos projets actuels ?

Le corps humain est profondément affecté par la qualité des espaces que nous habitons, et une attention particulière à cette réalité est au cœur du travail de notre agence. À l’échelle humaine, nous cherchons à créer des espaces inspirants, stimulants, capables même de susciter l’émerveillement. Au-delà du travail propre à chaque projet, nous approfondissons cette recherche à travers, d’une part, notre équipe d’analyse et d’insights, qui étudie comment optimiser des espaces confortables et sains, et d’autre part, notre travail dans le domaine artistique, en collaborant avec des artistes sur la relation émotionnelle et sensorielle entre architecture et corps humain.

À l’échelle d’un groupe de personnes, d’une communauté ou même d’une ville, nous cherchons à concevoir des espaces fondés sur les flux naturels de circulation des personnes, intuitifs à parcourir et à comprendre, et en dialogue avec leur environnement. Cela nourrit particulièrement nos projets de plus grande envergure comme les aéroports, les centres sportifs, les gares et les bureaux.

Heydar Aliyev Centre, Baku © Iwan Baan

Les outils de conception numérique ont considérablement évolué. Comment les technologies numériques : IA, fabrication robotisée, simulation environnementale, transforment-elles concrètement votre processus créatif ?

La recherche et le développement ont toujours été au cœur de notre approche de l’innovation en matière de conception. Nous disposons de plusieurs équipes de recherche, et nos architectes explorent eux-mêmes activement les nouveaux outils numériques.

Les technologies numériques transforment considérablement notre façon de travailler. Là où nous ne pouvions auparavant dessiner et tester que deux ou trois options de conception, nous pouvons aujourd’hui, grâce aux capacités de l’IA et aux simulations environnementales, faire tourner plusieurs modèles de notre projet en parallèle, à un rythme bien plus rapide — et avec davantage de précision. Cela nous donne un retour immédiat, voire intégré, dans notre processus de conception. Avec une fabrication numérique de plus en plus avancée et accessible, nous pouvons explorer et prototyper de nouveaux flux de travail pour la construction, également intégrés à notre processus de conception — de sorte que nous concevons directement en fonction de ce que permettent le matériau et le procédé de fabrication, plutôt que l’inverse.

La durabilité a longtemps été perçue comme en tension avec une esthétique de formes complexes et énergivores. Comment ZHA intègre-t-elle aujourd’hui les impératifs environnementaux sans compromettre son langage architectural ?

L’ambition de faire en sorte que la conception ait un impact durable et positif est un principe que nous défendons dans tous nos projets. Cela inclut la performance environnementale — à la fois le carbone incorporé et le carbone opérationnel — ainsi que la qualité des espaces construits. Nous considérons tous ces facteurs comme indissociables, et notre travail consiste à élaborer les conceptions architecturales les plus équilibrées et les plus exigeantes possible pour répondre à cette ambition. Nous intégrons de nombreuses couches d’analyses et de consultations d’experts supplémentaires afin d’atteindre la meilleure performance durable possible, dans les limites propres à chaque projet.

Beaucoup de nos projets suscitent des innovations dans le secteur de la construction, poussant entrepreneurs et fabricants à créer de nouveaux outils, matériaux et procédés, ce qui permet ensuite de construire de manière plus efficace, plus flexible et plus adaptée à nos conceptions. Cela nourrit à son tour notre processus de conception et, en définitive, élargit ce que l’architecture rend possible en tant que secteur.

Zaha Hadid a fait tomber de nombreux plafonds de verre en tant que femme dans un secteur largement masculin. Cet héritage façonne-t-il la culture interne de l’agence et votre engagement pour la diversité aujourd’hui ?

Absolument — beaucoup d’entre nous ont été inspirés par Zaha et par le travail de l’agence, et cela se traduit aujourd’hui par une équipe incroyablement diverse, venue du monde entier, animée par une conviction et une ambition partagées : réaliser la vision de notre fondatrice. Nos collègues viennent de plus de 55 pays, et pour la plupart des projets, nous disposons de quelqu’un qui comprend la culture et le contexte locaux. Ceux d’entre nous qui ont travaillé de près avec Zaha ont eu la chance de bénéficier de sa capacité à percevoir la diversité des personnes et à comprendre les talents de chacun.

