« Fairyland », l’exposition la plus personnelle de Tim Walker

Aphra and Jo Barwick, Siobhan Fahey and Emily Witham, East Sussex, 2024, by Tim Walker

Révélé dans les années 1990 grâce à son univers photographique féerique et onirique, Tim Walker a marqué les pages de Vogue, Vanity Fair, W, Love, Another Man ou encore i-D. Après sept livres et de nombreuses expositions personnelles à travers le monde, il opère ici un tournant : pour la première fois, il place frontalement la culture queer au centre de son travail.

Née de sa collaboration avec la commissaire Susanna Brown et la scénographe Shona Heath — sa complice de longue date, oscarisée pour les décors du film Pauvres Créatures —, l’exposition entend se réapproprier le mot « fairy », longtemps utilisé comme insulte, pour en faire un symbole de fierté, de joie et de résistance à l’homophobie et à la transphobie.

Le parcours s’ouvre sur les figures qui ont porté les luttes des années 1970-1980, parmi lesquelles des membres fondateurs du Gay Liberation Front et de Stonewall comme Andrew Lumsden ou Lisa Power, photographiés dans un style qui évoque les portraits d’aristocrates Tudor peints par Hans Holbein le Jeune.

Paul O’Grady (1955–2023) and Julian Clary as the Glitter Queens, with Harry Browse, Rae and Liam Elias as the Glitter Boys, London, 2022

Une autre salle rend hommage aux soignants mobilisés pendant la crise du sida dans les années 1980, mise en regard avec des musiciens emblématiques de cette époque tels que Marc Almond ou Jimmy Somerville. Walker explique avoir voulu transposer l’énergie du dancefloor jusque dans les hôpitaux, pour saluer ce combat contre la maladie et la discrimination.

Le cœur de l’exposition consacre une salle entière au collectif post-punk des Rebel Dykes, dans des portraits grand format inspirés des photographies de bandes de motards des années 1960 signées Karlheinz Weinberger, accompagnés d’un court film sur leurs combats féministes et militants.

La seconde partie du parcours explore le pouvoir transformateur de la mode et de la performance pour les personnes queer, avec des portraits de créateurs comme Jean Paul Gaultier, de figures du drag telles que Paul O’Grady, ou encore d’acteurs comme Ncuti Gatwa et Hunter Schafer. Des stars internationales complètent cette galerie, parmi lesquelles Björk, Lady Gaga, Boy George, Frank Ocean et Chappell Roan.

Fairyland Parade, Joe Sweeney, Matthew Keller, Harry Keita, Bolly Illusion, James Corbin, Oliver-Bijan Daryoush, Jack Newman, Yos Clark and Joseph O’Rourke, London, 2023

L’exposition se referme sur une série de scènes érotiques mises en scène, qui détournent contes de fées et comptines à travers un regard queer. Walker y voit l’aboutissement d’un apprentissage : selon lui, l’humour et l’érotisme sont indissociables de la manière dont on célèbre l’identité queer.

Né le jour même de la première manifestation pour les droits des homosexuels au Royaume-Uni, en novembre 1970, Tim Walker présente ce projet comme une manière de se situer enfin pleinement dans le monde queer, en rendant hommage aux artistes qui l’ont précédé. La commissaire Susanna Brown y voit le projet le plus ambitieux de la carrière du photographe, une traversée qui va de la révolte à la joie.

L’exposition s’accompagne d’un catalogue de 320 pages (35£), incluant un entretien approfondi entre Tim Walker et Susanna Brown ainsi que des essais signés Travis Alabanza, Russell T Davies, Shon Faye, Lisa Power et Joelle Taylor.

Tim Walker’s Fairyland: Love and Legends

9 octobre 2026 – 7 février 2027

National Portrait Gallery, Londres

St. Martin’s Pl, London WC2H 0HE, Royaume-Uni

npg.org.uk

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