PARIS DESIGN WEEK 2026 : LA CRÉATION INVESTIT LA CAPITALE

Du 10 au 19 septembre, Paris Design Week transforme la capitale en un vaste terrain d’expérimentation. Jeunes designers, studios internationaux et créateurs confirmés investissent galeries, monuments et lieux inattendus, dessinant un parcours où mobilier, art, artisanat et architecture intérieure ne cessent de se rencontrer.

Organisée en parallèle de Maison&Objet, Paris Design Week s’est imposée comme l’un des grands rendez-vous de la rentrée du design. Pendant dix jours, la manifestation invite professionnels et grand public à parcourir la ville, du Marais au Grand Palais, à la découverte d’une création qui semble cette année particulièrement attachée à la matière, au geste et aux savoir-faire.

Au cœur du Marais, Factory demeure l’un des rendez-vous les plus intéressants pour prendre le pouls de la jeune création. Du 10 au 14 septembre, plus de 150 designers, studios, écoles et éditeurs investissent quatre lieux. La sélection 2026, confiée au designer-céramiste Jean-Baptiste Durand et au designer Simon Geringer, privilégie les croisements entre mobilier, luminaires, objets, métiers d’art et recherches expérimentales sur les matériaux.

Sous les grandes verrières du 116 rue de Turenne, espace de Galerie Joseph, les propositions prennent une dimension presque scénographique. On y découvre notamment les vases de cera.LAB, les Sculptures sans contexte de Chloé Isaac, le mobilier en bronze de Tom Letellier, ou encore la surprenante Chubby Lamp Tangerine Ice Cream de Decadent Studio.

Parmi les découvertes de cette édition, Design Week Lagos apporte une énergie singulière. Venue du Nigeria, une nouvelle génération de designers affirme ici des créations avec du caractère, nourries par l’artisanat africain, l’expérimentation des matériaux et un héritage culturel réinterprété avec une grande liberté. Le Bantu Stool de Joan Eric-Udorie, Ara d’Emma Emodi, la ISÉPÒ Low Table de Richard Aina ou encore ỌCHE de Myles Igwebuike témoignent de cette vitalité. Mobilier, luminaires, sculptures et pièces de collectible design dessinent une scène qui ne cherche pas à se conformer aux codes internationaux, mais affirme au contraire ses propres écritures. Présentée au sein de Factory au 116 rue de Turenne, cette sélection s’inscrit dans All Roads Lead to Lagos, programme imaginé pour accroître la visibilité internationale de la création africaine contemporaine.

Mobilier en bronze  de Tom Letellier à Factory Galerie Joseph 116 rue de Turenne

À quelques pas de Factory, mais dans une programmation distincte, Oh my laine! investit le 84 rue de Turenne. Pour sa huitième édition, cette vitrine des arts textiles et des laines françaises réunit artisans, designers et entreprises innovantes. Cette année, la scénographie fait particulièrement honneur aux créations et valorise ceux qui travaillent la laine, en laissant les matières, les textures et les gestes occuper pleinement l’espace. Tapisserie, art tissé, tuft, feutre, objets et expérimentations textiles révèlent une laine éloignée de toute image traditionnelle, devenue matière de recherche pour le design contemporain. Au cœur du showroom, une matériauthèque consacrée aux fibres naturelles françaises et aux savoir-faire liés à l’écosystème textile d’Aubusson prolonge cette exploration. Parrainée par l’architecte et décorateur Sébastien Caron, l’édition rappelle combien un matériau ancestral peut aujourd’hui retrouver une étonnante modernité.

À l’Hôtel de Sully, le changement d’échelle est spectaculaire. Le designer irlandais Joseph Walsh y présente Arcanum Formæ, une installation monumentale déployée dans la cour d’honneur et les jardins. Pour la première fois en Europe, sa série Magnus est montrée au public. Magnus RINN associe notamment une partie inférieure en bronze à une structure de chêne façonnée grâce au procédé tridimensionnel de lamination libre développé par son studio. Recouvert par endroits de feuille d’or, le bois capte la lumière et transforme la sculpture au fil de la journée. Sa forme circulaire évoque les cycles naturels, le passage du temps et cette relation entre matière et mouvement qui traverse depuis longtemps le travail de Walsh.

Au Grand Palais, Julien Sebban et Uchronia choisissent au contraire l’exubérance. Installé dans la Rotonde d’Antin, Le Grand Bouquet prend la forme d’une fleur monumentale dont les pétales lumineux semblent émerger du sol. L’œuvre dialogue avec les motifs floraux de la mosaïque et les ornements végétaux du bâtiment. Couleurs, volumes démesurés et lumière composent un univers joyeux, presque irréel, dans lequel Uchronia revendique l’émerveillement comme une expérience collective.

Plus discrète mais particulièrement intéressante, l’exposition « La matière avant le nom », présentée par Galerie Philia et Espace Meyer Zafra au 4 rue Malher, interroge la frontière de plus en plus poreuse entre design et art. Les pièces de Kar, issues de la collection Formless, semblent encore en train de se former : réalisées en fibre de verre, elles évoquent la roche, l’argile ou une matière façonnée par l’érosion. À leurs côtés, les céramiques de Louise Traon, réalisées à partir de grès émaillé, d’argiles sauvages, de cendres, de granite ou de craie, laissent le matériau participer lui-même à la naissance des formes et des couleurs. Le meuble devient sculpture ; la matière cesse d’être un simple moyen pour devenir le sujet.

Cette attention portée aux savoir-faire traverse également Female Design Futures, au CØR Studio, 28 rue du Petit-Musc. Organisée par White Label Project, l’exposition réunit six créatrices venues du Guatemala, du Maroc, d’Afrique du Sud, d’Australie et de Singapour. Mobilier, textile, céramique et objets racontent la manière dont les traditions et les identités culturelles peuvent nourrir des écritures résolument contemporaines.

D’une adresse à l’autre, Paris Design Week 2026 révèle ainsi plusieurs mouvements qui traversent aujourd’hui le design : retour de la matière, fascination pour l’artisanat, effacement des frontières entre objet fonctionnel et œuvre d’art, mais aussi affirmation de scènes internationales longtemps moins visibles à Paris. De Lagos à Aubusson, des expérimentations de Factory aux sculptures de Joseph Walsh, de l’exubérance d’Uchronia aux recherches de Galerie Philia, cette édition rappelle surtout que le design contemporain se nourrit autant de l’innovation que de la mémoire des gestes, des matières et des cultures.

PARIS DESIGN WEEK 2026
Du 10 au 19 septembre 2026
Paris Design Week Factory : du 10 au 14 septembre 2026
Oh my laine! : du 10 au 13 septembre 2026
84 rue de Turenne, Paris 3e

Des experiences et une culture qui nous définissent

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