
Livré brut par le promoteur, cet appartement de 541 mètres carrés occupait trois étages d’une tour à quelques pas de l’avenue Faria Lima, inaugurée en 2023. Le programme initial jouait la carte de l’impressionnant : un salon en double hauteur, deux escaliers, quatre chambres. Sur le papier, tout semblait généreux. Dans les faits, la cliente, une chef d’entreprise mère de trois enfants âgés de 8 à 14 ans, et le cabinet Garbin Arquitetos, ont identifié un problème : cette monumentalité nuisait à l’intimité du lieu, créait de la réverbération acoustique et laissait l’étage supérieur sous-exploité.
Garbin Arquitetos est un cabinet paulistain fondé en 2003 par Bruna et Gabriel Garbin, connu pour une lecture minimaliste du modernisme brésilien. Une identité qu’on retrouve dans leurs autres projets résidentiels, comme la maison CR JL à Ibiúna.
Le geste central : combler pour libérer


La décision la plus radicale du projet a consisté à retrancher de l’espace. Les deux tiers du vide à double hauteur du salon ont été comblés par une dalle structurelle, créant une mezzanine qui accueille la suite principale. En contrepartie, le salon retrouve une échelle domestique, tandis que le tiers restant du volume conserve sa hauteur d’origine. Il abrite également un coin salon informel, sous un lustre Trapezi du designer italien Silvio Mondino, une pièce en verre soufflé et laiton, inspirée du trapéziste de cirque.
Deuxième renoncement : la suppression de l’escalier de service. Cela a permis de récupérer de l’espace pour de nouveaux usages, notamment un sauna à l’étage supérieur, installé dans l’ancien noyau technique. Le nouvel escalier est traité en bois freijó clair, avec un éclairage signé Lightworks (Airton Pimenta) qui, à l’étage, se prolonge sur les façades vitrées.
Un vocabulaire de matières
Le bois freijó structure plafonds et murs du rez-de-chaussée jusqu’à l’étage. Le sol en calcaire Crema Persiano s’étend sur les trois niveaux, et un banc monolithique en pierre, le long du mur de l’espace de vie, assume de multiples rôles, y compris surface d’exposition.

La collection d’art de la propriétaire est répartie sur les murs : Alfredo Volpi, Carla Accardi, Arcangelo Ianelli, Marco Giannotti, Chiara Banfi… Quant au mobilier, il mêle pièces familiales rapatriées de l’ancien logement – le canapé Nuvem de Domingos Pascali et Sarkis Semerdjian, le rocking-chair Mader de Mendes-Hirth – et acquisitions récentes signées de designers brésiliens (Bettina Heuer, Bernardo Figueiredo, Sergio Rodrigues). Trois tapis sur mesure de l’artiste textile Juliana Maia prennent également place.
En haut : la suite, la piscine, le sauna

La suite parentale est installée dans la mezzanine, agencée en trois zones : couchage, dressing et salle de bains. Sur le mur principal de l’espace nuit, des panneaux de cuir aux tons caramel servent de toile de fond. La salle de bain privilégie une expérience sensorielle, avec un grand miroir diffusant une lumière douce propice aux rituels quotidiens, tandis que la baignoire invite à la contemplation de l’horizon.
Sur le toit-terrasse, la piscine devient le point focal sous un toit vitré automatisé. Le bassin est habillé de quatre types de pierre différents, formant un patchwork minéral, et la végétation dessinée par Flavia Tiraboschi fait le lien entre les espaces intérieurs et le paysage environnant. Dans la zone gastronomique, une table dessinée spécifiquement pour le projet, aux pieds sculptés dans des lattes de bois, complète l’espace barbecue.
Au fond, ce triplex illustre une idée simple, mais rarement assumée dans l’architecture résidentielle haut de gamme : la générosité d’un espace se mesure moins à son volume qu’à sa capacité d’accueillir un usage quotidien. Garbin Arquitetos transforme la démesure initiale en une succession d’espaces plus intimes, pensés comme un cadre de vie à la fois chaleureux et sophistiqué.







