Akiko Ashizawa, directrice de la photographie de Kiyoshi Kurosawa ou Koji Fukada, récompensée à Cannes

Sur le tournage de Au bout du monde de Kiyoshi Kurosawa ©UZBEKKINO

Depuis 2013, le fabricant d’optique Angénieux remet à Cannes un prix honorifique à un chef opérateur, pour saluer toute une carrière. Cette année, le prix Hommage Pierre-Angénieux (du nom du fondateur de l’entreprise et pionnier du zoom moderne) récompense pour la première fois une directrice de la photographie japonaise, Akiko Ashizawa. Portrait. 

Le soupir des vagues © Art House Films2

Dans le milieu encore peu paritaire du cinéma japonais, les femmes sont rares. Et de tous les métiers du cinéma, celui de chef opérateur est connu pour être parmi ceux où l’inégalité est la plus criante. Mais, heureusement, il existe toujours des figures exceptionnelles pour ouvrir la voie et montrer le chemin. Akiko Ashizawa est de celles-là. Directrice de la photographie japonaise, elle exerce ce métier depuis plus de trente ans – après une longue expérience d’assistante caméra, notamment sur Le Tatoué de Banmei Takahashi, film d’action qui fut l’un des grands succès critiques et publics du début des années 1980 au Japon. Comme Takahashi, Akiko Ashizawa a fait ses armes dans le pink film, ce genre de films d’exploitation japonais mêlant érotisme et thriller. Amoureuse de l’image depuis toujours, elle débute en tournant des films amateur en 8mm, avant de comprendre qu’elle est davantage une créatrice d’images qu’une réalisatrice – devant Le Conformiste de Bertolucci, elle admire d’abord le travail du légendaire directeur de la photographie Vittorio Storaro. En 1994, elle obtient son premier poste de cheffe opératrice, sur le drame adolescent Playing with Good Children de Hideyuki Hirayama. On y découvre déjà ce qui fera sa signature, les cadres sobres et le travail délicat avec une lumière naturelle. 

【サブ】2avant que nous ne disparitions © Eurozoom

L’étrangeté naturaliste

C’est en 2005 que la carrière d’Akiko Ashizawa prend un tournant décisif, lorsqu’elle rencontre Kiyoshi Kurosawa. Le réalisateur de Cure (1997) ou de Kaïro (2001) cherche alors une nouvelle esthétique, pour rompre avec celle des films d’horreur qui faisaient, jusque-là, sa réputation. Akiko Ashizawa va offrir à Kurosawa une atmosphère plus réaliste, souvent mélancolique, mais avec un sentiment de flottement – autre caractéristique de l’image d’Ashizawa – qui crée une légère impression de malaise, comme si tout n’était pas aussi normal et réel que ce qu’on voudrait bien croire, et que le fantastique et l’horreur du Kurosawa des débuts étaient toujours bien présents. Depuis Loft en 2005, Akiko Ashizawa et Kiyoshi Kurosawa ont fait dix films ensemble. Si la directrice de la photographie n’est pas présente au casting du Château d’Arioka, le blockbuster historique du maître japonais présenté en avant-première au Festival de Cannes – remplacée par le spécialiste des films de genre et non moins talentueux Yasuyuki Sasaki –, elle l’accompagne pour ses films plus personnels, qui demandent une lumière délicate. 

Au bout du monde © Eurozoomtotheends

Akiko Ashizawa a, par la suite, accompagné la génération suivante de cinéastes japonais, à commencer par Koji Fukada. Pour son film d’anticipation Sayonara (2015), se déroulant dans un futur proche où le Japon est devenu entièrement inhabitable suite à une immense catastrophe nucléaire, elle donne au long métrage sa mélancolie et sa profonde tristesse, en travaillant sur des couleurs froides et une lumière douce, à l’opposé des effets spectaculaires auxquels le genre du film catastrophe nous a habitués. Comme souvent, les collaborations chef opérateur-cinéaste sont des relations fidèles, et Akiko Ashizawa retrouve Fukada sur Le Soupir des vagues (2018), film japonais tourné sur l’île de Sumatra, en Indonésie. La même année, la directrice de la photographie tourne dans cet archipel le film à sketch Asian Three-Fold Mirror 2018: Journey, sa première incursion hors de l’industrie nippone. L’occasion d’une nouvelle rencontre décisive, avec le cinéaste indonésien Edwin, pour qui Ashizawa filme Vengeance Is Mine, All Others Pay Cash, récompensé par le Léopard d’Or du Festival de Locarno en 2021. Hommage au cinéma populaire asiatique des années 1980–1990, cette comédie romantique d’action permet à Ashizawa de retrouver un univers proche du cinéma pink de ses débuts. Pour l’image du film, la directrice de la photographie opte pour une lumière tropicale très physique qui souligne la violence des corps tout en gardant cette douceur mélancolique qui reste sa signature. Akiko Ashizawa vient de poursuivre sa collaboration avec Edwin sur Sleep No More, présenté au dernier Festival de Berlin. À 75 ans, la directrice de la photographie continue de se réinventer, en Indonésie ou aux Philippines (pour Diamonds in the Sand de Janus Victoria en 2024). Au Vietnam, en revanche, c’est une jeune cheffe opératrice, Nguyen Phan Linh Dan, 30 ans, qui commence à faire parler d’elle. La jeune femme est récompensée cette année à Cannes aux côtés d’Ashizawa par un « Encouragement Spécial Angénieux », prix remis par la marque à un jeune talent prometteur. Deux directrices de la photographie de générations et d’horizons esthétiques différents, mais aussi deux femmes venues du continent asiatique et exerçant la même profession. Comme un passage de flambeau, d’une génération à l’autre. 

【レタッチ済み最終版】avant que nous ne disparitions © Eurozoom

Le soupir des vagues © Art House Films5

Akiko Ashizawa ©Tomohito Kanamaru NAC Image Technology

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