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Interview avec Louis Westerloppe 

« Je suis fan de l’abstrait artistique chez les autres, parce qu’à ce moment précis, ce sont peut-être des gens qui ont essayé quelque chose pour ne pas se perdre. »

Louis Westerloppe a su se forger une identité visuelle singulière grâce à ses photographies aussi bien éditoriales que commerciales. Dotée d’une grande polyvalence, son écriture visuelle se distingue par une sensibilité subtile à la couleur et à sa saturation. Il imagine des moments de vie soulignés par une douce maîtrise de la colorimétrie, souvent inspirés par l’évasion et le sentiment de lâcher-prise, faisant de la frénésie du monde extérieur son terrain de jeu privilégié. Dernièrement, il a réalisé un shooting à Lanzarote avec la mannequin Eva Navarro et au Brésil pour Elle Lituanie. Lancé dans le milieu il y a à peine deux ans, Louis Westerloppe est un photographe dont l’avenir s’annonce prometteur, animé par une volonté et une détermination tangibles. 

Noée : Bonjour, Louis, j’espère que vous allez bien. Je commence cette interview par une question assez générique, mais que je trouve essentielle pour se faire une idée des sources d’inspiration d’un artiste. Préfères-tu le figuratif ou l’abstrait ?

Louis : Il y a deux choses qui m’inspirent dans le figuratif. 

Premièrement, les scènes quotidiennes. C’est quelque chose que j’adore, dans le sens où je vais regarder ce qu’il se passe à droite et à gauche. Sartre parlait de phénoménologie. En fait, c’est comme si tu voyais un peu les choses à la troisième personne. Tu regardes les mains de cette serveuse qui, par exemple, est en train de nettoyer. Tu essayes de comprendre son ressenti, même d’imaginer de quelle matière elle va toucher. 

Puis, il y a le cinéma. J’adore m’inspirer du cinéma parce qu’il y a des histoires de cadrage, des histoires de lumières et de costumes. Ce sont des réalités qui n’existent pas la plupart du temps, mais qui restent figuratives parce qu’elles sont créées un peu de toutes pièces et à partir de scènes du réel. Et c’est là où, moi, j’ai envie d’inventer mes propres histoires à partir d’un mélange de ce que je vois dans ma vie. C’est pour cela que je voyage beaucoup, pour capturer des scènes.

L’abstrait me donne plus l’impression qu’il doit être contemplé ; j’ai du mal à comprendre comment on peut se dire « C’est beau, j’ai envie de faire quelque chose de similaire ». Pourtant, j’adore regarder l’art abstrait des gens. Etil y a quelque chose que j’aime beaucoup chez certaines personnes. Celles qui essayent, peu importe la qualité. Ça peut être n’importe quoi, essayer de créer une entreprise, essayer de faire de la photo, de faire de la peinture, mais d’essayer à fond. Et quelqu’un qui se perd, pour moi, c’est quelqu’un qui n’essaye pas vraiment. Selon moi, tu ne peux pas te perdre à partir du moment où tu essayes plein de choses. 

Tu trouveras une voie, tu trouveras des mécanismes qui sont bons pour toi et qui vont te plaire au bout d’un moment. Donc, je suis fan de l’abstrait artistique chez les autres, parce qu’à ce moment précis, ce sont peut-être des gens qui ont essayé quelque chose pour ne pas se perdre. 

Noée : Qu’est-ce qui t’a d’abord plu dans le métier de photographe ? 

Louis : J’ai commencé par la street photo, parce que c’était le plus accessible. Petit à petit, je me suis lassé parce que tu dois attendre que quelque chose se passe. Alors, évidemment, il y a des gens qui sont brillants et qui sont capables de faire de la street photo à partir de n’importe quoi, d’un reflet de voiture ou d’une dame qui traverse au rouge. 

Mais, j’en avais marre d’attendre. J’ai voulu créer mes propres scènes de street photo ou de films. Une de mes meilleures photos a été prise au Japon. J’avais habillé en costume un mannequin avec qui je travaillais, puis je l’ai mis au milieu d’une rue avant de prendre la photo. On a l’impression qu’il est simplement question d’un mec que j’ai surpris comme si j’étais à vélo et que je passais devant lui. 

Selon moi, il y a le photographe qui prend en photo un moment, et il y a celui qui crée le moment. Et moi, je veux être celui qui crée le moment, je trouve ça tellement plus intéressant.

Noée : Tes idées et inspirations sont-elles claires dans ta tête ou recours-tu à la spontanéité ? 

Louis : Je n’imagine jamais une scène précise, mais un mood ou une vision. Je compose une équipe, et après, je me débrouille. J’ai une idée qui arrive comme ça et je vais faire mes repérages, qui peuvent me prendre la journée. Je fais mon mood board, je trouve rapidement un mannequin, un styliste et on y va. Je me laisse porter et kiffer. Et puis, dans ce métier, il est important de savoir t’adapter, car il n’y a rien d’intéressant à shooter à partir d’une maquette tout le temps. Il faut être sensible aux « moods » et à son propre état d’esprit qui change chaque jour. 

Noée : J’ai l’impression que le principe de « lâcher-prise » te plaît pas mal dans ce métier ? 

