La saison automne-hiver 2026-2027 a offert une vision particulièrement riche et contrastée de la mode contemporaine. Les défilés se transforment en récits, en univers symboliques où se croisent mémoire et imagination.
La saison automne-hiver 2026-2027 a offert une vision particulièrement riche et contrastée de la mode contemporaine. Entre héritage historique, expérimentations formelles et réflexions sur l’identité, les maisons semblent explorer de nouvelles manières de raconter le monde à travers le vêtement. Les défilés se transforment en récits, en univers symboliques où se croisent mémoire et imagination. Des silhouettes rococo de Nina Ricci aux expérimentations textiles d’Issey Miyake, en passant par les inspirations folkloriques chez Chloé, chaque maison propose une interprétation singulière de la mode parisienne.
Nina Ricci :


Belle surprise au défilé Nina Ricci, au centre d’un décor majestueux défilent des looks à la fois élégants et kitsch. L’évènement devient un festival de belles pièces au style rococo. Les crinolines, les jacquards floraux et la soie moirée installent d’ores et déjà un cadre temporel ressemblant aux prestigieuses allées du château de Versailles. La marque transporte la femme Nina Ricci dans le temps et compose à elle seule sa cour royale. Et si la cour de Versailles existait à notre époque ? C’est une collection du quotidien composée d’allures majestueuses. Alors que l’on craint souvent l’opulence voire le kitsch, Harris Reed en fait sa force et met en scène une vie de château au style parisien. Il apporte une dimension gaie et ludique en mélangeant toutes sortes de motifs et de matières, qu’elles soient nobles comme le satin duchesse, la dentelle française ou accessibles comme la maille de coton. Nina Ricci nous a présenté ce 8 mars 2026 une collection imprévisible et étonnante qui nous permet d’apprécier différemment l’opulence d’un ancien temps.
Issey Miyake


Dans ce dernier défilé qui s’est tenu au carrousel du Louvre, Satoshi Kondo, le directeur artistique d’Issey Miyake, tente de répondre à ces questions : « en tant que designers, dans quelle mesure devrions-nous insister sur notre intention de « créer » ? Ou, est-ce peut-être la volonté délibérée de laisser les choses ouvertes et inachevées qui « permet » à la beauté inhérente de se révéler ? »
Au centre d’une pièce fortement contrastée par la lumière, s’avancent des silhouettes à l’allure méconnaissable. Issey Miyake s’est réinventé à tel point que la problématique de ce défilé repose sur l’intention de créer différemment au risque de ne plus créer quelque chose de beau. S’adonner au défi suggère l’idée d’abandonner tout type de contrôle et d’avancer en terre inconnue afin de se révéler. Satoshi Kondo explore une méthode qui consiste à reconnaître et laisser exister le matériau tel qu’il est dans le but de s’adapter à ce dernier. Le défilé est composé de neuf petites séries de vêtements qui mettent en avant l’ingéniosité au détriment de la retenue. Par exemple : la série Allow est conçue au sens le plus pragmatique, un seul morceau de tissu qui recouvre un tube devient le vêtement. La série « untitled » questionne la faculté que nous avons à juger un vêtement comme « beau ou non » lorsqu’il est inachevé.Les pratiques de Satoshi Kondo apportent un sens concret à la vie quotidienne, car il construit son esthétique de la même manière qu’il résoudrait une équation, par approximations successives.
Chloé :


La collection AW 2026-2027 de Chloé s’appelle Dévotion qui veut dire « attachement sincère et fervent ». Chemena Kamali s’est ouvertement confiée sur son attachement à la culture du folklore et ses symboles. Le folklore est l’ensemble des savoir-faire émanant d’un peuple qui se transmettent de génération en génération. Ces productions faites à titre traditionnel et/ou purement fonctionnel évoquent un sentiment de fraternité et de dévotion pour la communauté. Chemena Kamali explore la signification du mot folklore que ce soit par un principe de production artisanale irrégulière, de tradition ou de symboles esthétiques. Certains détails sont inspirés de costumes traditionnels tels que les broderies ou les motifs; et les bijoux attachés aux cheveux évoquent le lien de communauté voire de rites. Sans réellement définir une culture folklorique précise, Chloé en crée une propre à la maison, qui célèbre chaque individu, des cheveux à la teinte de peau.
Dries Van Noten


« La collection AW26 commence à cette conjonction ; le moment transitoire qui te mène de l’adolescence à l’âge adulte (…) Le temps fragile du changement, avant que l’identité ne s’installe, dure un petit moment avant qu’il ne disparaisse. Tout comme une image pixelisée, plus on s’éloigne de cette période de questionnement sans fin, plus elle devient claire. » by Julian Klausner, le directeur artistique actuel de Dries Van Noten. Le défilé plaide un message de tolérance car il illustre une période dans laquelle il est courant d’être en quête identitaire. La période est caractérisée par la découverte et l’expérimentation, les voyages et les rencontres fortuites éveillent l’ouverture d’esprit. Le défilé Dries Van Noten fait écho à l’accessibilité culturelle et la découverte de soi par l’expérimentation et la discordance. Les looks peuvent être caractérisés d’hybrides car ils associent des vêtements traditionnels à des pairs de jeans ou des pièces utilitaires comme le caban ou le bomber. Le défilé nous fait prendre conscience que la spontanéité est une richesse que l’on doit embrasser.
Christian Dior :


