DAR AL FUNOON, L’UNE DES DERNIÈRES PARTITIONS DE FRANK GEHRY

Sur l’île de Saadiyat, à Abou Dabi, les grues s’activent autour de Dar al Funoon, « la Maison des arts ». Annoncé fin juin et désormais en construction, ce centre des arts de la scène est l’une des dernières œuvres de Frank Gehry, disparu en décembre 2025. Livraison prévue en 2030. 

On croyait le geste éteint. Frank Gehry est mort en décembre 2025, à 96 ans ; et voici que se lève à Abou Dabi l’un de ses derniers dessins bâtis. Sur l’île de Saadiyat, les travaux de Dar al Funoon – « la Maison des arts » – ont commencé. Les images montrent une masse plissée, une étoffe de pierre et de métal qui semble glisser sur le sol, comme retenue un instant avant de retomber. La façade, transparente par endroits, laisse deviner l’effervescence intérieure. Rien de neuf dans ce vocabulaire, dira-t-on ; tout, pourtant, y respire encore l’invention. Livrer un Gehry aujourd’hui, c’est achever une phrase dont l’auteur a posé le point final ailleurs.

L’édifice n’est pas un objet, mais une constellation de salles. Une grande salle de spectacle de plus de 2 000 places, dotée d’une fosse d’orchestre pour 120 musiciens ; un amphithéâtre de plein air de 3 500 places pour les grands rassemblements ; un théâtre-studio de 400 places, pensé pour la création expérimentale ; enfin un lieu dédié au jazz de 250 places. Soit une capacité totale de plus de 6 000 places, dans des formats allant du plus intime au plus monumental. S’y ajoutent une terrasse en toiture, des espaces de restauration et de commerce. Le commanditaire, le département de la Culture et du Tourisme, promet 365 jours et nuits de programmation, des résidences d’artistes et des coproductions internationales. 

Dar al Funoon ne surgit pas dans le vide. L’île de Saadiyat s’est muée en un archipel de musées signés : le Louvre de Jean Nouvel, le musée national Zayed de Foster + Partners, le muséum d’histoire naturelle de Mecanoo, sans oublier le Guggenheim conçu par Gehry lui-même. À cette collection de griffes internationales, l’émirat ajoute une ambition musicale : Abou Dabi est répertoriée comme ville créative, catégorie musique de l’Unesco depuis 2021. Depuis vingt ans, l’émirat importe les plus grands noms en vue de transformer un banc de sable en capitale culturelle. Le lieu sera « une demeure permanente pour le spectacle vivant au plus haut niveau international », résume Mohamed Khalifa Al Mubarak, président du département de la Culture et du Tourisme. 

Reste la question qui hante toute œuvre posthume : que signe-t-on quand l’architecte n’est plus là pour veiller sur le chantier ? Gehry avait fait du froissement sa signature, du Guggenheim de Bilbao (1997) au Walt Disney Concert Hall de Los Angeles (2003). Ses volumes en déséquilibre, ses courbes de titane ont redéfini ce qu’un bâtiment culturel pouvait dire d’une ville. Dar al Funoon en reprend la grammaire, adaptée cette fois à la lumière crue du Golfe. Conçu comme un instrument, l’ensemble promet une acoustique de premier ordre et une modularité capable d’accueillir aussi bien l’opéra que la performance la plus nue. 

On pourra juger que la formule s’est figée en marque de fabrique, que l’« effet Bilbao » tourne au produit d’exportation dont les monarchies du Golfe raffolent. On pourra aussi voir dans ce dernier plissé l’adieu cohérent d’un homme qui aura passé sa vie à donner au dur l’apparence du mouvant. Le paradoxe est saisissant : l’un des derniers bâtiments d’un architecte de Los Angeles s’élèvera face au golfe Persique, loin des villes qui l’ont fait roi. Une rétrospective lui rend d’ailleurs hommage à la fondation Serralves, à Porto, jusqu’au 30 décembre 2026. À Abou Dabi, c’est le sable qui gardera sa trace.

Dar al Funoon Abu Dhabi

Île de Saadiyat, Abou Dabi (Émirats arabes unis)

Architecte : Gehry Partners

Ouverture prévue en 2030

Des experiences et une culture qui nous définissent

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