Louis : Certes, mais la préparation me plaît beaucoup également. Tout le setup et le processus pour arriver à la photo finale. Je me pose pas mal de questions sur ce qui me plaît parce que j’évolue aussi. J’ai davantage envie d’habiller des mannequins en flics et de créer quelque chose d’un peu marrant, à la Guy Bourdin, chez qui les scènes du réel et de l’absurde se côtoient. D’un point de vue technique, je vais plus loin dans mes productions, car j’ai un meilleur budget, un entourage qui évolue et une plus grande volonté de narration. 

Finalement, ça contredit un peu la notion de lâcher-prise dans mon métier à cet instant T. 

Noée : Est-ce que tu as déjà pensé au sens de ton travail dans la société ? Est-il purement esthétique ou cherches-tu à provoquer un avis critique ?

Louis : Je veux faire du beau et raconter des histoires. Je me rattrape avec d’autres moyens, j’aide beaucoup les gens de manière générale. Je prends plaisir à travailler avec mon entourage si j’ai besoin de leur service. 

Mais là, en l’occurrence, je vois davantage la photographie comme une passion qu’un travail où j’ai besoin de donner du sens.

Noée : Techniquement, penses-tu être capable de tout réaliser en photographie ? 

Louis : Non, la photographie est plus complexe que ce que l’on pense. 

Noée : Y a-t-il quelque chose que tu aimerais maîtriser ? 

Louis : Réaliser de très beaux nus en noir et blanc, sans vulgarité, mais c’est très difficile. Je n’arrive pas du tout à atteindre ce niveau d’élégance et de non-dits qui est sublime. Quand je dis « nus », je parle de peaux et non de parties intimes. Et justement, on ne voit rien dans ce noir et blanc.

Noée : Parlons d’un autre sujet, le goût. Es-tu réticent aux choses qui peuvent être « trop » ou « pas assez » ?

Louis : Je n’aime pas le mauvais goût. Le mauvais goût est le « trop », le « pas assez » est ennuyeux. Je ne veux pas dire que j’aime ce qui est neutre pour autant, mais j’aime ce qui est fort et puissant. Notamment grâce à la couleur, au décor, au grand angle et aux positions. 

Noée : Je vois que beaucoup de photos sont prises en extérieur, dans les rues japonaises ou sur une plage brésilienne. Cette envie de grands espaces et d’une certaine liberté s’inspirent-elles de certains photographes ? 

Louis : Je suis beaucoup le travail de Leslie Zhang et Helmut Newton, qui est très mode. Mais il y a un photographe que je trouve sensationnel : Guy Bourdin. Une de ses photos m’a donné envie de faire ressentir en photographie les mêmes émotions qu’on ressent face à un film. J’ai en tête un exemple qui illustre bien mes goûts. Guy Bourdin a pris en photo une scène de poursuite entre deux femmes en maillot et des policiers dans une pièce entièrement rose bonbon. Rien de plus logique, mais tellement intrigant et beau. J’aime beaucoup ses mélanges de fiction et de fashion dans des milieux urbains.  

Noée : Le monde de la mode accueille toujours plus d’amateurs de photographie, et c’est parfois très dur de faire sa place. Comment te différencies-tu ?

Louis : La spontanéité est vraiment ce qui définit un caractère et une force. Comme j’ai pu te dire, ce qui fait ma force, c’est construire mon équipe, choisir mes lieux, puis composer à partir de ce que j’ai. Et, je suis sympa.  

Noée : Comment perçois-tu les mannequins ? 

Louis : Les mannequins sont de véritables collègues, car s’ils travaillent mal, le shoot est foutu. Il faut que la personne arrive à te comprendre et qu’elle ait envie de travailler avec toi. Je préfère quelques fois shooter avec des acteurs et des actrices parce qu’il y a du jeu, l’aspect « cintre » qu’on peut reprocher aux mannequins n’existe plus. J’aime beaucoup les éditos ; naturellement, mon regard nécessite une émotion que je vais trouver plus facilement chez les acteurs et actrices. 

Noée : Tu parles beaucoup de spontanéité, mais as-tu peur de ne pas réussir à transmettre ta vision dans son intégralité ?

Louis : Il faut l’accepter et apprendre à déléguer. Je ne suis pas si control-freak que ça, et parfois je me dis que ma vision est moins bonne que la leur, parce que c’est un métier complexe. J’aime beaucoup laisser les gens exprimer leurs goûts, tu peux tomber sur de belles surprises. 

Noée : Quel serait le meilleur conseil à donner aux photographes débutants ?

Louis : Il faut très vite shooter en équipe, ne pas hésiter à contacter des personnes, des mannequins, des stylistes et make up artistes pour être sur le terrain très vite. 

Louis Westerloppe est définitivement un photographe qui nous surprend là où on ne l’attend pas. Toujours attentif à son environnement, il capte avec acuité ce qu’il se passe autour de lui, convaincu que la spontanéité (avec un peu de confiance en soi) est la force la plus personnelle que quelqu’un puisse avoir. Il adopte une vision large : grâce à son usage du grand angle, il saisit les moindres détails, car la vie ne se résume pas à un idéal, mais se compose d’un ensemble d’idées complexes. Ses photographies semblent habitées par le souffle de la vie, donnant à l’instant figé une énergie vibrante. 

@louiswesterloppe

louiswesterloppe.fr

t’as besoin -4 j’ai trouvé mon texte OK que je trouve un bon

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