
À la Fondation Azzedine Alaïa, une exposition retrace le dialogue silencieux, mais constant que le couturier a entretenu avec l’Afrique, du Maghreb de son enfance au Kenya.
Azzedine Alaïa, parti de Tunis pour conquérir Paris et la haute couture française, n’a jamais rompu le fil qui le reliait à sa terre natale, ni, plus largement, à un continent entier dont l’imaginaire a irrigué son œuvre pendant plus de quarante ans. C’est ce fil que la Fondation Azzedine Alaïa choisit de dérouler à travers sa nouvelle exposition « Azzedine Alaïa et l’Afrique » conçue sous le commissariat d’Olivier Saillard, visible jusqu’au 4 janvier 2027 rue de la Verrerie.
Le parcours s’ouvre sur un souvenir d’enfance : les moucharabiehs de Tunis, ces claustras de bois qui filtrent la lumière. Alaïa les réinvente en coton blanc, dans des créations dont les finitions ajourées dévoilent et dissimulent tour à tour les corps et les silhouettes. Leur éclat éblouissant allié à la légèreté des tissus qui semblent convoiter la brise rare des contrées chaudes resteront une constante dans son œuvre.
En apparente rupture avec ces blancs solaires, Alaïa explore aussi toutes les nuances du noir, du plus lumineux au plus profond. Dans ses collections de 1983 et 1984, cette encre sombre enveloppe et sculpte des silhouettes aux allures majestueuses. On devine l’influence du langage visuel des masques de cuir et de bois brûlé dans la sobriété des formes : des pièces d’une simplicité délibérée qui, par le seul travail des matières, acquièrent une véritable puissance expressive.
Les teintes sablonneuses de l’Afrique subsaharienne traversent également son travail, jusqu’aux rouges les plus intenses. Raphias et ficelles nourrissent son imaginaire pour donner naissance à des robes ornées de broderies représentant des coquillages et des cauris, dans trois collections marquées par cette influence africaine : les printemps-été 1988, 1989 et 1990.


© Andrea et Valentina, Haute-Couture, Printemps/Été
C’est à travers l’Égypte et le mystère de la momification qu’Alaïa renouvelle son approche de la coupe. Fasciné par les images et les formes liées à l’Égypte ancienne, il imagine des vêtements qui enveloppent le corps comme des bandelettes. De cette inspiration naissent certaines de ses créations les plus emblématiques : les robes bandages, introduites dès 1985, véritables prouesses de construction inventées de toutes pièces, qui sculptent le corps tout en rendant hommage à la grandeur des reines et des pharaons.
En 1996, Azzedine Alaïa découvre le Kenya. Ce séjour au pays des Masaï provoque chez lui un véritable émerveillement, mêlant choc esthétique et émotion humaine, et laisse une empreinte durable sur son travail et son imaginaire.

De Tunis au Kenya, l’Afrique aura ainsi accompagné le regard et la création d’Azzedine Alaïa, moins comme une source d’inspiration ponctuelle que comme une présence intime, nourrie de souvenirs, de rencontres et d’émotions. L’exposition révèle, au fil des silhouettes et des matières, combien ce dialogue discret aura contribué à façonner l’un des langages les plus singuliers de la mode.
18, rue de la Verrerie, Paris 4e
Du 7 juillet 2026 au 4 janvier 2027







