
Avec Plaid, les designers Tamar Eisenberg et Avi Ben Shoshan transforment les contraintes de la fabrication en signature esthétique. Composée de vases, de luminaires, de miroirs et de sculptures en céramique, leur collection repose sur seulement cinq éléments de moules interchangeables, capables de produire une multitude de formes.


Tout commence par un principe volontairement simple : créer le plus grand nombre d’objets possible à partir d’un nombre très limité de composants. Plaid repose ainsi sur cinq éléments de moules qui peuvent être combinés, déplacés et assemblés selon différentes configurations. Ce système modulaire permet de faire varier les dimensions, les proportions et les fonctions sans perdre l’unité visuelle de la collection.
La technique utilisée est celle du coulage en barbotine, un procédé dans lequel la céramique liquide est versée à l’intérieur d’un moule. Habituellement, les lignes laissées par les différentes parties de ce dernier sont effacées lors des finitions afin de donner l’illusion d’un objet parfaitement lisse. Tamar Eisenberg et Avi Ben Shoshan choisissent au contraire de les conserver. Ces traces de fabrication dessinent à la surface de chaque pièce un quadrillage immédiatement reconnaissable.
Ce choix donne son nom à la collection : le mot anglais plaid désigne en effet un tissu ou un motif à carreaux. Ici, le quadrillage n’est ni peint ni ajouté après la cuisson : il naît directement de la construction de l’objet. Une marque généralement considérée comme un défaut devient ainsi la signature du projet. La méthode de production ne disparaît plus derrière la forme achevée ; elle devient la forme elle-même.
Cette logique traverse l’ensemble de la collection. Les cubes, proposés dans plusieurs formats, révèlent des volumes aux angles arrondis dont les surfaces sont divisées en carreaux. Les vases cylindriques reprennent cette trame sur des silhouettes plus verticales. Les lampes de table associent un pied étroit à une partie supérieure large et légèrement bombée, tandis que les suspensions simplifient la structure pour former des volumes lumineux plus compacts.
Les miroirs sont réalisés suivant la même idée. Leur cadre en céramique paraît composé d’une succession de modules souples, presque rembourrés, qui contrastent avec la surface parfaitement plane du verre. Du petit miroir carré au modèle destiné à refléter le corps entier, le changement d’échelle n’altère pas l’identité de l’objet. Le système se révèle suffisamment flexible pour passer de l’accessoire domestique à une pièce plus architecturale.


Plaid comprend également plusieurs objets sculpturaux. Le plus étonnant est sans doute Plaidman, une haute silhouette de 1,45 mètre dont le corps étroit et les longues jambes sont entièrement parcourus par le quadrillage. D’autres pièces, percées en leur centre ou développées sous forme de structures doubles, s’éloignent davantage de la fonction pour explorer les possibilités plastiques offertes par les cinq moules.
La couleur renforce cette diversité ; blanc, noir, vert, rose, cannelle, brique, moutarde, rouge, orange, crème, bleu glacé ou chartreuse peuvent être utilisés seuls ou combinés sur une même pièce. Les aplats colorés suivent parfois les divisions laissées par les moules et accentuent alors l’effet de damier. Selon les associations choisies, le même modèle peut ainsi paraître sobre, graphique ou ludique.
Cette variété n’empêche pas une grande cohérence. Chaque objet conserve les mêmes lignes arrondies, le même quadrillage et une présence à la fois fonctionnelle et sculpturale. Le catalogue ne présente d’ailleurs pas des modèles totalement figés ; dimensions, couleurs, finitions, proportions et assemblage peuvent être modifiés en fonction des besoins d’un intérieur ou d’un projet spécifique.
Le système peut également être développé à d’autres échelles pour créer du mobilier, des luminaires, des séparations, des installations murales ou des interventions architecturales sur mesure. Cette capacité dadaptation rapproche Plaid d’un alphabet : cinq éléments suffisent pour composer un vocabulaire potentiellement infini.

Basés à Tel-Aviv, Tamar Eisenberg et Avi Ben Shoshan sont tous deux diplômés du département de design industriel du Shenkar College. Tamar Eisenberg y enseigne également, tandis qu’Avi Ben Shoshan enseigne au Sami Shamoon College. Tamar Eisenberg travaille entre design industriel, artisanat, mobilier et recherche sur les matériaux. Avi Ben Shoshan, fondateur du studio de céramique ABS Objects, associe quant à lui fabrication de moules, coulage en barbotine, modélisation 3D et outils numériques.
Leur collaboration trouve son équilibre entre précision industrielle et présence de la main. Plaid ne cherche pas à opposer série et artisanat, standardisation et singularité. La collection montre plutôt comment un système rationnel peut produire des objets multiples, expressifs et personnalisables. En choisissant de révéler les jointures au lieu de les effacer, les deux designers rappellent surtout qu’un objet raconte aussi la manière dont il a été fabriqué.








