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Adam Pendleton, la peinture comme langage

Figure majeure de la scène artistique américaine contemporaine, Adam Pendleton repense la peinture en interrogeant son rapport au processus, au langage et à l’abstraction. Il construit ses œuvres par strates de gestes, de signes et de formes fragmentées, composant une partition éclatée où la peinture s’écoute autant qu’elle se regarde.  

Pour son 50e anniversaire, le Hirshhorn Museum à Washington consacre une exposition majeure à Adam Pendleton. Intitulée « Love, Queen », cette première présentation personnelle de l’artiste dans la capitale réunit des peintures récentes et une œuvre vidéo dans une exploration de la recherche plastique non représentative et de sa relation à la mémoire, au mouvement créateur et au temps. 

Né en 1984 en Virginie, Pendleton s’est imposé par un langage plastique distinctif qui brouille volontairement les frontières entre peinture, dessin et photographie. Son processus débute sur papier, où se mêlent coulures, éclaboussures, formes géométriques, bribes textuelles et fragments d’encre évoquant des lettres disloquées. Ces compositions, tantôt maîtrisées, tantôt improvisées, sont ensuite photographiées puis superposées via la sérigraphie, créant des œuvres où le geste et la reproduction se confrontent dans un même espace visuel. En résulte un jeu de décalages, de transparences et de strates où chaque image porte la trace de son propre processus.

Cette méthode repose sur une tension constante entre contrôle et aléatoire, où l’imprévu – celui du liquide, de la pression ou du grain – introduit une dimension vivante et imprévisible. Pendleton s’en sert comme d’une syntaxe visuelle : une écriture qui oscille entre mot et matière. Dans ses séries Black Dada, Days, WE ARE NOT, et dans ses nouvelles peintures Composition et Movement, le noir du gesso devient la base d’un langage pictural. Chacune de ces œuvres, composées de deux couleurs sur des fonds sombres, associe rigueur formelle et sensibilité du geste. Les lettres, les taches et les signes se superposent jusqu’à atteindre une densité presque musicale. « La peinture est autant un acte de performance qu’un acte de traduction et de transformation », explique l’artiste. 

L’exposition, pensée pour les galeries intérieures du musée, propose une expérience immersive. Les toiles se répondent comme des variations musicales, jouant sur la répétition et la nuance. Le spectateur perçoit la continuité d’un motif, les infimes changements d’une composition à l’autre, les lettres qui s’effacent ou s’étirent. Le rythme devient structure, et la structure devient expérience du regard. « Love, Queen » met en évidence la dimension à la fois formelle et sensible du travail de l’artiste, révélant une peinture qui dialogue à la fois avec la mémoire du modernisme et la vitalité du présent.

L’œuvre vidéo monumentale Resurrection City Revisited (Who Owns Geometry Anyway?) prolonge cette démarche. Projetée du sol au plafond, elle associe images d’archives, formes géométriques et éclats lumineux. On y aperçoit des vues de Resurrection City, le campement érigé pendant plusieurs jours sur le National Mall en 1968. Par le montage et la bande sonore de Hahn Rowe – une composition où se mêlent cuivres, bois et percussions –, Pendleton articule images fixes, mouvements et rythmes sonores dans une composition où abstraction et représentation se répondent. L’ensemble agit comme une respiration visuelle, un prolongement naturel de la peinture dans le temps et l’espace.

Sous le commissariat d’Evelyn C. Hankins, « Love, Queen » s’inscrit dans la continuité des grandes expositions du Hirshhorn qui interrogent la place de l’abstraction aujourd’hui. L’exposition s’accompagne d’un catalogue et de programmes publics destinés à prolonger la réflexion sur la peinture contemporaine et son langage. 

La directrice du musée, Melissa Chiu, souligne le sens de cette présentation : « Le choix de présenter les œuvres récentes d’Adam Pendleton à l’occasion de notre 50e anniversaire est délibéré. Son exposition reflète la mission du Hirshhorn en tant que musée d’art du XXIe siècle qui amplifie la voix des artistes qui réagissent en temps réel à l’histoire et au lieu. » 

Avec « Love, Queen », Pendleton démontre combien la peinture peut rester un territoire d’invention. Par la répétition, la superposition et le geste, il transforme la surface en espace de réflexion et de rythme. Ses œuvres rappellent que l’abstraction, loin d’être un retrait, peut-être une forme d’écriture visuelle : une manière de penser avec les yeux et d’écouter la peinture comme une langue à part entière.

« Adam Pendleton: Love, Queen »
Hirshhorn Museum and Sculpture Garden
Independence Ave SW and 7th St SW, Washington, DC (États-Unis)

hirshhorn.si.edu

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