Elle est Agnes, la femme de Shakespeare (interprété par Paul Mescal) dans le Hamnet de Chloé Zhao, adapté du roman à succès de Maggie O’Farrell.

Comédienne irlandaise, Jessie Buckley s’est illustrée aussi bien sur les planches de théâtre et de comédie musicale que sur les écrans de télévision et de cinéma. Un itinéraire aussi éclectique qu’exemplaire qui l’a amenée à porter de nombreux costumes.
William Shakespeare, elle connaît. Diplômée de la Royal Academy of Dramatic Art de Londres, Jessie Buckley a été Miranda dans La Tempête, joué au prestigieux théâtre du Globe (reproduction du théâtre historique de Shakespeare, qui apparaît dans Hamnet) en 2013. On l’a aussi vue donner la réplique à Jude Law pour une mise en scène de Henry V dans un théâtre du West End et, plus récemment, interpréter Juliette aux côtés de Josh O’Connor (Roméo) dans une mise en scène de la plus fameuse pièce du Barde d’Avon pour le Royal National Theatre. Il faut dire que Jessie Buckley porte bien le costume. Certains acteurs et actrices peuvent paraître peu crédibles dans des fictions d’époque, en dépit de leur talent ; l’expression en vogue « iPhone face » résume bien la situation : leur visage a trop les traits d’un individu de la génération des iPhone. Pour Jessie Buckley, c’est tout l’inverse, et elle est immédiatement crédible dans une robe élisabéthaine, à préparer une potion à base de fleurs médicinales au fin fond d’une forêt du Warwickshire au XVIe siècle. Ce n’est pas un hasard si c’est son interprétation de la Princesse Maria Bolkonskaïa dans le Guerre et Paix de la BBC en 2016 qui l’a révélée au grand public. On pourrait aussi dire que son visage pâle et ses yeux légèrement en amande lui donneraient presque un air slave, russe (bien qu’elle soit en réalité l’arrière-petite-fille d’une figure de l’indépendance irlandaise, Madge Clifford). Elle a été ainsi parfaite chez Tolstoï comme dans la série Chernobyl, libre adaptation des récits de Svetlana Alexievitch sur la catastrophe nucléaire soviétique, où elle incarnait la femme d’un pompier parti parmi les premiers éteindre l’incendie de la centrale.



Mais Jessie Buckley a su prouver qu’elle est bien plus qu’un visage non anachronique, qu’un mannequin pour costumes d’époque. Entre 2020 et 2021, elle est apparue coup sur coup dans deux films Netflix parmi les meilleurs de la plateforme. Dans Je veux juste en finir, drame psychologique surréaliste de Charlie Kaufman (connu pour avoir écrit le scénario d’Eternal Sunshine of the Spotless Mind ou de Dans la peau de John Malkovich), elle est aussi barrée que bouleversante. Dans The Lost Daughter, adaptation d’un roman d’Elena Ferrante réalisée par l’actrice Maggie Gyllenhaal, elle réalise une sorte de tandem avec Olivia Colman, les deux actrices interprétant le même personnage à deux âges différents. Une prestation qui vaudra aux deux comédiennes une nomination aux Oscars. C’est la première nomination de Jessie Buckley à la prestigieuse cérémonie hollywoodienne. L’actrice est à nouveau nommée pour son rôle dans Hamnet – le verdict sera connu lors de la cérémonie du 16 mars. Au Royaume-Uni, en revanche, son rôle dans Wild Rose de Tom Harper, où elle interprétait une chanteuse de country à Nashville, lui a valu une nomination aux BAFTA ainsi que de nombreux prix. Il faut dire que Jessie Buckley est une chanteuse hors pair, formée par sa mère, professeure de chant, et révélée bien avant sa formation dramatique par la comédie musicale britannique et par l’émission de téléréalité I’d Do Anything, sur la BBC, où elle est arrivée deuxième en 2008. Un bagage technique que l’on ressent même lorsqu’elle joue des personnages qui ne chantent pas. Ainsi, elle ne fait pas que jouer Agnes Shakespeare pour Chloé Zhao. Elle interprète véritablement le rôle, au sens presque musical, et ce faisant, elle nous fait comprendre toute la complexité et la profondeur de cette femme née dans la forêt qui élève ses enfants seule, face à son mari aimant mais absent. Une profondeur de jeu que l’on retrouvera certainement dans The Bride!, pour lequel l’actrice et la réalisatrice Maggie Gyllenhaal seront à nouveau réunies, en salles début mars, où elle incarnera cette fois-ci une autre femme de l’ombre, une autre compagne d’un individu célèbre : la fiancée de Frankenstein.









