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« La musique des couleurs » – La symphonie intérieure de Kandinsky

Rarement un peintre aura entretenu un lien aussi profond avec la musique que Vassily Kandinsky. Plus qu’une source d’inspiration, elle constitue pour lui un véritable modèle de pensée et le moteur de son passage à l’abstraction. 

Composition 8 © 2023 Artists Rights Society (ARS), New York/ADAGP, Paris

C’est cette relation intime entre sons, formes et couleurs que l’exposition « Kandinsky – La musique des couleurs », présentée par le Musée de la musique – Philharmonie de Paris conjointement avec le Centre Pompidou, propose d’explorer à travers près de 200 œuvres et objets issus de l’atelier de l’artiste.

Né en 1866 à Moscou, Kandinsky grandit dans un environnement marqué par le folklore russe, la diversité des paysages et une culture musicale foisonnante. Élevé dans une famille cultivée, il pratique dès son jeune âge le violoncelle et l’harmonium, et se passionne pour les grandes figures musicales de son temps. Longtemps destiné à une carrière juridique, il connaît en 1896 un véritable choc esthétique lors d’une représentation de Lohengrin de Wagner, une expérience fondatrice qui le pousse à abandonner le droit pour devenir peintre. 

Il choisit alors d’étudier la peinture à Munich, où il se rend en 1896. Il y développe une pratique marquée par des couleurs intenses et une touche expressive, influencée par le post-impressionnisme. Ses premières œuvres, encore figuratives, puisent dans l’imaginaire populaire russe et traduisent une attention particulière aux rythmes et aux vibrations du monde visible. Dès cette période, il revendique la spontanéité et la liberté comme principes fondateurs de son art.  

Tout en continuant à peindre, il voyage à travers l’Europe et l’Afrique du Nord, s’installe un an à Paris, puis rentre en Allemagne en 1908, à Murnau. C’est alors que débute véritablement sa carrière d’artiste : sa peinture s’affranchit du cadre amateur pour s’affirmer avec une ambition et une maturité nouvelles. Si ses thèmes de prédilection – les paysages, la culture populaire – restent les mêmes, il les traite de manière de plus en plus abstraite. Peu à peu, Kandinsky s’éloigne de la simple imitation de la nature pour explorer un langage pictural plus libre, guidé par l’émotion et la perception intérieure. 

Son texte fondateur Du spirituel dans l’art, paru en 1911, expose sa vision théorique de l’art, qu’il considère comme une expression de l’intériorité. Kandinsky y distingue les trois genres explorés dans sa création picturale : les « impressions », inspirées du monde extérieur, les « improvisations » et les « compositions », issues d’élans intérieurs et spirituels, les compositions étant plus élaborées d’un point de vue formel. Cette progression accompagne son glissement vers une abstraction de plus en plus radicale, où formes et couleurs deviennent l’équivalent visuel des sons. 

En 1912, il publie avec Franz Marc l’almanach Der Blaue Reiter (« Le Cavalier bleu »), un ouvrage majeur réunissant des œuvres et des écrits de divers artistes, qui pose les bases théoriques de l’abstraction, l’art ne s’attachant plus à reproduire la réalité visible, mais à illustrer des interrogations mentales.

Désormais, Kandinsky abandonne toute référence figurative explicite. Il cherche désormais à retranscrire les vibrations de l’âme à travers des formes abstraites et des couleurs « sonores ». La musique agit alors comme un modèle idéal : un art abstrait par essence, affranchi de la représentation du réel. Les œuvres de compositeurs tels qu’Alexandre Scriabine, Arnold Schönberg, Igor Stravinsky ou Thomas von Hartmann façonnent son horizon d’écoute et nourrissent directement son langage plastique.

L’exposition met en lumière cette passion à travers un cabinet imaginaire consacré à la mélomanie de Kandinsky, révélant notamment des partitions, des livres et prospectus musicaux, des disques, des photos de ses amitiés musicales. Ces objets témoignent de l’importance de l’écoute dans son processus créatif, notamment dans son travail sur la « sonorité » des couleurs ou ses études visuelles inspirées de la Symphonie n° 5 de Beethoven. 

Nommé professeur au Bauhaus en 1922, Kandinsky poursuit sa réflexion sur la synthèse des arts et l’abstraction. Il y enseigne une conception globale de la création, où peinture, musique, théâtre et danse dialoguent. L’exposition revient sur ses expérimentations scéniques, ses poèmes explorant le « son pur » des mots et ses performances synesthétiques, notamment la mise en scène des Tableaux d’une exposition de Moussorgski en 1928.

« Kandinsky – La musique des couleurs » renouvelle le regard porté sur l’un des pionniers de l’abstraction. L’exposition révèle un artiste total, à la fois peintre, théoricien, pédagogue et mélomane, pour qui la musique fut bien plus qu’une inspiration : une clé essentielle pour penser et ressentir l’art.

« Kandinsky – La musique des couleurs »
Cité de la musique – Philharmonie de Paris
221, avenue Jean-Jaurès, Paris 19e 

philharmoniedeparis.fr

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