

Il y a quelque chose d’immédiatement reconnaissable dans les peintures de Catie Cook. Les rideaux de velours, les lumières de scène, les dalmatiens, tout semble sorti d’un rêve hollywoodien des années 1950s. For Sport, sa première exposition solo présentée à la Square One Gallery de Saint Louis jusqu’au 10 juillet 2026, confirme une artiste dont la voix est déjà très clairement formée.


Cook a grandi en Georgie, dans un Sud américain saturé de rituels : cérémonies religieuses, bals de débutantes, concours de beauté. Son père était décorateur de scène. De tout cela, elle a hérité d’une sensibilité au spectacle. Ses toiles sont des scènes de théâtre, au sens le plus littéral : fond peint, éclairage artificiel, personnages en représentation. Mais la mise en scène y est toujours trop parfaite pour être innocente. Le tissu drapé est trop lisse, le sourire trop tenu, le chien trop bien dressé.

Le dalmatien est au cœur de tout. Dans Maneater, une huile sur toile de grand format, 182 x 179 cm, un dalmatien en gros plan fixe le spectateur, dents exposées, regard intense, fond de paysage pastel. L’animal est à la fois beau et menaçant, obéissant et sur le point de rompre. Cook l’a choisi précisément pour ça : race de chien de compagnie de luxe, le dalmatien est un miroir de la condition féminine telle que la société la fabrique : statut, beauté, et dressage au prix fort.


Dans All For Show, le même animal porte un nœud rose monumental, posé devant un paysage de montagne comme sur une scène de concours. Dans Thank Heavens For Little Girls, un groupe de dalmatiens se rassemble sous des rideaux bleus et roses, dans une composition qui tient autant du tableau de chasse que de la photo de classe.



La référence à la chasse n’est pas anodine. Cook puise dans la tradition picturale de la chasse et des représentations de Diane, déesse chasseresse, mais elle en détourne le récit. Dans For Sport, elle guide le spectateur à travers les fragments d’une fausse chasse, montrant non pas l’acte de violence mais ses lendemains : une figure féminine anonyme, vaguement nuptiale, ornée de rubans et de nœuds. La violence est là, mais habillée. Décorée. Présentable. Best Wishes est peut-être la pièce la plus directe à cet égard : une flèche traverse un tissu de satin blanc sur fond de montagne bleue. Decoy montre une femme en robe de soirée blanche tenant des canards colverts dans l’obscurité d’une végétation dense. Le titre dit tout.


Decoy, 2026, huile sur toile, 50.8 x 121.9 cm
Les cerfs complètent ce bestiaire. Dress Rehearsal met en scène un faon seul sur les planches d’un théâtre vide, entouré de décors et de coulisses, image d’une vulnérabilité exposée au regard, sans public visible mais sous une lumière qui ne s’éteint jamais. Ingénue reprend la même figure, le même fond de montagnes encadré de rideaux bleus nuit. Ces animaux jeunes, fragiles, placés sur des scènes qui les dépassent, fonctionnent comme doubles silencieux des figures féminines que Cook ne montre presque jamais entières.


Dress Rehearsal, 2026, huile sur toile, 195.6 x 149.9 cm
Car les femmes dans son œuvre sont souvent tronquées, fragmentées. Dans Eden, on ne voit que des jambes croisées en escarpins argentés, au milieu d’un sous-bois sombre. Dans So Does The Fool To Her Folly, deux dalmatiens entourent une figure drapée de satin blanc, on devine plus qu’on ne voit. Cette façon de montrer sans montrer, de suggérer le corps plutôt que de l’exposer, intensifie paradoxalement la sensation d’être regardé. Ses personnages, écrit-elle elle-même, jouent pour votre regard, et c’est précisément le rappel constant qui rend ses tableaux si justes.



L’exposition intègre également une sculpture, Seldom Bites, un dalmatien en pied peint à l’huile sur découpe de bois, grandeur nature, posé directement au sol de la galerie. Passant de la toile à l’espace réel, l’animal sort littéralement du cadre. Le titre, légèrement ironique, rappelle ces petits panneaux accrochés aux portails : « Chien méchant ».


Catie Cook est diplômée de l’Université de Géorgie en peinture, histoire de l’art et études muséales, et titulaire d’un MFA de la Sam Fox School of Design & Visual Arts de l’Université Washington à Saint Louis, obtenu en 2025. For Sport est sa première exposition solo, et elle s’impose d’emblée comme l’un des projets les plus cohérents et les plus aboutis de la jeune scène figurative américaine.
For Sport
Square One Gallery, 4814 Washington Blvd., Saint Louis.
Jusqu’au 10 juillet 2026.