Nous célébrons et cultivons continuellement cet aspect de l’équipe — comprendre qu’en tant qu’équipe collaborative, nous nous distinguons en reconnaissant l’apport et le talent de chaque individu. Nous cherchons sans cesse à faire en sorte que toute l’équipe puisse se retrouver, à travers des voyages spéciaux pour visiter nos projets à l’étranger, des réunions rassemblant l’ensemble du personnel, ou encore un travail avec les communautés locales et des programmes de sensibilisation. L’architecture exige une passion et un engagement de toute une vie de la part de chacun d’entre nous, et nous essayons de ménager des moments où reconnaître cet effort collectif, tout en prenant du recul pour réfléchir.

Shenzhen Science and Technology Museum © Virgile Simon Bertrand

Avec plus de 100 projets actuellement en développement sur six continents, comment vous assurez-vous que chaque projet reste une pièce d’architecture pensée, plutôt que le produit d’une machine mondialisée ?

La culture de notre agence a toujours été enracinée dans le concept d’un atelier créatif, cherchant à révéler les qualités propres à chaque brief de projet. Nous sommes organisés en équipes dédiées à chaque projet, constituées en fonction de l’expertise nécessaire pour chaque région et chaque type de projet, tout en veillant à ce que le débat interne valorise des idées nouvelles et exigeantes.

L’expérience de notre équipe nous permet de proposer des solutions de conception plus abouties — cela résulte de notre connaissance et de notre approche du détail, d’un réseau plus large et établi de fournisseurs de confiance, et de notre capacité à générer et tester des options de conception plus robustes.

Dans dix ans, quel projet récent de ZHA pensez-vous que l’on citera comme le tournant ayant défini cette nouvelle ère de l’agence ?

Je ne vois pas cela comme un tournant à proprement parler, mais plutôt comme une évolution continue de notre travail. Les projets d’architecture peuvent facilement prendre cinq à dix ans avant d’être construits, et la façon dont nous travaillions avec Zaha, c’est qu’elle nous faisait confiance pour porter la conception. Beaucoup des idées et des concepts que nous avons explorés avec elle font toujours partie de notre répertoire et nourrissent notre approche de conception aujourd’hui. L’agence ZHA a toujours été fondée sur l’expérimentation en matière de conception — sur la volonté constante d’explorer de nouvelles idées et de nouvelles approches. C’est dans cet esprit que nous continuons de faire grandir l’agence.

Cela dit, je pense que certains projets se distingueront comme des marqueurs de cette décennie de transition.

Tower C à Shenzhen est un projet à l’échelle de la ville, composé de deux tours qui font pénétrer les vastes espaces verts adjacents dans le vide vertical qui les sépare. Sa conception se distingue aussi par des liaisons entre les tours accueillant des espaces culturels. Ce concept propose une réponse contemporaine à l’urbanisation rapide en Chine, tout en faisant écho aux premiers projets de ZHA, où le plan au sol et le paysage étaient déjà envisagés comme des opportunités de réinventer la relation aux espaces intérieurs d’un bâtiment.

Shenzhen Science and Technology Museum © Virgile Simon Bertrand

The Henderson, à Hong Kong, est un bâtiment qui réunit bureaux, espaces d’accueil, une série de halls verticaux accessibles au public et un parc au pied de l’immeuble. C’est un projet véritablement singulier, qui témoigne de l’ambition partagée entre le client et notre équipe. Grâce à cette symbiose, nous avons pu concevoir et livrer un projet réellement intégré, à l’intérieur comme à l’extérieur, avec un niveau d’exigence et de soin exceptionnel.

Cela a été une période passionnante pour notre agence — nous nous sommes aussi développés dans de nouveaux types de projets, comme le sport et les loisirs, les plans d’aménagement urbain, ou encore la santé, et nous pensons que ce n’est qu’un début.

zha.com

@zha.world

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