
En janvier dernier, Coutansais Castillo s’est fait remarquer en dévoilant « Premier Acte », sa première collection de mobilier, à l’occasion de Maison&Objet In The City, avant même d’être pleinement établi dans le paysage de l’architecture d’intérieur. Une prise de position pleine de panache, à contre-courant des pratiques établies, qui révèle une volonté claire : redéfinir les règles du jeu. Pensée comme un manifeste inaugural, « Premier Acte » marque ainsi le début d’une belle histoire pour ce duo à l’avenir prometteur. Portrait.


« Nous accordons énormément d’importance au mobilier, autant dans nos projets que dans notre vie quotidienne. Pour nous, c’est presque un équilibre. Ce n’est pas un élément secondaire, mais une véritable composante de notre pratique. » C’est en ces termes que Victor Poirier Coutansais présente le studio qu’il a cofondé avec Clara Rebillard Castillo. Avant même d’explorer pleinement le design d’objets, le tandem avait notamment signé l’architecture intérieure de l’épicerie coréenne Balhyo, dans le 6e arrondissement de Paris, sans imaginer encore où ce premier projet les mènerait. Une trajectoire qui laisse entrevoir une démarche largement guidée par l’intuition, au fil des opportunités.
C’est dans cet esprit que Clara et Victor ont conçu « Premier Acte », une collection de mobilier pensée comme un terrain d’expérimentation, laissant libre cours à l’imaginaire et affranchie de toute contrainte prédéfinie.


L’intemporalité mise en scène
C’est en mai dernier que les premières esquisses de la collection prennent forme dans leur esprit. Au fil d’une conversation avec la Dvir Gallery, Clara et Victor décident de présenter dans cet espace parisien leur tapis, leur lanterne, leur ottoman et leur tablette murale, en pensant le lieu comme un véritable appartement de collectionneur.
La collaboration se mue alors en un projet scénographique à part entière, où les quatre pièces de mobilier du studio dialoguent avec les œuvres de la galerie, dans un jeu d’échos. Le duo précise : « L’idée était de croiser plusieurs registres pour concevoir des pièces dont la temporalité demeure volontairement ambiguë, sans que l’on puisse dire d’emblée si elles relèvent de l’ancien ou du contemporain. » Une ambivalence pleinement assumée, donc.


S’il est une préoccupation centrale dans la démarche de Coutansais Castillo, c’est bien la recherche d’une forme d’intemporalité, aussi bien dans le mobilier que dans l’architecture intérieure qu’ils conçoivent. Leur démarche s’appuie sur une trame volontairement minimaliste, structurée par des volumes pouvant évoquer ceux de l’Art déco. Sur cette base maîtrisée viennent ensuite se greffer des détails volontairement anachroniques, introduits pour en perturber la lecture, notamment à travers les matières employées, tel le chêne massif.
« Nous assumons une certaine brutalité dans le choix des matériaux et des textures, que nous venons ensuite sublimer par le détail, le geste artisanal et le travail de la lumière », affirme le tandem. Une approche qui se lit concrètement dans leurs pièces. L’ottoman est ainsi enveloppé d’un filet en coton ponctué de perles en laiton massif oxydé à la main. Le même principe se retrouve dans la lanterne, dont l’abat-jour se compose d’une gaze de coton enchâssée entre deux feuilles de papier, puis cirée à la cire d’abeille. Autant de détails minutieusement orchestrés qui révèlent l’écriture singulière de Coutansais Castillo. De quoi esquisser les contours d’un langage déjà affirmé, laissant entrevoir la suite de ce « Premier Acte ».










