Maui : l’art de concevoir l’espace comme un tout

© Matthew Millman

Dans une résidence aux volumes puissants dessinée par Legorreta, The Wiseman Group ne s’est pas contenté de décorer des pièces : le studio a conçu une continuité. Espace, matériaux, couleur et mobilier sont pensés dans un même mouvement, jusqu’à faire de l’architecture intérieure l’accord qui tient l’ensemble.

Il fallait une architecture forte pour donner le ton, et Ricardo Legorreta, avec son fils Victor, l’a apportée, choisissant des volumes rectilignes placés en porte-à-faux, posés comme un collage sur une plage de Maui, des patios ouverts sur le ciel, des murs enduits saturés de couleurs latines héritées de Luis Barragán. Certaines pièces atteignent 20 pieds de hauteur. Mais une telle architecture ne peut être habitée telle quelle : l’intensité de ses volumes appelle une main capable de les accorder à la vie quotidienne. Ce fut le rôle de The Wiseman Group, dirigé par Paul Vincent Wiseman avec James Hunter et Joseph Matzo, qui n’a pas habillé les murs après coup mais conçu chaque espace comme un tout, où chaque élément répond aux autres.

Cette continuité commence par les matériaux, choisis pour résister au climat de l’île et dialoguer avec les volumes : travertin italien dans les pièces de réception, bois de koa indigène dans les suites. Rien ici n’est décoratif au sens superflu du terme, chaque surface prolonge l’architecture. Le travertin lui-même a fait l’objet d’un soin minutieux : clients et designer se sont rendus en Italie pour examiner les dalles, toutes taillées dans un seul bloc continu de marbre afin que le sol se lise comme une seule surface d’une pièce à l’autre.

© Matthew Millman

La couleur, elle aussi, court d’un espace à l’autre comme un fil. Un brun noix de coco, identique à celui de la façade, se retrouve à l’intérieur et relie littéralement dedans et dehors ; il tempère l’exubérance de Legorreta et offre un écrin aux œuvres. Le bleu céruléen des fontaines de la cour réapparaît sur les chaises de la salle à manger, tandis que les tonalités du paysage se retrouvent dans les textiles et les coussins. Aucune couleur n’existe isolément : chacune fait écho à une autre, à l’intérieur comme à l’extérieur, de sorte que la maison se lit comme une composition chromatique unique.

Le mobilier obéit à la même logique. Les pièces italiennes que les propriétaires affectionnaient se perdaient dans de tels volumes ; le studio a donc conçu sur mesure l’essentiel du mobilier, recherchant, selon les mots de James Hunter, des proportions aussi audacieuses et simples que la maison elle-même. Une banquette en cuir orange fait face à une peinture en coulures de Morris Louis, une table monumentale en pierre ancre la salle à manger, tandis qu’un mur tapissé de lin tissé à la main en adoucit l’acoustique. Autour de la table du petit-déjeuner, les chaises ondulantes à lattes de bois de Frank Gehry introduisent, comme le dit Wiseman, une tension organique au milieu de lignes plus strictes. Même les tapis, tissés sur mesure par V’Soske, reprennent un motif abstrait de coulée de lave répété d’une pièce à l’autre : le motif lui-même relie les espaces entre eux.

© Matthew Millman

Cette conception d’ensemble prend tout son sens dans la collection pour laquelle la maison avait d’abord été pensée, où l’art du pourtour du Pacifique rencontre la peinture contemporaine. L’intérieur ne s’efface pas devant les œuvres, il compose avec elles : un trapèze jaune citron d’Ellsworth Kelly illumine la salle à manger, au bout de laquelle King Oliver de Franz Kline s’offre à la vue ; dans la suite principale, une toile de Sean Scully est suspendue au-dessus d’un canapé en lin jaune posé sur du koa, entre deux cubes de travertin. Sur la loggia face à la mer, un canapé en teck dessiné par le studio reprend, jusque dans son piètement, la trame des fenêtres de Legorreta, reflétant ainsi l’architecture dans le mobilier. Partout, Wiseman recherche cette résonance entre art tribal et langage contemporain qu’il rapproche du wabi-sabi, cette harmonie entre le brut et le raffiné.

Reste ce que le designer appelle le luxe des volumes : de longues perspectives, des pièces que l’on n’oserait surcharger. En maintenant une esthétique épurée et une cohérence entre les éléments, The Wiseman Group n’a pas ajouté un décor à une architecture : il a fait des deux une seule et même chose. Espace, lumière, matière et objet sont pensés ensemble, et c’est de cette unité que naît l’harmonie de la maison, un lieu où l’on habite, en définitive, une seule et vaste composition.

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