
Longtemps tenu à distance des intérieurs, le jaune s’impose comme une couleur de sculpteur. De la mosaïque de Léa Mestres au bronze de Vincent Dubourg, jusqu’aux pièces imprimées de Post Industrial Crafts, trois maisons en font une matière à part entière, capable de porter la lumière, la mémoire et le geste.

Aucune couleur ne divise autant que le jaune. Longtemps cantonné aux accessoires et redouté sur les murs, il est aujourd’hui convoqué non plus comme une teinte, mais comme une matière première. Trois démarches en témoignent, aussi éloignées que possible dans leurs méthodes.
Léa Mestres le travaille comme on pétrit une pâte. Installée entre Paris et Audierne, elle sculpte des lampes surdimensionnées qui tiennent de l’objet familier autant que de la créature. Sa pièce Franck, présentée par la Carpenters Workshop Gallery, empile deux volumes coniques recouverts d’une mosaïque jaune irrégulière, où chaque tesselle capte et renvoie la clarté. La couleur y agit comme une peau, née du mélange minéral que l’artiste nomme sa « lélélite ». Chez Léa Mestres, le jaune n’illustre pas la joie, il la fabrique.


Chez Vincent Dubourg, il devient l’instant d’une déflagration. Le sculpteur, qui fond le bronze comme d’autres plient le bois, a conçu avec Bhanga Yellow un buffet saisi au moment où il éclate : la façade paisible se disloque en une pluie de fragments jaunes suspendus dans le vide. Le jaune, ici, n’apaise pas, il révèle la fracture et donne à voir l’énergie contenue dans une pièce de 700 kilos, éditée à huit exemplaires depuis 2014.


Post Industrial Crafts, enfin, aborde la couleur par la matière recyclée. Fondée en 2014, la maison a bâti son propre écosystème de robots pour imprimer, à grande échelle, un artisanat numérique à partir de polycarbonate et d’aluminium récupérés.



Le déchet devient sculpture, et le jaune, l’une des teintes possibles d’une palette née du geste industriel. On le retrouve sur des assises comme la Schuss Chair ou sur des canapés aux lignes tendues, où la couleur adhère à une structure conçue pour durer plutôt que pour séduire.


Trois procédés pour une même couleur : la mosaïque qui la rend tactile, le bronze qui la met en tension, l’impression qui la recycle. Le jaune cesse d’être un choix décoratif pour devenir un parti pris. La couleur la plus difficile à vivre est aussi celle qui, sculptée, sait le mieux tenir un espace.








