
Du 26 mars au 23 août 2026, la Tate Britain consacre une exposition d’envergure au peintre britannique Hurvin Anderson. Né à Birmingham en 1965 de parents jamaïcains, l’artiste s’est imposé comme l’une des voix les plus singulières de la peinture contemporaine britannique, tissant depuis plus de vingt-cinq ans un dialogue visuel entre son héritage caribéen et son enracinement dans les Midlands anglaises.

Une peinture entre mémoire et paysage
Le travail d’Hurvin Anderson se déploie à la croisée de plusieurs mondes : les salons de coiffure afro-caribéens de son enfance, les country clubs jamaïcains hérités de la période coloniale, les jardins et paysages tropicaux entrevus lors de ses séjours en Jamaïque, mais aussi les intérieurs domestiques et les scènes urbaines britanniques. Sa touche, souvent construite en couches transparentes et en grilles superposées, brouille sans cesse la frontière entre figuration et abstraction, entre souvenir et observation directe.
Cette rétrospective à la Tate Britain permet de mesurer l’évolution de cette démarche sur près de trois décennies, à travers une sélection d’œuvres emblématiques.

Des œuvres clés du parcours
Parmi les pièces marquantes présentées figure Hollywood Boulevard (1997), l’une des toiles les plus anciennes de l’exposition, qui témoigne des débuts de l’artiste. On y retrouve également Welcome: Carib (2005) et Maracas III (2004), deux œuvres où les motifs décoratifs et les architectures vernaculaires caribéennes deviennent prétexte à des jeux de transparence et de superposition picturale.
La série consacrée aux barbershops occupe une place centrale dans le parcours de l’artiste, thème qu’il explore depuis le début des années 2000 comme espace social et identitaire. Country Club: Chicken Wire (2008) et Peter’s Sitters II (2009) illustrent cette veine, tout comme Beaded Curtain (Red Apples) (2010), où les rideaux de perles typiques des intérieurs jamaïcains structurent la composition en un jeu de voiles colorés.


Jersey. 2008. Tate. © Hurvin Anderson. © Tate Photography (Matt Greenwood)


Peter’s Sitters II, 2009. Zabludowicz Collection. © Hurvin Anderson. © Photo Catherine Wharfe.
L’exposition présente aussi Jersey (2008), conservée dans les collections de la Tate depuis 2009, ainsi que des œuvres plus personnelles comme Grace Jones (2020) et Limestone Wall (2020), issues de collections privées, qui montrent l’évolution récente de sa palette et de sa manière.
Un des tableaux les plus directement politiques de l’exposition, Is It OK To Be Black? (2015-16), commande passée pour le 70e anniversaire de l’Arts Council Collection, interroge frontalement les questions de représentation et d’identité noire britannique — un titre qui résume à lui seul les tensions au cœur de toute l’œuvre d’Anderson.
Enfin, une pièce plus récente, Shear Cut (2023), vient clore le parcours et témoigne de la vitalité toujours renouvelée de sa pratique.


Is it OK to be Black, 2016. Arts Council Collection, Southbank Centre London. © Hurvin Anderson.

Pourquoi voir cette exposition
Cette rétrospective à la Tate Britain offre une occasion rare de saisir dans son ensemble la trajectoire d’un artiste qui a su faire de l’entre-deux culturel — entre Birmingham et la Jamaïque, entre mémoire familiale et paysage réel — un langage pictural à part entière. En articulant motifs décoratifs, architectures et souvenirs personnels, Hurvin Anderson propose une réflexion sensible sur l’identité, la diaspora et l’appartenance, qui résonne bien au-delà du cadre strictement britannique.

Tate Britain
Millbank, London SW1P 4RG, Royaume-Uni
Du 26 mars au 23 août 2026








