KAREN BARMAKI, LE DESIGN COMME DIALOGUE AVEC LA MATIÈRE

Architecte d’intérieur et designer, Karen Barmaki imagine des meubles où la force du dessin rencontre celle de la matière. Bois, travertin, marqueterie, céramique, mosaïque ou coquille d’œuf composent une esthétique nourrie par le travail d’artisans spécialisés. Entre références Art déco, lignes architecturales et savoir-faire d’excellence, ses créations défendent une certaine idée du luxe contemporain.

Il suffit de regarder le miroir ZIGGY pour comprendre que Karen Barmaki envisage volontiers ses objets comme de petites architectures. Autour du miroir, le chêne massif teinté noir se structure en gradins, revendiquant une référence aux ziggourats antiques, tandis que la symétrie et la netteté des lignes inscrivent la pièce dans un style Art déco revisité. Le bois noir huilé côtoie des éléments laqués brillants : une même couleur, mais deux manières d’accrocher la lumière et de donner de la profondeur à l’objet.

Née à Beyrouth dans une famille d’architectes et de décorateurs, Karen Barmaki est architecte et décoratrice d’intérieur, designer de mobilier d’art et ingénieure. Après un parcours auprès d’agences d’architecture françaises à Paris et à Monaco, elle fonde son studio en 2016, avant de lancer sa collection de mobilier en 2024. Sa double culture franco-libanaise participe à un langage qui puise autant dans les arts décoratifs que dans une conception très contemporaine de l’espace.

Une recherche d’équilibre entre rigueur et matière traverse le travail de la designer. Karen Barmaki conçoit et édite ses pièces, mais des artisans maîtrisant chacun leur spécialité interviennent dans leur réalisation. La collection est façonnée en France, tandis que le travertin est sculpté en Italie. Cette répartition des rôles est essentielle à son approche : le dessin donne l’impulsion, puis la connaissance de la matière et le travail de l’artisan lui donnent sa réalité.

L’applique SMOK en constitue sans doute l’un des exemples les plus singuliers. Inspirée par l’iconique smoking féminin d’Yves Saint Laurent, elle associe des tesselles de mosaïque de pâte de verre dorée à des coquilles d’œufs peintes. Réalisée en collaboration avec l’Atelier Nathalie Chaulaic, la pièce introduit une référence à la haute couture dans un objet lumineux. Il ne s’agit pas de reproduire le vêtement, mais d’en retenir l’allure et les contrastes pour les traduire par la forme et la matière.

Ailleurs, le vocabulaire change. La lampe BULLE confronte la présence minérale du travertin à la chaleur du noyer, tandis que DORSE fait du travertin taillé dans la masse la structure même de la lampe. La console MONT MARQUETERIE, conçue en collaboration avec Hermine Torikian, associe quant à elle une construction géométrique à une marqueterie de bois dont le motif organique s’inspire d’un pelage animal. Éditée à huit exemplaires numérotés et signés, auxquels s’ajoutent deux épreuves d’artiste, elle joue délibérément sur la confrontation entre ordre et irrégularité.

Lors de la Paris Design Week 2026, à la Galerie Joseph, Karen Barmaki présentait deux créations inédites : le miroir ZIGGY et le tabouret ZAQ. Ce dernier reprend le motif en escaliers inspiré des ziggourats, mais l’applique cette fois à une réinterprétation de la chaise curule. La structure en chêne massif teinté noir dessine une silhouette puissante, tempérée par une assise en tissu. L’objet conserve sa fonction tout en revendiquant une présence qui dépasse celle d’un simple siège.

C’est peut-être là ce qui fait la cohérence du travail de Karen Barmaki. Ses créations ne cherchent ni la discrétion ni l’effet décoratif pour lui-même ; elles empruntent à l’architecture le sens de la construction, aux arts décoratifs le goût des matières, et à l’artisanat la précision du geste. Le meuble devient le point de rencontre entre une idée dessinée et ceux qui savent la rendre possible.

Dans l’univers du design où la signature du créateur tend parfois à éclipser ceux qui fabriquent, cette manière de travailler rappelle une évidence : concevoir et façonner sont deux savoir-faire différents mais indissociables. Chez Karen Barmaki, c’est précisément leur dialogue qui donne aux objets leur caractère.

https://studiokarenb.com/

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