Photographe basée à Moscou, Kamilla Hanapova appartient à cette génération d’artistes qui redéfinissent la frontière entre photographie de mode et art visuel. Dans ses images, la mode n’est pas un simple accessoire : elle devient un matériau de construction, une architecture à part entière. Ses séries sont des sculptures photographiques, où les proportions vestimentaires dictent la composition de l’image et imposent leur propre narration silencieuse.


Dans le projet présenté ici, Kamilla Hanapova transforme le vêtement en volume pur. Les silhouettes se font blocs, angles, sinuosités étudiées. Ce n’est plus la fonction utilitaire ou ornementale du vêtement qui est en jeu : c’est sa capacité à structurer l’espace et à redéfinir le corps.
Les étoffes larges, les drapés exagérés ou les formes surdimensionnées semblent presque échanger avec l’environnement minimaliste des prises de vue. Chaque élément vestimentaire devient un signe plastique : un pli, un tombé, une tension qui organise la lecture de la photo. Hanapova construit ainsi une géométrie soigneusement réglée où tout excès est calculé, et où le stylisme dirige le regard autant que la lumière.


L’une des signatures de Kamilla Hanapova, c’est sa capacité à concevoir ses photos comme des toiles. Les poses des modèles s’inscrivent dans une logique quasi picturale : équilibre des masses, rapport plein/vide, lignes de force. Les couleurs sourdes et les fonds souvent neutres ou subtilement texturés accentuent la dimension graphique des vêtements.
Ici, le stylisme fait par Sasha Popova n’est pas illustration mais narration : il raconte la contrainte, la liberté, la monumentalité ou la fragilité. Les pièces surdimensionnées déforment la silhouette humaine pour mieux la questionner : où commence le corps ? Cette interrogation traverse toute sa série.

Avec ce travail, Hanapova illustre une démarche résolument contemporaine : abolir les limites entre la mode et l’art. Ses images pourraient figurer aussi bien dans un magazine que sur les murs d’une galerie. En détournant le vêtement de sa fonction première, elle le fait devenir sculpture, concept, objet critique.
C’est cette approche qui séduit les amateurs de photographie contemporaine : Kamilla Hanapova ne « shoot » pas la mode, elle la met en scène comme une matière vivante et réfléchie. Ses images forcent l’œil à ralentir, à examiner chaque détail de coupe et de matière. Elles invitent le spectateur à voir le vêtement comme un langage, et la photo comme l’espace de son déploiement.
Dans la série Art Project, on ressent pleinement cette rigueur : rien n’est laissé au hasard. Les lignes des manteaux, la densité des textiles, les attitudes presque sculpturales des modèles : tout participe d’une mise en forme où la mode est outil de création pure.


Il ne s’agit pas de séduire avec des tenues ou des visages : il s’agit de bâtir des images où le vêtement dicte la composition, où il devient l’armature d’une vision. Une vision qui interroge notre rapport à la forme, au corps, à l’espace.
Kamilla Hanapova signe ici une photographie de mode conceptuelle et plastique, qui révèle le potentiel infini des proportions et des volumes. Une démarche exigeante, qui prouve que la mode peut être bien plus qu’un sujet : un outil pour penser, construire, questionner l’image.










