
La galerie Pilar Corrias, à Londres, présente une nouvelle série de peintures de l’artiste kurde-irakienne Hayv Kahraman. Intitulée What cannot be said will be wept (« Ce qui ne peut être dit sera pleuré »), l’exposition rassemble une vingtaine d’œuvres inédites, réalisées à l’huile et à l’acrylique sur lin, qui prolongent la réflexion de l’artiste sur l’exil, le corps et la mémoire.

Née en 1981, Hayv Kahraman a grandi entre l’Irak, la Suède puis les États-Unis, où elle vit et travaille aujourd’hui, à Los Angeles. Son travail est depuis toujours traversé par l’expérience du déplacement et par ce qu’elle appelle la « politique du corps » des consciences migrantes. Cette nouvelle série s’ancre toutefois dans un événement plus récent et plus intime : la perte de sa maison lors des incendies qui ont ravagé Los Angeles en 2025.
Dans le texte qui accompagne l’exposition, l’artiste explique que cette perte est venue faire écho à une blessure plus ancienne, celle de l’arrachement à sa terre natale par la violence. Mais elle y décrit aussi une seconde forme de rupture : la coupure avec le monde nature que la modernité occidentale aurait effacées. Kahraman parle d’un sentiment de séparation imposé par la colonialité.


Hayv Kahraman, Four Figures Kneeling, 2026 Oil and acrylic on linen, 231.1 x 180.3 cm.
Face à un monde qu’elle décrit comme « en feu », l’artiste dit se tourner vers l’eau : mers, rivières, larmes. Le motif aquatique irrigue littéralement les toiles exposées : les titres des œuvres, Oceans and Hair, Eyes in Waters, Ancestral Tides ou encore Ocean lines, dessinent des corps féminins qui nagent, plongent.
La technique elle-même épouse ce vocabulaire : Kahraman intègre à ses peintures le marbrage à l’eau, procédé qui consiste à immerger la toile pour y faire apparaître des motifs mouvants. Ce geste, qu’elle qualifie de rituel, devient une manière de laisser le hasard et l’eau participer à la composition.
Un motif récurrent traverse plusieurs toiles : celui des « perles de larmes » (tear beads), un chapelet de gouttes que les figures peintes tiennent, tirent ou dans lequel elles s’emmêlent. On le retrouve dans Choke and Tear Beads, Push Pull Tear Beads, Figure Threading Tear Beads ou Entangled in Tear Beads. Ces perles condensent l’idée de l’artiste : le chagrin personnel comme part d’un chagrin plus large, celui de la planète elle-même face au dérèglement écologique.


Hayv Kahraman, Three Figures in Spiral, 2026 Oil and acrylic on linen, 198.1 x 198.1 cm.
Certaines compositions, comme Three Figures in Spiral ou Four Figures Kneeling, mettent en scène plusieurs corps féminins presque identiques, signature de longue date du travail de Kahraman.
À côté de ces grands formats, une série de petites toiles (25 à 40 cm) : Descent in mountains, Figure on an ocean hill, Triangle tears, Squatting figure and tears, offre des variations plus intimes sur les mêmes obsessions : la montagne, l’océan, la figure isolée face à un horizon.


What cannot be said will be wept
Galerie Pilar Corrias.
51 Conduit Street, Londres.
Jusqu’au 29 août 2026.







