Leonardo Devito : apprivoiser les monstres

Dans les toiles de Leonardo Devito, les monstres ne se cachent jamais vraiment. Ils se glissent dans les angles d’une pièce, se faufilent le long d’un ciel nocturne, peuplent des architectures imaginaires qui oscillent entre Moyen Âge et Gotham City. 

Leonardo Devito, XDetective, 2025, © Leonardo Devito. Courtesy the artist and Ciaccia Levi. Photo: Romain Darnaud

Né en 1997 à Florence et installé aujourd’hui à Turin, l’artiste ne peint pas l’extraordinaire : il représente ce qui se tapit sous la surface du quotidien, ces silhouettes étranges qui ressemblent étrangement aux nôtres. À l’occasion de son exposition « Scary Monsters » chez Hauser & Wirth Paris, organisée en collaboration avec la galerie Ciaccia Levi, Devito propose un univers qui mêle désinvolture, inquiétude et une forme inattendue de douceur. 

Le texte de Violette d’Urso, qui accompagne l’exposition, offre un éclairage précieux sur cette œuvre, racontant sa fascination pour ces « monstres » visibles ou suggérés qu’elle retrouve partout dans les toiles du peintre. Ils ne sont pas là pour effrayer, mais pour rappeler. Rappeler ce que l’enfance a laissé derrière elle : les peurs minuscules, les silhouettes imaginaires, les ombres projetées contre les murs d’une chambre. Devito parvient à peindre cette mémoire sensible avec une étonnante légèreté, comme si l’inquiétude pouvait devenir un jeu. Ses paysages urbains évoquent autant les cités médiévales que les décors sombres d’une bande dessinée moderne, créant un espace mental où la fiction et le souvenir se confondent.

La force de Devito réside dans cette ambivalence : ses tableaux oscillent entre gravité et malice. Son univers visuel, nourri de références multiples, semble parcouru de tensions, de dualités, de contrastes assumés, comme les accords punk évoqués par le titre de l’exposition, emprunté à l’album éponyme de David Bowie. Mais ces tensions n’ont rien de perturbant et deviennent au contraire un moyen d’apprivoiser l’angoisse, d’en révéler les zones poétiques, comme le souligne Violette d’Urso : « Paradoxalement, ce monde est rassurant : dans l’œuvre de Devito, l’effrayant est aussi poétique. » 

Leonardo Devito, Mirrorino, 2025, © Leonardo Devito. Courtesy the artist and Ciaccia Levi. Photo: Romain Darnaud

L’artiste n’a que 28 ans, mais son parcours témoigne déjà d’une maturité surprenante. Formé à l’Académie des beaux-arts de Florence, puis à l’Akademie der Bildenden Künste de Vienne, il obtient sa maîtrise en beaux-arts à l’Accademia Albertina de Turin. Ses expositions personnelles récentes – « Teatrino » à Paris en 2024, « Candide » aux côtés de Domenico Gnoli à Milan en 2024-2025 et un projet solo présenté à Liste Art Fair Basel en 2025 – montrent un travail en constante expansion, attirant autant les curateurs que les collectionneurs sensibles à ce mélange d’érudition et d’imaginaire. 

Le cadre du programme « Hauser & Wirth Invite(s) » renforce cette lecture. Pensé pour accueillir des artistes, galeries et écrivains, celui-ci offre une plateforme à ceux dont la voix mérite un espace plus large. Le choix de Devito s’inscrit dans cette volonté de créer des ponts, de mettre en lumière des pratiques émergentes tout en nourrissant le dialogue artistique au sein de la scène parisienne. L’artiste y trouve naturellement sa place : son œuvre, traversée de récits fragmentés, d’images mentales, de mythologies contemporaines, invite à une lecture multiple, mobile, presque cinématographique. 

Au fond, ce que Devito met en scène n’est pas un bestiaire fantastique : c’est une cartographie intérieure, peuplée de peurs apprivoisées, d’ombres familières, d’histoires que nous transportons sans toujours les reconnaître. Ses monstres ne sont pas là pour nous hanter : ils sont là pour nous accompagner, comme ces présences discrètes que l’on finit par deviner dans l’angle d’un miroir ou au détour d’un rêve. Avec « Scary Monsters », Leonardo Devito ne nous invite pas tant à contempler l’inconnu qu’à le reconnaître, à accepter que l’étrangeté fasse partie de notre paysage intime.

« Scary Monsters »
Hauser & Wirth Paris 
26 bis, rue François-1er, Paris 8e 

hauserwirth.com

Leonardo Devito, Giudizio Finale, 2025, © Leonardo Devito. Courtesy the artist and Ciaccia Levi. Photo: Romain Darnaud

Leonardo Devito, Abbuffoni, 2025, © Leonardo Devito. Courtesy the artist and Ciaccia Levi. Photo: Romain Darnaud

Leonardo Devito, Palazzo d’Oriente, 2025, © Leonardo Devito. Courtesy the artist and Ciaccia Levi. Photo: Romain Darnaud

Leonardo Devito, Per un amico, 2025, © Leonardo Devito. Courtesy the artist and Ciaccia Levi. Photo: Romain Darnaud

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