
En ce début d’année, La Verrière, Fondation d’entreprise Hermès, consacre son espace à la peinture de l’artiste géorgienne Elene Shatberashvili à l’occasion de son exposition personnelle « Quatre ». Placée sous le commissariat de Joël Riff – qui signe ici sa dixième réalisation pour la galerie bruxelloise –, cette nouvelle proposition s’apparente à un témoignage sensible porté sur le monde observé par l’artiste, donnant forme à un récit construit à partir de son regard. L’exposition réunit une vingtaine de toiles retraçant une décennie de pratique, qui voisinent avec les œuvres de huit autres personnalités sous la lumière de La Verrière.

Originaire de Tbilissi, en Géorgie, Elene Shatberashvili s’installe à Paris en 2011 afin d’y poursuivre sa formation aux Beaux-Arts, au sein de l’atelier de Tim Eitel. L’attention que ce dernier accorde à l’observation des situations et des figures du quotidien semble avoir durablement nourri la pratique picturale de l’artiste. Cette sensibilité pour le détail et l’observation attentive des gestes trouve un écho dans la conception de « Quatre », que Shatberashvili décrit comme un processus évolutif : « Je pense qu’il y avait une évidence à inclure l’autoportrait sur les objets que nous avons installés. Nous avons probablement commencé par poser l’étagère de Johan Viladrich sur le mur et tout s’est construit progressivement à partir de là. »
Cette logique de construction se prolonge dans la scénographie de l’exposition. Disposées à la manière de boussoles, les quatre assises conçues par Rooms Studio orientent le regard du visiteur et structurent son parcours. Quatre, comme le titre de l’exposition ; quatre, comme le nombre d’expositions personnelles d’Elene Shatberashvili, conférant au dispositif une dimension symbolique. « Comme je le disais, mon travail est avant tout expérimental, et je crois que cette approche se reflète également dans l’accrochage, qui joue avec l’espace de La Verrière. C’était important, presque essentiel. On y retrouve différents horizons, comme c’est souvent le cas dans un accrochage en cours de construction », poursuit l’artiste.


Sous ce dispositif, différents actes prennent forme aux yeux des visiteurs, où autoportraits, natures mortes et scènes de vie s’entrelacent. Le mobilier conçu par Johan Viladrich renforce cette impression de réalité, donnant au spectateur le sentiment d’être immergé dans un espace pictural devenu tangible. L’exposition met également en dialogue le travail d’Elene Shatberashvili avec celui de trois autres anciens étudiants des Beaux-Arts de Paris – Nathanaëlle Herbelin, Miranda Webster et Jean Claracq – ou encore Vera Pagava, figure tutélaire de l’art abstrait.
Elene Shatberashvili conçoit ses peintures comme des divinités, des objets de dévotion avec lesquels elle entretient un rapport intime. Cette dimension spirituelle se traduit notamment dans sa pratique de la tempera à l’œuf, technique traditionnelle qu’elle expérimente pour créer des icônes. Pour l’artiste, l’iconographie est à la fois un moyen de création et un héritage culturel : les images figées, qu’elles soient égyptiennes ou issues d’autres traditions, traduisent l’essence des civilisations qu’elles représentent. La ligne y joue un rôle primordial, donnant à chaque geste un caractère rituel, comme dans Self portrait (Where does the light come from) (2025‑2026).
« Quatre » se révèle alors comme une confession intime de la vie de l’artiste, une mise en exergue de son quotidien et de son regard sur le monde.
« Quatre »
La Verrière, Fondation d’entreprise Hermès
Boulevard de Waterloo 50, Bruxelles (Belgique)
Du 15 janvier au 11 avril 2026
fondationdentreprisehermes.org