Le défilé Dior AW 2026- 2027 était une véritable promenade dans les jardins des Tuileries. Jonathan Anderson a dressé un hommage à ces jardins commandés, à l’origine, par Catherine de Médicis puis réaménagés sous Louis XIV. Le lieu est tellement unique en son genre qu’une couleur nous y fait penser instinctivement : le vert pastel. C’est la couleur des chaises sur lesquelles on peut y voir tous types de parisiens s’y reposer. Les mannequins défilent sur une géante structure suspendue au-dessus de l’eau qui devient une scène sur laquelle se joue une vie parisienne adoucie par les couleurs et les fleurs du jardin. La collection fait écho à une tranquillité apaisante au coeur d’une ville épuisante. Les matières sont vaporeuses, les formes sont fluides et les tenues légères, on assiste à un véritable conte de fée moderne. Le directeur artistique souhaite représenter « la rencontre » qui symbolise ces jardins, à l’aide du « mix and match » de motifs et de couleurs tels que les carreaux, les fleurs, les strass, les petits pois, les rayures, …
Jonathan Anderson a transformé ce jardin en métaphore à travers sa collection, évoquant un lieu où se produisent des rencontres fortuites, des éclosions de fleurs et des premiers baisers.
Balmain :


Olivier Rousteing a dernièrement quitté la maison Balmain, laissant derrière lui une solide identité et 14 ans d’archives. Le nouveau directeur artistique, Antonin Tron, s’est assuré de jouer la carte de la sûreté pour ce premier défilé. Au coeur d’une pièce tamisée par de longs rideaux blancs, quelques symboles évidents de la Maison font leur apparition : léopard, or, le bandage, la cuissarde, … Les épaules sont carrées lorsque les tailles sont fines, les jambes sont souvent nues quand bien même cette collection soit pour l’hiver. Avec grande finesse, Antonin Tron crée des sous entendus légers, comme l’ombre de quelque chose dissimulé derrière un rideau. En plongeant dans les archives de Pierre Balmain, il décide, à défaut de prendre des risques, de montrer qu’il maîtrise le terrain sur lequel il va s’apprêter à jouer. Le directeur artistique s’est plié au paradoxe préféré de la marque « l’opulence minimale »
Jean Paul Gaultier :


Duran Lantik a présenté sa deuxième collection de prêt-à-porter chez Jean Paul Gaultier. Si la première avait pu laisser quelques questions en suspens au-dessus de certaines têtes, la dernière collection nous a davantage fait comprendre le génie de Duran Lantik. La musique mystique et les grands rideaux blancs imposent un cadre mystérieux comme ces mannequins qui défilent avec leur capuche. Sauf que cette fois-ci, la capuche est un col de chemise ou de blazer. Le thème est d’ores et déjà dressé ; le vestiaire masculin et notamment celui du tailoring est littéralement reconstruit. Duran Lantik crée une nouvelle silhouette ni homme ni femme. Cette dernière varie selon un ensemble d’expérimentations : les bijoux sont des pneus, des formes abstraites s’extirpent des vêtements, les cols doubles de volume, de la fumée sort de certains vêtements…En faisant l’allégorie du pneu et de la vitesse, Duran Lantik illustre le changement par la transformation du tailoring à partir de codes masculins et féminins. Le défilé se clôt sur des robes fluides et drapées contrastées par de gros volumes à la taille et au col. La balance entre les formes douces et leur dominance symbolise le message d’espoir de Duran Lantik sur un juste équilibre entre les femmes et les hommes.
Louis Vuitton :


Le tonnerre gronde et des formes géométriques sous verdure poussent du sol. Louis Vuitton a imaginé dans la cour carrée du Louvre, une vallée verdoyante inspirée du terroir de naissance du maroquinier Louis Vuitton : le Jura. D’un pas déterminé et au rythme du son, les mannequins portent le poids de leurs épaules géométriques. Les premiers manteaux portés s’inspirent de ceux que les bergers Turcs confectionnaient pour se protéger des intempéries. La suite du défilé rend hommage aux bergers des montagnes et aux animaux de la forêt. Les fourrures et les cuirs offrent des formes et des carrures très différentes qui permettent à notre imaginaire de se perdre dans un monde rural idéal. Accompagnées de leurs cannes et de leurs couvre-chefs, qui protègent de n’importe quelles intempéries, les mannequins traversent les vallées, sans à peine se retourner. Dans cette large configuration de la nature en altitude, Louis Vuitton a construit son imagination abstraite de la nature et son écosystème. Au sein de cette opposition entres ses formes radicales et les formes organiques originelles de la nature se dessine un nouveau style inspiré des codes de la montagne.
Ainsi, ces collections automne-hiver 2026-2027 illustrent la diversité des directions que peut prendre la mode aujourd’hui. Certaines maisons privilégient l’expérimentation et la réflexion sur le processus créatif, à l’image de Issey Miyake. D’autres encore interrogent l’identité, la communauté ou le rapport à la nature, comme Dries Van Noten, Chloé ou Louis Vuitton. À travers ces visions multiples, la mode révèle sa capacité à dialoguer avec son époque tout en restant un espace de liberté et d’imagination.








