Les dégradés d’Agrade Camiz sont aussi intimes que des souvenirs  

Visibles dans son exposition à la galerie A Gentil Carioca, les récentes œuvres d’Agrade Camiz, sans s’éloigner complètement du paysage urbain de Rio de Janeiro, transforment la manière dont celui-ci apparaît dans son travail pour explorer avec une nouvelle forme de pudeur la mémoire, le corps et les interactions humaines.    

Agrade Camiz est une artiste brésilienne qui vit et travaille dans la ville de Rio de Janeiro. Les paysages variés de cette mégalopole lui offrent assez d’inspiration pour repenser ces espaces grâce à la peinture. À la croisée de la figuration et de l’abstrait, elle embellit le réel à partir de pratiques multidisciplinaires telles que la photographie, la vidéo et la peinture. Elle élabore un chaos coloré, qu’elle envisage comme la métaphore d’un moment d’égarement, un parcours itinérant à travers les paysages brésiliens.  

Agrade Camiz a débuté ce parcours artistique en 2011. Depuis, elle est devenue une artiste majeure apportant une grande visibilité à l’art brésilien. Elle s’inspire notamment de l’environnement de Rio où elle a grandi, avec des références à l’architecture et aux espaces qui n’apparaissent pas comme des représentations littérales, mais comme des éléments structurants de ses créations. Ses grandes peintures murales ne sont pas imposantes uniquement par leurs dimensions, mais du fait de leurs textures non uniformes et de nombreux chocs de couleurs. En 2025, Agrade Camiz a fait partie des dix artistes sélectionnés pour le Artsy Vanguard 2026, avant de participer à l’exposition collective « Exposition de jeunes artistes brésiliens » organisée dans le cadre de la saison France-Brésil au Grand Palais, à Paris.   

Depuis le 19 septembre 2026, l’artiste présente une nouvelle exposition à Rio de Janeiro dans la galerie qui la représente, A Gentil Carioca. « Nome próprio », dont le titre fait écho aux thèmes de l’intimité et de l’identité, est une recherche personnelle prolongée sur la mémoire et l’empreinte urbaine dans les paysages brésiliens. Traduit littéralement par « nom propre », le titre évoque la reconnaissance d’une identité au-delà du simple nom, en cernant les souvenirs, les passions et les points de repère qui constituent toute la complexité d’un individu.

Attachée à son quartier d’enfance, Jacaré, et à d’autres banlieues de la ville, Agrade Camiz fait le lien entre ses pratiques artistiques et ses souvenirs. Les formes géométriques et les lignes qui se rencontrent et structurent ses peintures font référence aux villes et aux quartiers traversés par ces rues ordinaires.

Malgré l’immobilité de la peinture sur la toile, elle représente le mouvement des individus aussi bien que celui des éléments qui composent leurs environnements, comme les fenêtres, les portails, les portes… Elle applique ainsi à sa pratique un principe de superposition qui modifie irrévocablement son tracé précédent.

Les compositions qu’elle crée se transforment au fil de ses pensées et transmettent des émotions passées qui se confrontent à des souvenirs. Son travail artistique est traversé par une pratique picturale qui échappe à toute lecture littérale.    

Sous les denses couches superposées de ces récentes œuvres, Agrade Camiz s’interroge sur la communication entre deux individus, altérée ou transformée au fil du temps, et ce qu’il reste des éléments de cet échange jamais certain. Son œuvre Grains de beauté perpétuels, de huit mètres de long, est ponctuée de repères qui composent une cartographie intime représentant une peau étendue, marquée et enchantée. Les grains de beauté sont des signes qui s’inscrivent dans le temps et qui peuvent progressivement être perçus comme des formes de protection ou de sortilège. Dans la peinture d’Agrade Camiz, les taches de couleur prennent le contrôle du corps. Les œuvres Até virar outra coisa, Destinatário et Remetente explorent la transformation des éléments intangibles qui circulent dans l’intervalle resserré d’une discussion ou d’un échange. La peintre s’intéresse au message transmis par un expéditeur à son destinataire en peignant de douces couleurs en perpétuelle évolution chromatique.    

L’artiste brésilienne déploie un récit visuel ponctué de taches et de dégradés chromatiques. Selon elle, l’unité peut émerger de la superposition ou de la rencontre de deux formes, donnant alors naissance à un nouveau motif. La mémoire et l’identité sont des thèmes qui ont jalonné son parcours sous bien des formes différentes. Pour autant, la géométrie n’a cessé d’occuper une place importante dans son travail et dans ses souvenirs. Récemment, Agrade Camiz a abordé un sujet qui renvoie à la naissance d’une nouvelle identité, celle qui se construit au fil des interactions qui s’imbriquent les unes dans les autres, à l’image des taches qui s’accumulent sur notre corps.  

  

« Agrade Camiz – Nome proprio »  

A Gentil Carioca 

Rua Gonçalves Lédo, 11/17, Rio de Janeiro (Brésil) 

Jusqu’au 31 octobre 2026 

agentilcarioca.com 

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